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Les faits rien que les faits : Siavosh Ghazi, correspondant de guerre XXL en direct de Téhéran

20 mars 2026, 17:00

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Les faits rien que les faits : Siavosh Ghazi, correspondant de guerre XXL en direct de Téhéran

Nous sommes le 28 février. Siavosh Ghazi, le correspondant de Radio France Internationale (RFI) et de France 24, se dirige en voiture vers le centre de la capitale, Téhéran. Soudain, il entend un bruit assourdissant d’un bombardement. Immédiatement, ce journaliste franco-iranien entre en communication avec les deux médias précités pour lesquels il travaille depuis 1998. En direct sur ces antennes francophones, il annonce que la guerre entre l’Iran et les États-Unis/Israël a commencé. Siavosh Ghazi sera le premier à lancer l’alerte.

Depuis, de journaliste, il devient correspondant de guerre avec parfois 80 interventions en direct par jour au milieu des bombardements. Pertinent, sans jamais se mettre en avant, il respecte sa ligne de conduite. «Ce qui est important pour moi, c’est d’être précis et très factuel.» Tout en sachant que depuis le toit de son immeuble à Téhéran d’où il opère, les autorités l’épient. Ce qui ne l’empêche pas d’être parfois sur la ligne de crête des lignes rouges à ne pas dépasser.

? Omniprésent

Siavosh Ghazi intervient à tout instant du jour et de la nuit dès qu’un nouveau fait survient. «Ce qui est important pour moi, c’est d’être précis et factuel.» Tout le monde médiatique francophone a recours à ses services : TF1, BFM TV, RTS Suisse, RTL Info en Belgique, TVA au Québec, Radio Canada… avec obligation pour toutes ces chaînes de mentionner à l’antenne qu’il est le correspondant de France 24 et RFI, qui sont ses employeurs. Aucun bombardement, bruits d’avion et tout développement ne lui échappent grâce à ses sources car il est Iranien de naissance. Il est le seul journaliste francophone à multiplier les directs à partir de Téhéran.

Il zappe d’une chaîne à l’autre. Siavosh Ghazi ne dispose que de quelques minutes pour enchaîner sur d’autres antennes. Il a tout juste le temps de griffonner quelques notes sur un bout de papier avant de prendre le micro. C’est le devoir de tout correspondant de guerre.

Aussi, il ne dispose pas de temps pour écrire ses textes qu’il lirait à partir d’un prompteur dans le confort d’un studio. Ceci explique que, durant ses interventions, il bafouille parfois en cherchant ses mots. C’est la réalité du direct sans filet. À 64 ans, il procède à décortiquer les faits suivis de courtes, mais fines, analyses sans parti pris.

Il tient le coup grâce à beaucoup de café et de vitamine C, qu’il avale après trois heures de sommeil – entre une heure et quatre heures du matin – par jour. Infatigable à 64 ans, comment fait-il pour ne pas être inquiété par le pouvoir inquisiteur ? Il détient sa carte de presse du ministère iranien de la Culture, mais dispose aussi d’une autorisation écrite qui lui donne la permission d’exercer son métier. Les miliciens armés et autres unités de sécurité sont aux aguets et décryptent tout ce qu’il dit.

Il a déjà été interpellé dans le passé. Dès qu’on l’interpelle, il entre en contact avec le ministère, s’en explique et s’en sort. En 2022, par exemple, il couvre une manifestation très sensible, «Femmes, Vie, Liberté». Interrogatoires, isolement, fouille poussée de son téléphone, mais il alerte RFI et France 24. Il est libéré après une nuit en cellule.

En une autre occasion, des jeunes l’ayant vu installer son petit matériel le soupçonnent de propagande et multiplient les vérifications. Ils le laissent partir dans un premier temps pour le rappeler quelques instants après pour de nouvelles vérifications pendant 90 minutes. Siavosh Ghazi fait appel au ministère qui finalement le fait libérer. Ça n’a rien de surprenant pour tous ceux qui ont un lien avec l’étranger. Il ne fait jamais de propagande. Impassible même durant ses interpellations, il sait garder son sang-froid. Sa mire reste le factuel devant lequel il s’efface.

? Mais qui est-il ?

Lors d’une de ses récentes interventions en direct, une bombe explose à une centaine de mètres de son immeuble. Il fait quelques pas de côté tout en continuant son intervention sans en perdre le fil. Il ne révèle que très peu de choses de luimême. Il est né à Téhéran de parents iraniens. Ces derniers s’installent en France alors qu’il a 14 ans. Il poursuit ses études universitaires à Paris-Panthéon-Sorbonne. Début dans la profession en presse écrite dans l’hebdo Jeune Afrique. Mais il est surtout attiré par le journalisme parlé et le reportage. Il intègre alors la rédaction de RFI à Paris.

? «Ma protection, c’est le factuel»

En 1998, Siavosh Ghazi regagne l’Iran avec sa famille où il est installé depuis 28 ans pendant lesquels il résiste pour son métier à la pression des mollahs. Des qualités en termes de faits, de précision, de concision sans aucune recherche... d’effets inutiles. Avec cette guerre, cette visibilité dans les médias francophones internationaux explose littéralement. Ils seront des millions dans le monde et aussi des milliers à Maurice à écouter quotidiennement ses interventions qui apportent à chaque fois de nouveaux éléments ou un éclairage particulier. Rien de lui échappe et il n’oublie pas de s’effacer derrière sa profession de correspondant de guerre. Et ce, malgré le rythme effréné imposé par cette guerre. De l’énergie, du sang-froid et un correspondant très organisé sans jamais trébucher.

Quel est son salaire ? Que peut-on apprendre sur sa famille ? Quelles sont ses sources ? Sa réponse est la suivante : «Ma protection, c’est le factuel.» Bien sûr, si on en fait un héros, cela pourrait surprendre certains puisqu’après tout, Siavosh Ghazi ne fait que son devoir en accomplissant au plus près ses tâches de correspondant de guerre en ces temps belliqueux. Pour notre part, malgré sa modestie, nous tenons à lui tirer un grand coup de chapeau pour son souci constant de nous informer à tout instant en direct de Téhéran. Lors d’un entretien, il admet que la situation s’est dégradée et n’offre pas de perspectives surtout aux jeunes. Il n’en dira pas plus. Devoir de réserve ? Il déclare toutefois qu’il ne quittera jamais l’Iran : «Ma vie est à Téhéran.»

Début de cette semaine. Il est 2 h du matin. Soudain une forte déflagration réveille Siavosh. La fenêtre de sa chambre est descellée et risque de tomber sur son lit. Il se précipite dans la chambre voisine et tombe dans les bras de sa femme. Ils pensent au pire mais non. L’explosion d’un immeuble a eu lieu à 1 kilomètre et demi emportant Larijani, le numéro 1 du régime iranien. Pas le temps de reprendre ses esprits : le direct n’attend pas...

Salut l’artiste, à lui et à tous ces courageux correspondants de guerre qui interviennent en direct de tous les terrains de conflits. Les faits, encore et toujours, les faits.

Pe asiz lor tawa so!

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