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Société inclusive

«Li andikape» : le premier trajet en métro d’un jeune malvoyant vire à l’humiliation

6 septembre 2026, 21:00

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«Li andikape» : le premier trajet en métro d’un jeune malvoyant vire à l’humiliation

■ Le témoignage d’un jeune Mauricien malvoyant de 19 ans relance le débat sur le respect et l’inclusion des personnes en situation de handicap dans les transports publics. Photo d'illustration.

Il a 19 ans. Il est malvoyant, mais refuse depuis toujours que sa condition définisse sa vie. Pour son premier voyage en Metro Express, il espérait simplement rentrer chez lui. À la place, il est devenu la cible des moqueries d’un couple qui l’a publiquement qualifié de «handicapé». Un témoignage bouleversant qui relance la question de l’inclusion et du respect des personnes en situation de handicap à Maurice.

«Je ne me suis jamais vraiment considéré comme une personne handicapée. J’ai toujours essayé de vivre comme tout le monde.» Les premiers mots de son témoignage racontent une vie construite loin de la victimisation. À 19 ans, ce jeune Mauricien malvoyant a grandi avec une seule ambition : être traité comme n’importe quel autre citoyen. Il est allé à l’école, a travaillé dur et n’a jamais laissé sa déficience visuelle devenir une barrière à ses rêves.

Ce jour-là, il prend le métro pour la première fois. Il achète son billet, monte dans la rame et s’assoit en face d’un couple. Un trajet ordinaire, en apparence. Puis viennent les rires. Sa vue étant très limitée, il ne distingue pas vraiment les visages. Mais il perçoit les regards, les chuchotements, les éclats de rire. Jusqu’au moment où une phrase transperce le bruit de la rame. «Li andikape.»

Un mot. Une étiquette. Une humiliation. «Ça m’a fait quelque chose», écrit le jeune homme, relayé par les réseaux sociaux avec une sobriété qui rend sa douleur encore plus palpable. Il explique qu’il regardait simplement par la fenêtre, par politesse, pour éviter de fixer directement la femme assise en face de lui. Un geste banal qui, selon lui, a suffi à faire de lui une cible. À partir de cet instant, il détourne le regard, tente de faire comme si rien ne s’était passé. Mais intérieurement, dit-il, «je ressentais de la colère et de la honte.»

«Où sont nos droits ?»

Son message dépasse rapidement son histoire personnelle. Il pense à «toutes les personnes en situation de handicap qui subissent ce genre de cruauté au quotidien». Lui qui passe souvent inaperçu découvre brutalement ce que vivent ceux dont la différence devient un prétexte à la moquerie. «J’ai payé ma place comme tout le monde. Pourquoi devrais-je subir les moqueries à cause de quelque chose que je ne peux pas contrôler ?»

Son interpellation est adressée autant au couple qu’à la société mauricienne. «Nous parlons beaucoup de droits. Mais si les gens continuent à se comporter de cette manière, alors que Dieu protège Maurice.»

Ces quelques lignes ont profondément touché Ali Jookhun, défenseur des droits des personnes en situation de handicap depuis plus de trente ans. Pour le militant, ce témoignage révèle une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. «Il m’inspire tristesse et colère. Employer le mot ‘handicapé’ pour rabaisser quelqu’un n’est pas de l’humour, c’est du validisme.»

Il rappelle que Maurice a ratifié en 2010 la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, qui garantit la dignité, l’égalité et la non-discrimination. Pour lui, l’incident ne peut être banalisé. Surtout, il ne s’agit pas d’un cas isolé. «Après plus de trente ans d’engagement, je constate que les préjugés persistent, notamment envers les personnes dont le handicap est peu visible.» Selon Ali Jookhun, la sensibilisation ne peut se résumer à quelques campagnes ponctuelles. Elle devrait commencer dès l’école et se poursuivre dans les transports, les médias, les entreprises et les services publics.

Un métro accessible… mais est-il inclusif ?

Le défenseur souligne que Metro Express est généralement reconnu pour son accueil envers les personnes en situation de handicap. Mais l’accessibilité ne se limite pas aux rampes, aux ascenseurs ou aux espaces réservés. «Un métro n’est pas réellement accessible si une personne peut y entrer, mais ne peut pas y voyager dans la sécurité et la dignité.»

Il estime que chaque signalement de harcèlement devrait entraîner une assistance immédiate, une enquête et un suivi. Il encourage également les victimes à alerter le personnel, demander la conservation des images de vidéosurveillance et, si nécessaire, porter plainte. Au-delà de ce fait divers, Ali Jookhun pointe une contradiction plus large. Maurice dispose aujourd’hui d’un arsenal juridique renforcé, notamment avec la Protection and Promotion of the Rights of Persons with Disabilities Act, adoptée en 2024.

Pourtant, cette loi n’est toujours pas entrée en vigueur. «Une loi qui reste dans un tiroir ne protège personne. Assez de bla-bla-bla institutionnel, de workshops et de discours sans résultats mesurables. Les personnes en situation de handicap vivent dans nos écoles, nos transports, nos hôpitaux et nos communautés, pas dans les salles de conférence.»

Son appel est sans détour : mettre enfin la loi en application, former les personnels, instaurer des mécanismes de plainte réellement accessibles et mener une sensibilisation permanente.

Car, au fond, ce jeune homme de 19 ans ne demande ni compassion ni traitement de faveur. Il demande simplement ce que tout passager est en droit d’attendre lorsqu’il monte dans un train : le respect, la sécurité et la dignité.

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