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Agriculture

Main-d’œuvre étrangère : entre avancées annoncées et inquiétudes syndicales

9 mars 2026, 09:30

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Main-d’œuvre étrangère : entre avancées annoncées et inquiétudes syndicales

■ Face au manque de main-d’œuvre dans l’agriculture, le gouvernement prévoit l’arrivée d’environ 300 travailleurs étrangers dans les prochaines semaines.

La question du manque de main-d’œuvre dans le secteur agricole continue de mobiliser les autorités, les employeurs et les organisations syndicales. Alors que le gouvernement évoque des progrès dans la mise en place d’un mécanisme permettant de recruter des travailleurs étrangers pour soutenir les activités agricoles, les syndicats, eux, appellent à davantage de transparence et de clarifications sur les modalités envisagées.

Le ministre de l’Agroindustrie, Arvin Boolell, affirme que plusieurs discussions ont déjà eu lieu avec le ministère du Travail afin de trouver des solutions concrètes à la pénurie de travailleurs qui touche le secteur. Selon lui, ces échanges ont permis d’enregistrer des avancées, notamment sur la question des labour contractors, ces intermédiaires chargés de recruter et d’acheminer la main-d’œuvre étrangère vers les exploitations agricoles. «Il y a eu beaucoup de pourparlers et de progrès avec le ministère du Travail. Une réunion est d’ailleurs prévue prochainement avec les syndicats afin de clarifier ce que l’on entend par labour contractor», explique le ministre.

Dans ce contexte, un accord de principe aurait été trouvé pour l’arrivée d’un premier groupe de 300 travailleurs étrangers afin de répondre aux besoins urgents du secteur agricole. Sur ce total, 200 travailleurs seraient destinés à l’industrie sucrière, tandis que 100 autres viendraient renforcer les activités liées aux cultures maraîchères et vivrières. Le mécanisme envisagé est que les employeurs passent par la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA), qui agirait comme point de référence pour les démarches liées au recrutement. «Les employeurs pourront s’adresser à la MCIA pour obtenir les informations nécessaires. Ils seront ensuite orientés vers les personnes disposant d’un contrat pour recruter ces travailleurs», précise Arvin Boolell. Le ministre souligne également que le ministère du Travail dispose déjà d’une liste d’intermédiaires habilités à procéder au recrutement et à l’importation de cette main-d’œuvre. Selon lui, les procédures devront donc être mises en place sans difficulté majeure.

Des solutions d’hébergement à l’étude

Parallèlement, des discussions sont en cours avec le ministre du Logement et des terres, Shakeel Mohamed, concernant les infrastructures susceptibles d’accueillir ces travailleurs. Les dortoirs qui avaient été utilisés dans le cadre du projet du Metro Express figurent parmi les options envisagées. Selon Arvin Boolell, ces installations pourraient répondre aux normes requises en matière de conditions de vie et de sécurité. «Ces dortoirs sont en très bonne condition et respectent les normes établies par l’Organisation internationale du travail. Nous devons être respectueux des conditions établies et du traitement à accorder aux travailleurs qui le méritent pleinement», insiste-t-il.

Le ministre de l’Agroindustrie indique également que le système à l’étude pourrait offrir une certaine flexibilité dans l’utilisation de cette main-d’œuvre. Une fois les modalités liées aux labour contractors clarifiées, les travailleurs pourraient intervenir dans différents segments du secteur agricole. «Un travailleur pourrait par exemple travailler dans les champs de canne et ensuite être affecté à d’autres activités agricoles ou encore au secteur de l’élevage», explique Arvin Boolell. Cette question devrait notamment être discutée lors de la prochaine réunion avec les organisations syndicales.

Des pistes de réflexion au ministère du Travail

Du côté du ministère du Travail, le ministre, Reza Uteem, confirme que plusieurs aspects du dispositif sont actuellement à l’étude. À l’issue d’une réunion prévue avec les parties concernées, il prévoit de soumettre des propositions au Conseil des ministres. «Il faudra probablement amender la loi pour permettre l’arrivée de ces travailleurs», indique-t-il.

