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Attentes de 2026

Les secteurs clés sommés de passer de la parole aux actes

10 janvier 2026, 12:00

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Les secteurs clés sommés de passer de la parole aux actes

Nouvelle année, nouvelles attentes. En 2026, les Mauriciens aspirent avant tout à une amélioration palpable de leur quotidien. Pouvoir d’achat, emploi, services publics, éducation ou santé : derrière les chiffres et les promesses, c’est une vie plus stable et plus digne qui est espérée.

? Transport : promesses non tenues, colère syndicale

Le secteur du transport public est aujourd’hui à un point de rupture. Selon Reeaz Chuttoo (photo), président de la Confédération des travailleurs des secteurs privé et public (CTSP) et figure syndicale bien connue, une avancée majeure avait pourtant été obtenue en 2013 grâce à un accord collectif arraché après deux jours de grève. Un accord qui, rappelle-t-il, a toutefois pris fin en 2016, laissant depuis les travailleurs dans une impasse prolongée.

La situation s’est davantage compliquée en 2017, lorsqu’un retard dans l’application d’un nouvel accord collectif a conduit le gouvernement de l’époque à annoncer que la Compagnie nationale de transport (CNT) serait désormais couverte par le Pay Research Bureau (PRB). Une décision vivement contestée par la CTSP. «Nous avons menacé d’aller devant la Cour suprême pour discrimination constitutionnelle. Les cols blancs de la CNT sont sous le PRB tandis que les manual workersrelèvent du National Remuneration Board», dénonce Reeaz Chuttoo.

Après la CNT, le débat s’est élargi à une politique nationale, Alan Ganoo, ministre de tutelle d’alors évoquant à plusieurs reprises la «responsabilité» du PRB. Selon la CTSP, pas moins de 79 institutions et compagnies, financées à 100 % par l’État, dont la National Social Inclusion Foundation et le National Productivity and Competitiveness Council, devraient être couverts par le PRB. Si ce dernier a reconnu avoir reçu une telle demande, il a indiqué qu’il ne traiterait le dossier qu’après la finalisation de son rapport.

Les élections générales ont ensuite ralenti davantage le processus. «Il nous a fallu six mois pour pouvoir rencontrer le ministre Osman Mahomed, qui nous a tenu le même discours. Le rapport du PRB est sorti, mais aucune annonce n’a été faite pour la CNT», regrette Reeaz Chuttoo. Pour lui, le secteur est aujourd’hui «au bord de l’explosion».

La CTSP a depuis soumis une nouvelle proposition de négociation collective. Mais d’autres inquiétudes viennent assombrir l’avenir, notamment une possible hausse des tarifs du transport et la digitalisation du système, qui pourraient menacer les emplois des receveurs. «Depuis 2016, il n’y a plus d’accord collectif et rien de concret n’a été fait», conclut-il, appelant à une action urgente.

? Agriculture vivrière : l’élan est là, les défis aussi

Alors que les prix des produits alimentaires continuent de grimper sur les rayons des supermarchés, un mouvement inverse semble s’opérer du côté des champs. La production locale de fruits et légumes tend à retrouver un certain équilibre, portée par un regain d’intérêt des planteurs et un soutien accru des autorités. Un signal encourageant pour un secteur longtemps fragilisé, mais qui demeure confronté à des défis structurels majeurs.

Selon Kailash Ramdhary, porte-parole du Farmers in Agriculture, Livestock & Cooperative Organic Network, l’élan est réel. «Il y a un véritable engouement. Des planteurs ont pu obtenir des parcelles de terrain, que ce soit auprès de l’industrie sucrière, du Sugar Investment Trust ou encore du ministère. C’est un très bon signe pour l’avenir du secteur agricole», soulignet-il. Cette dynamique redonne confiance à de nombreux acteurs, qui voient dans la culture vivrière une opportunité de renforcer l’autosuffisance alimentaire, tout en stabilisant leurs revenus.

Mais derrière cet optimisme se cache une réalité plus sombre. Pour 2026, les attentes sont élevées, notamment sur le plan législatif. Les vols dans les champs demeurent un problème récurrent et préoccupant. «Des planteurs sont agressés alors qu’ils travaillent sur leurs terres. Certains reçoivent même des menaces. Souvent, ce sont les voleurs qui font la récolte», déplore Kailash Ramdhary, appelant à un durcissement des lois afin de mieux protéger les agriculteurs. Sans un cadre légal plus dissuasif, cet élan pourrait rapidement s’essouffler.

Autre enjeu crucial : la main-d’œuvre. Le porte-parole salue la décision du ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, d’autoriser le recrutement d’environ 2 500 travailleurs étrangers, destinés aussi bien au secteur de la canne qu’à la culture vivrière. Les travailleurs malgaches et indiens seraient principalement concernés. «Les petits planteurs ne disposent pas d’infrastructures adaptées pour loger des travailleurs. Il est hors de question de les faire venir dans des conditions indignes. Nous espérons que cette mesure sera mise en œuvre rapidement, pourquoi pas d’ici avril», insiste-t-il. En 2026, l’agriculture locale semble donc à un tournant. Entre espoirs de relance et urgences à traiter, l’année à venir s’annonce décisive pour l’avenir du secteur.

? Réformes sociales et gouvernance : l’appel d’Ali Jookhun à un changement réel

À l’aube de 2026, Ali Jookhun, président de l’African Down Syndrome Network et membre du Conseil exécutif de l’African Disability Forum, exprime des attentes claires sur le plan social, appelant à un changement réel et mesurable. Pour lui, le temps des annonces superficielles est révolu. Après une année de gouvernance, il estime que les actions doivent désormais être en adéquation avec les promesses faites et produire des résultats tangibles pour la population.

