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Mo Kiltir

Les oubliés de la République !

28 août 2026, 20:00

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Les oubliés de la République !

«Pran bon pou pa bon, pran pa bon pou bon», chantait Kaya. Des années après, cette phrase résonne encore comme une cruelle réalité des décideurs d’ici à reconnaître la contribution de la communauté des artistes. Le parcours de Jean René Bastien a été exposé dans la presse cette semaine, sur son doctorat en musique, illustrant cet oubli persistant, volontaire ou pas, de grands noms de la culture, toujours pas connus ou reconnus chez eux.

Comme dans le sport, il faut remporter un titre, un trophée, un Tour de France ou une médaille, pour avoir les félicitations du chef d’État et des ministres. C’est quand le quadricolore flotte sur le toit du monde, quand les médias internationaux parlent de la destination Maurice que les projecteurs politiques se braquent sur ces artistes ou sportifs et découvrent leur existence, juste quand ils sont arrivés presque au sommet. Les autres qui sont encore en phase d’apprentissage ou de perfectionnement n’ont que leur courage comme bouée de sauvetage.

Dans ce vaste chantier de renouveau annoncé, les arts ne sont pas prioritaires. On a pris l’habitude d’y prêter attention à la dernière minute. Et d’y accorder, par chance, le budget restant. Au vu de la conjoncture économique de ce pays, sans ministre de l’économie, on va devoir attendre l’année électorale pour récolter quelques douceurs politiques. Il faut donner le temps au temps. Ces derniers mois, ce mot est dans l’air et sur les lèvres. L’attente est visible sur les visages. C’est la nouvelle posture ou philosophie à adopter. Et on finit par s’accoutumer. C’est du moins l’impression qui se dessine de l’extérieur.

Depuis des décennies, on nous a proposé des «solutions panadol» pour calmer un mal profond, un manque de considération. Comment leur faire comprendre que ce secteur est un levier économique sous-exploité par tous les gouvernements depuis 1968 ? Et qu’en 2026, il est temps de se pencher sur ce secteur avec plus d’intérêt pour voir les possibilités financières favorables pour le pays. Ne nous méprenons pas, les décideurs d’hier ou d’aujourd’hui ne sont pas ignorants de la chose artistique. Le parent pauvre des ministères ne suscite pas de grande excitation ou de motivation pour enclencher une vraie réforme.

Sortir des voies conventionnelles

Il faut sortir des voies conventionnelles et explorer les nouvelles avenues économiques que proposent les Industries culturelles et créatives (ICC). Dans le contexte local, pour vraiment parler des ICC, il faudrait déjà penser sérieusement à refaire et finaliser la Status of Artist Act pour sa mise en application dans un délai raisonnable. Avec des consultations avec les acteurs culturels pour un travail collectif.

Dans le domaine de la musique, une première étape a été franchie pour un travail commun et collectif pour penser l’avenir de ce secteur culturel. Toutefois, il est un fait que ces efforts ne serviront à rien si le ministère de tutelle tarde à initier les propositions. Presque deux ans sans réalisations concrètes, malgré les multiples rencontres et réunions. Face à cette forme d’apathie et aux bourrasques politico-judiciaires qui bouleversent ce ministère en ce moment, les associations et collectifs dans le secteur de la musique continuent d’avancer sur les dossiers respectifs pour que ces actions soient concrétisées avant la fin du mandat de ce présent gouvernement. Il ne reste que trois ans.

Aujourd’hui, le refrain est à changer. Il faut cultiver la patience face à des opposants administratifs des corps étatiques. La patience ! Dans ce domaine, les artistes sont adeptes depuis des années. La question est simpliste. Le réel changement… c’est pour quand ?

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Des étoiles d’ici qui brillent ailleurs

Dans les chapelets de félicitations étatiques, souvent récompensés par des chèques ou des décorations républicaines, les gouvernements passent à côté des artistes qui font l’honneur de notre île depuis des années, voire des décennies, sans jamais avoir eu la moindre considération ou reconnaissance de leur pays.

Express.mu (620 x 330) (13) Jean Alain Roussel, un musicien mauricien qui a travaillé avec les grosses pointures internationales.

Le nom du Mauricien le plus illustre dans le circuit mondial est bien celui de Jean Alain Roussel. Ce fils du sol, né en 1951 à Port-Louis, vit en France depuis plus de 20 ans, après des décennies en Angleterre. Il est un musicien, compositeur, arrangeur et réalisateur de disques. Et son portfolio, des années 1970 à nos jours, est impressionnant. Jean Alain Roussel joue pour Cat Stevens («Peace Train», «Bitter Blue», «Oh Very Young», «Tuesday’s Dead», «Wild World», «Where Do The Children Play»). Arrangeur pour The Police («Every Little Thing She Does Is Magic»), Bob Marley and the Wailers («Natty Dread», «No Woman, No Cry», «Rastaman Vibration», «Lively Up Yourself»), Gary Moore, Sting, Bobby Womack, Dusty Springfield, Paul Simon, Tim Hardin, Don Everly, Robert Palmer, Joe Cocker, Jimmy Cliff, Olivia Newton-John, Julien Clerc. Il a composé pour George Harrison, Frida, Céline Dion, John Paul Jones, Paul Rodgers, Ashamed de Rick Ross et Shameless de Wilson Pickett. Depuis quelques années, il travaille sur la réalisation d’artistes mauriciens, notamment «Blues nou losean» (Zulu/Eric Triton), «Soz Serye» (Blakkayo), «So Blues» (Eric Triton), «Berlinfluence» (Tritonik).

Express.mu (620 x 330) (12) Tyla, double gagnante du «Grammy Awards» (2024 et 2026).

Parmi la jeune génération, il y a l’artiste Tyla (de son vrai nom Tyla Laura Seethal) dont le père est mauricien. Elle est née en 2002 à Johannesburg avec des origines indiennes, zouloues et mauriciennes. Elle vient de remporter un «Grammy Award» de «Best African Music Performance» pour sa chanson «Push 2 Start». C’est son deuxième «Grammy», après la consécration du titre «Water», en 2024, dans la même catégorie. La Sud Africaine ne cache pas ses origines et revendique sa partie mauricienne lors des interviews.

Express.mu (620 x 330) (14) Angelique Francis, ambassadrice du blues au bout de sa basse.

Angélique Francis est une chanteuse de blues canadienne originaire d’Ottawa, en Ontario. Avec des racines mauriciennes, elle tourne avec son combo Angélique Francis et cumule les albums et les récompenses. Elle est surtout connue comme lauréate du prix «Juno» de l’album blues de l’année aux «Juno Awards» en 2023, pour son album «Long River». Elle vient de lancer son nouvel opus «Not Defeated». Un savant mélange de blues, de soul et de funk. L’album est nominé aux «Ontario Folk Music Awards» dans la catégorie Album of the Year.

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