Le ministre évoque également un modèle qui pourrait s’apparenter à celui d’une agence de recrutement. Dans ce système, une structure pourrait recruter des travailleurs à plein temps et les mettre ensuite à disposition d’employeurs ayant des besoins spécifiques. «C’est comme si une agence recrutait un travailleur et l’envoyait ensuite travailler auprès de ceux qui ont besoin de ses services», explique-t-il. Cette réflexion pourrait même s’étendre à d’autres secteurs à l’avenir. «Nous devrons aussi discuter de la possibilité d’appliquer ce modèle à d’autres domaines, comme le travail domestique ou même l’éducation. Une agence pourrait, par exemple, fournir un enseignant pour remplacer une personne en congé de maternité», ajoute le ministre. Ces pistes devraient être débattues lors d’une réunion prévue prochainement avec les différents acteurs concernés. «Puis, il faut que le Parlement reprenne afin que nous puissions amener un amendement à la loi existante. Il faudra ainsi mettre le nom de l’employeur et que cette personne ne devra travailler que pour son employeur.»

Les syndicats demandent des clarifications

Du côté syndical toutefois, ces annonces sont accueillies avec prudence. Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), estime que plusieurs zones d’ombre subsistent. «Au ministère du Travail, on nous a expliqué qu’une réunion tripartite aurait lieu avec le ministère de l’Agriculture et les syndicats. Mais nous avons appris qu’en parallèle, l’arrivée de 300 travailleurs étrangers était déjà envisagée et que certaines personnes auraient reçu des permis pour les recruter», affirme-t-il.

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Selon le syndicaliste, cette situation pourrait s’apparenter à une forme de «location de travailleurs», un mécanisme qui, selon lui, n’est pas clairement encadré par la législation actuelle. La CTSP envisage d’ailleurs d’adresser une plainte contre l’État mauricien pour ce qu’elle considère comme un non-respect de certaines conventions internationales ratifiées par Maurice, notamment la Convention 98 relative à la négociation collective. «Si une entreprise emploie uniquement des travailleurs étrangers recrutés sur contrat et loués à différents employeurs, cela peut limiter les possibilités de négociation collective pendant toute la durée du contrat», avance Reeaz Chuttoo. Il estime également que certaines dispositions pourraient soulever des interrogations quant à l’égalité de traitement entre travailleurs.

Le syndicaliste indique par ailleurs qu’il doit intervenir devant un comité d’experts au cours du mois d’avril en tant que représentant des travailleurs. «Je n’hésiterai pas à évoquer la situation mauricienne», souligne-t-il.

Des propositions pour mieux encadrer le processus

Dans ce contexte, d’autres organisations syndicales plaident pour un encadrement plus structuré du processus. Clency Bibi, président de la General Workers Federation, affiliée au Joint Negotiating Panel, indique que plusieurs propositions ont été soumises afin d’assurer davantage de transparence. Celles-ci incluent notamment la création d’un comité regroupant des représentants du ministère de l’Agro-industrie, du ministère du Travail et des relations industrielles, de la MCIA, des petits planteurs ainsi que des syndicats. Ce comité aurait pour mission de superviser le processus de recrutement des travailleurs étrangers et d’examiner toute plainte relative à leurs conditions de travail.

Les propositions mettent également l’accent sur la priorité à l’emploi local. Les petits planteurs devraient d’abord adresser une demande au ministère du Travail afin de recruter des travailleurs mauriciens inscrits comme demandeurs d’emploi. Ce n’est qu’en cas d’insuffisance de main-d’œuvre locale que le recours à des travailleurs étrangers serait envisagé. Les propositions prévoient aussi que les contrats de travail des travailleurs étrangers soient préparés par le ministère du Travail et conformes aux dispositions de la Workers’ Rights Act 2019.

Un principe central concerne également l’égalité de traitement. Les travailleurs étrangers devraient bénéficier des mêmes conditions de travail que les travailleurs mauriciens. Lorsque des conventions collectives existent dans le secteur agricole, leurs dispositions devraient aussi s’appliquer à ces travailleurs. Plusieurs garanties supplémentaires sont également évoquées : limitation des tâches quotidiennes, respect des horaires légaux de travail, possibilité de rapatriement à la demande du travailleur et dispositions spécifiques en cas de décès.

Une nouvelle réunion réunissant syndicats, représentants du secteur agricole, responsables de la MCIA et officiers du ministère du Travail se tiendra ce mardi afin d’examiner ces propositions. Dans un secteur agricole confronté à un manque persistant de maind’œuvre, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre les besoins des exploitants, la protection des travailleurs et le respect du cadre légal. Selon les autorités, l’arrivée du premier groupe de travailleurs étrangers pourrait se concrétiser vers la mi-avril ou à la fin du mois d’avril.

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