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Administration judiciaire

Les questions qui entourent le groupe Evaco

31 mai 2026, 14:00

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Les questions qui entourent le groupe Evaco

La mise sous administration judiciaire du groupe Evaco continue d’alimenter les débats dans les milieux immobiliers, financiers et économiques. L’un des principaux promoteurs immobiliers du pays, actif depuis plus de deux décennies et à l’origine de plusieurs projets résidentiels haut de gamme – destinés notamment à une clientèle étrangère se retrouve aujourd’hui au cœur d’une procédure qui soulève autant de questions que d’inquiétudes.

Dans un communiqué publié après leur nomination le 28 mai, les joint receivers-managers, Mushtaq Oosman et John Chung, ont confirmé avoir pris le contrôle des affaires du groupe à la suite d’une décision initiée par les créanciers. Leur mission consiste désormais à évaluer la situation financière de l’entreprise, préserver la valeur des actifs, assurer la continuité des opérations dans la mesure du possible et examiner les options disponibles dans l’intérêt des parties prenantes, notamment les créanciers, les clients, les employés et les investisseurs.

Cette procédure intervient dans un contexte où plusieurs chiffres ont circulé dans la presse concernant l’endettement du groupe et ses relations avec les établissements financiers. Selon les informations rapportées ces derniers jours, les créances liées à l’affaire concerneraient principalement la State Bank of Mauritius (SBM) et l’ancienne Silver Bank, aujourd’hui en administration judiciaire.

Des articles de presse font état d’engagements financiers importants contractés par Evaco auprès de ces institutions. Concernant la Silver Bank, il a notamment été question de deux prêts accordés en 2022 pour un montant combiné dépassant Rs 800 millions. L’un de ces financements aurait été garanti par un terrain situé en Croatie, dont la valeur estimée dépasserait largement le montant de la dette concernée.

D’autres informations publiées évoquent également une exposition importante de la SBM envers le groupe, certains montants avancés atteignant environ Rs 2,4 milliards. Des difficultés de trésorerie, des retards dans certains décaissements ainsi qu’une détérioration progressive des relations entre le promoteur et ses créanciers auraient contribué à la situation actuelle.

Les projets immobiliers du groupe, notamment Cap Marina à Cap Malheureux, occupent également une place centrale dans les discussions. Présenté comme l’un des développements immobiliers les plus ambi- tieux du pays, ce projet intègre une marina, des villas, des appartements et des espaces commerciaux destinés principalement à une clientèle internationale. Selon différentes estimations publiées, sa valeur globale atteindrait environ Rs 15 milliards.

Toutefois, la direction d’Evaco conteste vigoureusement le récit selon lequel l’entreprise se serait retrouvée en difficulté uniquement en raison d’une mauvaise gestion financière ou d’un endettement excessif. Elle qualifie sa mise sous receivership d’«incompréhensible», compte tenu des solutions de restructuration qui auraient été proposées aux créanciers.

L’entreprise insiste sur le fait qu’elle demeurait rentable jusqu’en juin 2023, affichant alors des profits de l’ordre de Rs 106 millions. Elle soutient que les difficultés se sont accentuées à partir de la fin de 2023, dans un contexte marqué par une perte de confiance des investisseurs et une réduction progressive du soutien bancaire.

Evaco soutient également avoir soumis à ses créanciers quatre plans de redressement successifs, dont le dernier aurait impliqué l’arrivée d’un investisseur stratégique susceptible de renforcer la structure financière du groupe. Ces propositions n’auraient toutefois pas été retenues.

La société estime par ailleurs qu’un tournant décisif est intervenu à partir de 2024. Elle évoque l’existence d’une campagne de déstabilisation organisée et rappelle avoir déposé une plainte devant la Cour suprême contre plusieurs parties. Selon Evaco, cette action judiciaire vise des agissements qui auraient porté préjudice au groupe.

Autre point soulevé par la direction : le rôle du financement bancaire dans la progression des projets immobiliers. Evaco soutient que la limitation d’une émission obligataire initialement envisagée à hauteur de Rs 1,5 milliard et finalement réduite à Rs 650 millions, ainsi que l’interruption d’une facilité financière de Rs 850 millions accordée en 2025, auraient contribué à accentuer les tensions de trésorerie.

Concernant la Silver Bank, la direction fait valoir que les prêts concernés représentaient environ Rs 268 millions, alors que les garanties offertes, notamment un terrain en Croatie, auraient été évaluées à près de Rs 1,2 milliard. Elle s’interroge dès lors sur la décision de déclencher la procédure de receivership plutôt que d’explorer d’autres mécanismes de restructuration.

À ce stade, plusieurs questions demeurent ouvertes. Les receivers-managers devront notamment déterminer la situation exacte des actifs et des passifs du groupe, l’état d’avancement des projets immobiliers en cours et le niveau réel des engagements financiers.

Dans l’attente des conclusions des administrateurs judiciaires, le dossier reste marqué par deux lectures distinctes : celle des créanciers, qui ont estimé nécessaire d’engager une procédure de protection de leurs intérêts, et celle de la direction d’Evaco, qui soutient qu’une restructuration demeurait possible.

Dans un communiqué émis à la suite des informations circulant dans les médias sur le groupe Evaco, la SBM affirme suivre de près l’évolution du dossier et assure avoir pris les mesures nécessaires pour protéger les intérêts de ses déposants et des parties concernées. La banque précise que la mise sous administration judiciaire d’Evaco résulte d’un processus d’évaluation rigou- reux au cours duquel plusieurs options ont été examinées. Soumise à des obligations de confidentialité, la SBM indique également rester attentive à la situation des acquéreurs des projets immobiliers du groupe tout en rejetant toute spéculation mettant en cause ses procédures de gouvernance.

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