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Manière de voir
Lutte contre la désinformation : Subsides ou aides indirectes à la presse écrite
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Lutte contre la désinformation : Subsides ou aides indirectes à la presse écrite
Jamais auparavant ya-t-il eu autant de sources d’information à notre disposition. Presque une saturation. Mais comment alors expliquer que nos jeunes semblent de moins en moins intéressés par la vie politique locale et/ou la gestion du pays ? Tentez l’expérience autour de vous ou de votre famille. Posez subrepticement de simples questions sur l’état du pays. Des surprises vous attendent.
Et pourtant, ils maintiennent qu’ils s’informent sur les réseaux sociaux où pullulent des fake news ou encore sur les chaînes de télé d’information en continue en français ou en anglais. Or, les réseaux sociaux ne sont pas de véritables médias d’information sur notre pays, par exemple. Quant aux chaînes d’information en continue, elles sont essentiellement orientées sur l’international. Qu’on le veuille ou pas, la presse écrite mauricienne reste le pivot de l’information sur le pays.
? Recul de la presse papier ?
Ce n’est un secret pour personne que le lectorat traditionnel de nos principaux journaux est en baisse. À cela, plusieurs causes. Le vieillissement des fidèles lecteurs habituels, une grande diversification des médias qui éloignent plutôt les jeunes de l’actualité locale, les coûts de production de la presse papier sans cesse en hausse…
Nous devons nous réjouir de l’existence actuelle des journaux du pays. En premier lieu, il y a les grands journaux indépendants quotidiens ou hebdomadaires qui tiennent le haut du pavé, mais éprouvent des difficultés à subsister, et des tirages en baisse et d’autres petits journaux ou hebdos de différentes tendances qui survivent tant bien que mal. Certains disparaissent au bout de quelques années. Ils ont du mal à fidéliser.
Face à cette situation, les groupes ont lancé de beaux magazines hebdomadaires ou mensuels visant une clientèle précise : mode, femmes, sports, économie, business, jardin… D’autres effectuent des travaux d’imprimerie, une nouvelle source de revenus parce que fabriquer un journal digne de ce nom coûte cher.
? Les coûts
Les imprimeries ont dû être modernisées, le coût du papier est rarement en baisse, et il y a un personnel qualifié et diversifié : journalistes, secrétaires de rédaction, pressiers, responsables de marketing, réseaux de distribution couplés aux transports, locaux…
Une parenthèse pour souligner que les journaux de partis politiques ne font pas long feu parce que même le lecteur lambda ne se laisse pas facilement embobiner. Dans le passé, un quotidien comme Le Militant a disparu. L’ancien régime avait lancé un quotidien de luxe qui a vite fait pschitt malgré les gros moyens mis à disposition.
Les radios libres jouent un rôle important dans le domaine de l’information. Une radio pénètre partout, mais diffuse de courts bulletins truffés de titres et d’infos parcellaires. Son rôle n’est pas celui du journal papier qui est d’informer, d’enquêter, de procéder à des investigations, de faire de la place à divers courants pour soutenir le pluralisme. Il doit aborder tous les genres : politique, Parlement, économie, santé, éducation, transport, faits divers, culture, loisirs, problèmes sociaux comme la drogue, le logement, la pauvreté… La liste est non exhaustive. Le lecteur exigeant doit y trouver son compte pour quelques roupies. Moins immédiat que la radio, mais beaucoup plus complet.
La publicité, rente indispensable pour les journaux, a diversifié ses canaux de promotion. En outre, si le journal déplaît au pouvoir en place, ce dernier n’hésitera pas à boycotter tel ou tel titre sans état d’âme.
? Subventions ou aides indirectes
De loin, on peut entendre certains milieux politiques ricaner quand on évoque surtout tout subside ou forme d’aide à la presse écrite à Maurice. Daydreaming kamarad!
Vous n’êtes pas sans avoir que c’est une pratique de longue date dans les pays démocratiques sans considération de couleur politique. Toute la presse écrite en Europe occidentale bénéficie de subsides ou d’aides de l’État pour précisément soutenir le vrai pluralisme. Les journalistes encartés profitent même dans certains pays d’une petite baisse de leurs impôts. Étonnant non ?
Ces subsides empruntent plusieurs formes, à commencer par des subsides directs, très utiles aux journaux en difficulté. Un échantillon en France avec L’Humanité, le journal du Parti communiste français, en perte de vitesse par rapport aux dernières décennies du siècle précédent. Il ne recueille qu’une portion très congrue de lecteurs, mais n’empêche qu’il bénéficie, quel que soit le pouvoir en place, de subsides qui lui permettent de maintenir la tête hors de l’eau.
Il existe aussi des aides indirectes comme la réduction de la TVA, sur l’achat du papier importé, sur le transport et la diffusion, les hausses du coût de production et du personnel. Ces subventions ou aides ont été votées depuis belle lurette dans des pays démocratiques et l’électorat ne les a jamais remises en cause. Voilà qui justifie le qualificatif de quatrième pouvoir quand on évoque une démocratie et la liberté de la presse.
Nous prêchons probablement dans le désert, mais imaginez une seconde que les journaux n’existent pas dans notre pays. Comment et par qui allez-vous être informés sur les scandales financiers malgré la présomption d’innocence ? Quel organe vous aura permis de jeter un coup d’œil sur le décompte de l’Audit pour les années 2021 à 2025 ? Qui va vous informer sous différents angles de la crise que traverse le MMM, et de la démission de Paul Bérenger et de sa fille ?
Quid des harcèlements sexuels qui se multiplient ? Les saisies de drogue ? Notre presse écrite n’est pas parfaite, mais la perfection n’est qu’une cible qu’on n’atteindra jamais. Imaginez tout ce qui passerait sous les radars sans vos journaux : inflation, santé, éducation, magouilles. N’oublions jamais que les deux tiers de la planète sont sous la botte d’autarcies ou de dictatures. Leur première mesure est d’étrangler la presse. Pourquoi ?
Qui vous informe régulièrement sur nos problèmes environnementaux tel l’érosion de nos côtes ? Génération Z ne doit pas être synonyme de Génération Zéro. Qui aurait pu s’attendre que notre monde d’hier se transforme si vite en un bol devire ? Les acteurs ont changé, les zones de combat, les enjeux économiques, l’introduction de l’intelligence artificielle, les riches qui deviennent encore plus riches et toujours au détriment des plus pauvres.
Qui vous informe sur les génocides qu’on passe sous silence au Soudan par dizaines de milliers, des Yézidis en Irak, des Rohingyas en Birmanie, des Ouïghours en Chine… 200 000 massacres au Darfour. Chez nous, les journaux font de leur mieux pour informer même partiellement sur les plans local et international. Dans toute démocratie, les citoyens doivent disposer de moyens d’information dignes de ce nom et les journaux de presse écrite tant que faire se peut se trouvent en première ligne.
N’oublions pas au bas de l’échelle les indispensables kiosques à journaux qui tendent à disparaître. Souhaitons qu’il existera toujours ces petits points de vente dans des boutiques ou petites épiceries le long des routes principales, même dans les régions rurales. Des sentinelles en quelque sorte au rôle prépondérant.
Alors cette proposition d’aides… Il est dommage que le joli mot de «gazette» ne soit plus employé.
Likou lor biyo?
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