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Silvio Chiara, maître facteur d’orgues et de clavecins

Laisser aux Mauriciens une trace de son savoir-faire

26 août 2025, 18:00

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Laisser aux Mauriciens une trace de son savoir-faire

Silvio Chiara maîtrise un art que peu de Mauriciens connaissent : la facture d’orgues et de clavecins. Il est spécialisé dans ces instruments de musique du premier baroque italien. Après avoir réparé, restauré et fabriqué des orgues et des clavecins en Italie, il a tenté de proposer ce savoir-faire millénaire à Maurice où il s’est établi depuis 29 ans avec Sabrina, son épouse mauricienne, en vain. Avant de quitter cette terre, ce septuagénaire d’une intelligence peu commune, qui renonce difficilement, veut laisser en héritage aux Mauriciens, un orgue qu’il fabrique de ses mains depuis 2023 et qu’il espère compléter d’ici un an et demi et «lui donner la voix» à la Cathédrale St-Louis. Un don assorti de conditions spécifiques.

«J’ai conclu un pacte avec la Mort. Je lui ai demandé de me laisser tranquille jusqu’à ce que je termine la construction de mon orgue. Les Mauriciens m’ont accueilli et je veux leur laisser cet orgue, non pas comme un objet inanimé mais qu’ils s’en servent activement pour faire de l’animation musicale. Ce sera mon héritage spirituel et culturel», déclare cet Italien de 73 ans, qui ne fait vraiment pas son âge et qui pourrait parler pendant des heures de sa passion.

Ceux qui ne connaissent pas Silvio Chiara peuvent le prendre pour un doux rêveur. En revanche, cet Italien, originaire de la province de Turin, a une tête bien remplie et sait de quoi il parle. Car en sus de maîtriser la facture d’orgues et de clavecins du premier baroque italien, il s’y connaît en météo et en astronomie – il photographie notamment l’activité solaire – et en énergies renouvelables, notamment la photovoltaïque.

De la restauration à la fabrication

En 1980, à l’âge de 28 ans, Silvio Chiara ouvre, en Italie, son atelier d’art pour la réfection, la restauration et la fabrication d’orgues et de clavecins. Après avoir découvert, par hasard, le monde de la facture d’orgue, une heureuse circonstance lui met entre les mains une reproduction du célèbre ouvrage, datant de 1740, de Dom Bedos de Celles, moine bénédictin de St Maure, qui fut chargé de rédiger une «encyclopédie» sur la facture d’orgue, à la même époque que la grande «Encyclopédie» plus célèbre des Lumières.

Silvio Chiara y a déniché beaucoup de réponses aux questions qu’il se posait sur la fabrication de ces instruments. Son enthousiasme et sa détermination lui ont permis de surmonter les difficultés initiales. Silvio Chiara a alors commencé par fréquenter quelques facteurs d’orgues puis s’est mis a réparer et à restaurer des orgues, certains très anciens et faisant partie du patrimoine national. Après un long apprentissage, en 1987, il a commencé à en construire. Le dernier orgue construit dans son atelier date de 1996. Suite à une demande spécifique, Silvio Chiara s’est spécialisé dans la construction d’orgues dits «de salle» et «pour la basse continue», d’orgues portatifs, d’orgues positifs, d’orgues régales et d’orgues «à malle».

Marié à la Mauricienne Sabrina, lui et son épouse sont venus s’installer à Maurice en 1996. Maurice disposant d’un conservatoire de musique, il avait pensé qu’il pourrait mettre son art au service de cette école mais malgré quelques contacts d’établis, rien n’est sorti des discussions, à part le remontage et la réparation d’un orgue «de travail», construit par un facteur alsacien.

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Il a aussi contacté certains prêtres du diocèse de PortLouis pour voir si l’évêque serait intéressé à installer un orgue, qui aurait donné du prestige supplémentaire à la Cathédrale St-Louis mais son projet, qui demande des ressources humaines et financières conséquentes, n’a pas trouvé un écho favorable. Silvio Chiara a alors travaillé comme traducteur pour le consulat italien, dirigé à l’époque, par le consul Giovanni Gamba. Bien qu’on lui ait parlé de l’existence d’un vieil orgue à Maurice, il n’a pu trouver de trace ni physique ni mémorielle de cet instrument. En 2022, en conversant avec Stefano Zinno, le successeur de feu le consul Giovanni Gamba, il a exposé son rêve de construire un grand orgue et les deux hommes ont sondé la disponibilité des membres de la communauté italienne dans l’île à collaborer. Mais l’adhésion n’y était pas.

Un challenge

Mais comme Sylvio Chiara n’est pas homme à baisser les bras, cette idée de construction d’un orgue le taraudant, il a décidé de redimensionner l’instrument et de faire un orgue positif de 8 pieds ouvert, qu’il a d’abord pensé à installer contre un mur dans sa maison. Il a aménagé le petit local attenant son domicile en atelier et a mis son idée à exécution, commençant sa construction le 1er juillet 2023. Il y consacre en moyenne quatre heures par jour, annotant tous ses travaux au quotidien dans un journal.

Ses conditions de travail ne sont pas toujours faciles, surtout en été car il est à l’étroit dans cet atelier, qui doit aussi rester fermé lorsqu’il s’agit de coller à la colle chaude. Mais malgré tout, Silvio Chiara persévère. «Je suis à mi-chemin de sa complétion», précise-t-il. «Je ne veux pas prendre de pari sur l’avenir mais ce projet est devenu un challenge pour moi.»

Une des citations les plus courantes que l’on retrouve gravée sur ses instruments est : « Dum vixi tacui, mortua cano» (Vivant je me taisais, mort je chante). Le facteur d’orgue est celui qui, en quelque sorte redonne de la voix, fait «parler» le bois qui, transformé, est devenu un instrument pour la musique.

Silvio Chiara explique que dans la nomenclature de l’orgue, il y a tout un vocabulaire qui fait référence à l’anatomie humaine. «On parle de corps, de pieds, de bouche, de dents, d’embouchure. En français, on dit, par exemple, que le tuyau piaule, c’est-à-dire qu’il jacasse ou qu’il ‘parle’ ou ‘prononce’ bien. Je fais tout pour que cet orgue ait une âme et qu’il soit digne pour les Mauriciens.»

Lorsqu’il aura complété son orgue, il proposera au diocèse de Port-Louis d’en être le gardien et de l’installer à la Cathédrale St-Louis pour que l’instrument soit au service de la liturgie mais pas uniquement. Il assortit ce don à des conditions : hors de question que l’orgue reste un objet de décoration ou ne serve qu’à la célébration de mariages. Il souhaite que cet instrument ait un comité de gestion dont il voudrait faire partie et qui organiserait des formations pour les jeunes, voire des concerts et festivals comme cela se fait depuis un demi-siècle pour l’orgue de bambou de Las Piñas City aux Philippines.

Il pense le compléter d’ici un an et demi. «Je veux laisser une trace de mon passage et que cela serve aux Mauriciens.» Sylvio Chiara ne veut pas de remerciements, simplement «de la reconnaissance et du respect pour mon travail à travers l’utilisation judicieuse de cet instrument.»

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