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Féminicide

Le drame derrière le sourire de Laetitia Malabar

18 octobre 2025, 07:00

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Le drame derrière le sourire de Laetitia Malabar

■ Laetitia rayonnait de joie et de tendresse pour sa famille.

Danaa Laetitia Malabar, 25 ans, était une jeune femme au sourire éclatant, celui qui semblait illuminer toutes les pièces où elle entrait. Mais derrière ce sourire se cachait une souffrance profonde, invisible aux yeux de la plupart. Elle vivait un enfer quotidien aux côtés de son époux, Brandon Malabar, 31 ans, un homme qui, derrière les apparences charmantes sur les réseaux sociaux, se révélait violent, dominateur et infidèle.

Laetitia était mère de deux enfants : une fillette de cinq ans et un garçonnet de trois ans. Ces deux petits ‘rayons de soleil’ représentaient toute sa vie. Pourtant, malgré son amour pour eux, elle n’arrivait pas à se protéger du comportement imprévisible de leur père. La violence et les crises de colère de Brandon transformaient leur quotidien en cauchemar permanent.

Leur histoire avait commencé il y a un peu plus de six ans, lorsque Laetitia n’avait que 19 ans. Follement amoureuse, elle avait décidé d’ignorer les mises en garde de sa famille et de ses amis, convaincue qu’elle avait trouvé l’amour véritable. Peu de temps après, elle a appris qu’elle était enceinte. Ensemble, ils ont loué plusieurs maisons avant de s’installer à Beau-Vallon. Mais le couple a rapidement été confronté à de nombreux obstacles : expulsions, incendie de leur logement… et pourtant, malgré ces épreuves, l’amour que Laetitia portait à Brandon ne faiblissait pas.

«Sur TikTok, il avait l’air d’un homme parfait, mais en réalité c’était un bourreau. Il contrôlait Laetitia, la battait et elle devait subir en silence. Si seulement elle avait écouté sa mère et était retournée chez elle… aujourd’hui, elle serait encore en vie», a confié une amie proche de la jeune femme.

Les disputes et les coups étaient monnaie courante. Les voisins et proches ont tenté à maintes reprises de convaincre Laetitia de porter plainte, mais elle refusait d’écouter, croyant toujours en la promesse d’un amour qui n’existait que dans ses illusions. Derrière la façade d’un homme charmant se cachait la réalité : un homme capable de violence, qui transformait la vie de celle qu’il prétendait aimer en enfer.

Plusieurs fois, des incidents graves ont secoué le couple. Il a été expulsé de son logement par le propriétaire, et à une autre occasion, sa maison a été incendiée. Mais malgré toutes ces épreuves, Laetitia restait convaincue que son amour pour Brandon pourrait tout surmonter. Elle croyait qu’il pouvait changer, qu’il pourrait redevenir l’homme attentionné qu’il montrait sur les réseaux sociaux.

Quelques jours avant le drame final, une nouvelle dispute a éclaté. Brandon, soupçonné d’infidélité, a tabassé Laetitia. Dimanche matin, bouleversée et effrayée, elle a appelé sa mère, Vanessa Juhel, lui affirmant qu’elle comptait se rendre chez elle à Eau-Coulée. Quelques heures plus tard, la jeune femme est arrivée sur place, talonnée par Brandon. La dispute a continué et le couple est sorti de la maison, toujours en colère. «Il avait écrasé le téléphone de Laetitia et détruit sa SIM. Après, ils sont sortis. Laetitia a juste dit à sa mère qu’elle s’en allait», a expliqué un proche.

Entre espoir et désespoir

Durant toute la journée, Vanessa Juhel s’est faite un sang d’encre. Elle a tenté à plusieurs reprises de contacter sa fille, en vain. La peur de ce qui pouvait arriver à ses deux petits-enfants la tenaillait également. Dans la soirée, elle a appelé Brandon. Celui-ci, semblant choqué, a prétendu ne pas savoir où se trouvait sa femme. Sa belle-mère lui a demandé alors de signaler sa disparition à la police. Entretemps, les proches de Laetitia se sont mobilisés, convaincus qu’un drame pouvait être en train de se produire. Certains se sont rendus au domicile du couple et ont découvert la présence d’une autre femme avec Brandon. Mais Laetitia restait introuvable. Brandon a également refusé de coopérer avec les autorités.

Mardi matin, sa mère s’est rendue au poste de police d’Eau-Coulée pour signaler officiellement la disparition. Le dossier a été immédiatement transmis à la Criminal Investigation Division (CID), qui a pris l’affaire très au sérieux. Dans la nuit de mardi à mercredi, Brandon a publié une vidéo sur les réseaux sociaux. Presque au bord des larmes, il a supplié les internautes de l’aider à retrouver sa femme. «Mo pa bien, mama mo bann zenfan inn disparet. Ed mwa retrouv li», répétaitil, visiblement désorienté et affecté.

Tôt mercredi matin, les limiers de la CID ont procédé à son arrestation. Après un premier déni, il a tout révélé et a conduit les enquêteurs dans une maison abandonnée à Curepipe, où il avait abandonné le corps de Laetitia. Il a déclaré que ce n’était pas son intention de la poignarder, mais elle a reçu deux coups de couteau à la poitrine, qui lui ont été fatals. Le trentenaire a comparu le jour même en cour et la police s’est opposée à sa remise en liberté. Les funérailles émouvantes ont eu lieu jeudi matin, en présence de sa famille et de ses proches, tous bouleversés par cette tragédie.

Le sourire lumineux de Laetitia restera pour toujours un rappel cruel de la fragilité de la vie et de l’importance d’écouter les signes avant-coureurs de la violence dans les relations. Son histoire est un cri silencieux pour toutes celles et ceux qui vivent dans l’ombre de la violence domestique. «Enn maryaz ki pa resi li pa enn fatalite. Il vaut mieux divorcer ki sorti lor kat zepol», confie une amie proche.

Tourmentée depuis ce drame, elle explique également se sentir coupable. «Mo ti kapav aret sa mwa osi. Mo ti kapav al denons li ek lapolis mo mem, olie a sak fwa mo dir Laetitia ale. Mo dimann bann dimounn ki temwin bann violans pa atan viktim-la al denonse. Al denonse ou mem si ou kapav. Zordi, si mo ti fer sa, mo kamarad ti pou ankor laem ek so de ti anz»,raconte-t-elle, la voix brisée par l’émotion.

«Laetitia laisse derrière elle deux enfants en bas âge, privés de leur mère de manière tragique et une famille plongée dans le désarroi et la douleur. Son sourire restera à jamais gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont connue et son histoire doit être un appel à briser le silence face à la violence domestique. Aucun amour ne mérite qu’une vie soit brisée et aucun enfant ne devrait grandir dans la peur de celui qui devrait les protéger», souligne l’oncle de la jeune femme.

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