Parmi ses priorités figure le renforcement de la transparence et de l’équité dans les processus institutionnels. En l’absence d’un Appointment Committee, Ali Jookhun considère qu’il n’est plus possible de perpétuer les mêmes pratiques. Les nominations, dit-il, doivent se faire de manière ouverte, claire et équitable. À ce titre, la nomination du directeur de la Special Education Needs Authority (SENA), sans appel à candidatures, a suscité, selon lui, des interrogations légitimes sur la transparence des procédures en vigueur.

Sur le plan social, Ali Jookhun attend également des clarifications concernant la réforme du Medical Board et l’introduction du Hybrid assessment model. Il insiste sur la nécessité de définir précisément les critères d’éligibilité, le mode de fonctionnement, les coûts impliqués ainsi que les ressources humaines et financières requises. Ces éléments sont, selon lui, indispensables pour garantir une mise en œuvre juste, efficace et respectueuse des droits des personnes concernées.

Pour cette nouvelle année, Ali Jookhun plaide enfin pour une gouvernance fondée sur l’écoute, la concertation et l’inclusion afin que les décisions prises répondent réellement aux besoins et au bien-être de l’ensemble de la population.

? Éducation – Vinod Seegum demande des réponses

Alors que cette année est annoncée comme charnière pour l’éducation, avec des réformes qui devraient s’étendre jusqu’en 2027, Vinod Seegum exprime une profonde inquiétude face au flou persistant qui entoure le processus. Près d’un an après les Assises de l’éducation, le Blue Print se fait toujours attendre. Une situation qu’il estime «sans précédent» et qui, selon lui, soulève une question centrale : pourquoi un tel retard alors que les attentes du terrain sont immenses ?

Pour Vinod Seegum, il est impératif que le ministre de l’Éducation engage un dialogue direct et transparent avec les enseignants. Il plaide pour une réunion nationale élargie afin que le ministre puisse, dit-il, «regarder les enseignants dans les yeux» et répondre aux nombreuses interrogations qui s’accumulent. Parmi elles, l’abolition des Modular Exams, une décision majeure qui, selon lui, n’a pas été suffisamment expliquée alors que ses implications continuent d’être imposées au corps enseignant.

Il attend également des prises de position officielles sur plusieurs dossiers clés : la nouvelle grading scale, les modalités de la rentrée au secondaire, le fonctionnement des académies – y compris les quatre académies du SeDEC - ainsi que la question sensible de la mixité. La problématique du recrutement de Supply Teachers, notamment au primaire, et sans formation adéquate, reste aussi une source d’inquiétude.

Autre point de tension : le Development Program ;recommandé par le PRB pour les titulaires du Bachelor of Education, qui, selon Vinod Seegum, génère une frustration considérable parmi les enseignants. «Que fait-on concrètement pour encourager les enseignants à donner le meilleur d’eux-mêmes et assurer une éducation de qualité ?», s’interroge-t-il, soulignant que le personnel éducatif est actuellement «sur le qui-vive».

Enfin, il appelle à une clarification rapide des critères de promotion au grade de Head Master. Le PRB renvoyant cette question au Blue Print, Vinod Seegum estime qu’il s’agit d’un élément clé à définir sans tarder, sous peine de plonger un secteur déjà fragilisé dans davantage d’instabilité. Les enseignants, affirme-t-il, sont prêts à relever les défis, à condition qu’on leur fasse confiance et qu’on leur offre un environnement respectueux, motivant et porteur d’un véritable feel good collectif.

? Santé sous pression : Bose Soonarane mise sur l’expertise étrangère

Pour Bose Soonarane, secrétaire de la Renal Disease Patients’ Association, le ministre de la Santé a hérité d’un secteur confronté à de lourds défis. Le manque de personnel, des infirmiers aux médecins spécialistes, demeure une réalité persistante. «Cela reste un problème majeur mais cela n’empêche pas le ministre de faire son travail», souligne-til, tout en reconnaissant certaines initiatives mises en place depuis sa prise de fonction.

Il cite notamment le lancement d’une hotline destinée à recueillir les doléances du public, une démarche qu’il juge positive. Toutefois, Bose Soonarane estime que ce dispositif pourrait être renforcé. «Il faudrait aussi mettre en place un desk pour permettre au public de faire des suggestions. L’écoute ne doit pas se limiter aux plaintes, mais s’ouvrir aux propositions constructives», affirme-t-il.

Pour cette nouvelle année, il espère surtout une plus grande ouverture vers l’extérieur, notamment à travers des partenariats internationaux. Selon lui, Maurice gagnerait à mieux exploiter les opportunités de coopération, en particulier avec l’Inde. «Nous avons des contacts, moi y compris, avec des institutions indiennes prêtes à offrir des formations aux Mauriciens. Cela permettrait d’améliorer la qualité des traitements localement et d’éviter aux patients d’avoir à se rendre à l’étranger», explique-t-il.

Bose Soonarane plaide ainsi pour la signature de davantage de protocoles d’accord entre Maurice et la Grande Péninsule afin d’offrir des soins de meilleure qualité aux patients. Concernant les personnes sous dialyse, l’attente reste forte autour de l’ouverture de l’hôpital de transplantation, prévu à Rose-Belle. Il rappelle également que le Dr Sanju Sobnach devrait prochainement être à Maurice pour réaliser une greffe du foie, soulignant que, depuis l’arrivée d’Anil Bachoo au ministère, plusieurs experts étrangers ont été invités à venir prêter main-forte au système de santé local.

Pour Bose Soonarane, l’amélioration durable des soins passe par un objectif clair : élever le niveau d’expertise du personnel mauricien, un défi qui, selon lui, ne pourra être relevé qu’avec un soutien accru et structuré de l’expertise étrangère.

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