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Les fêtes au Safe Haven Halfway Home

L’affection, le partage et l’apprentissage au rendez-vous

28 décembre 2025, 15:30

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L’affection, le partage et l’apprentissage au rendez-vous

■ Diksha Purmessur, manager du Safe Haven Halfway Home , Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links Maurice.

De par le monde, Noël, c’est la fête de la famille par excellence, l’excitation des enfants qui trépignent d’impatience en attendant le matin du 25 décembre pour ouvrir leurs cadeaux, de délicieux repas partagés avec la parentèle dans une ambiance festive. Or, lorsque la famille est brisée en raison de la violence, cette fête peut être vidée de son sens. «L’express» a voulu savoir comment se déroulent les fêtes de fin d’année à Safe Haven Halfway Home. Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links Maurice et Diksha Purmessur, la manager de ce «shelter», nous l’expliquent.

Cette année, comme l’an dernier, les enfants sont en majorité au Safe Haven Halfway Home, soit 22. Les adultes sont dénombrés à 12. Le plus jeune enfant a deux mois «et on peut dire qu’il est né ici», précise Anushka Virahsawmy alors que le plus âgé a 15 ans. «C’est une grande garderie. Notre travail a pris une autre tournure avec autant d’enfants. Ce qui est bien, c’est que sa bann zenfan la inn gagn plin kamarad isi.»

La cause de la rupture familiale dans la majorité de ces familles, et que la directrice de Gender Links Maurice chiffre à 85 %, a été occasionnée par la violence liée à la consommation ou au trafic de drogue par le conjoint. «La plupart des femmes qui sont ici disent qu’elles ne peuvent plus vivre dans une situation de violence et dans un climat de frayeur perpétuelle. Ena dir nou zot vinn isi pou repoz latet.»

Si plusieurs de ces femmes sont issues de la classe ouvrière et ne séjournent pas plus d’un mois car «zot bizin enn quick fix», quelques autres sont de la classe moyenne et restent plusieurs mois, parfois jusqu’à un an. «Elles vivaient avec leur conjoint dans une maison ou chez leurs parents ou beaux-parents et elles ont fui ce foyer, car elles ne pouvaient plus supporter cette violence liée à la drogue.»

?Mission entraide

Parmi les résidentes, il y a aussi des jeunes filles qui ont récemment atteint leur majorité et qui ne peuvent plus être hébergées dans les institutions de l’État. «Six nouvelles sont arrivées en décembre».

Certaines résidentes sont parties après un court séjour en croyant pouvoir cheminer seules «mais elles ont vu qu’elles ne pouvaient pas s’en sortir et nous les avons reprises. Nou pou kontign ede. This is who we are», ajoute la directrice de Gender Links Maurice.

Il y a aussi des cas désespérés qui ne relèvent pas directement de la mission du Safe Haven Halfway Home mais qu’Anushka Virahsawmy ne peut refuser. Elle vient d’accepter, à la demande du ministère du Travail, une femme qui vivait avec ses trois enfants sur une plage en attendant que les démarches faites par son mari pour qu’ils obtiennent un logement social aboutissent. «Elle a vécu sur la plage avec ses enfants pendant 12 jours. J’ai reçu des appels du ministère du Travail pour me demander de l’héberger le temps pour son mari d’obtenir un logement social. Bien qu’elle ne corresponde pas au profil de nos résidentes, je ne pouvais décemment pas laisser cette femme dormir à la belle étoile avec ses enfants, avec tous les risques que cela comporte pour eux. Chaque personne a le droit de vivre dans la dignité et dans une maison.» Et pourtant, le shelter affichait complet à ce moment-là. Anushka Virahsawmy et Diksha Purmessur se sont montrées inventives et ont fait de la place pour cette femme et ses trois enfants.

Par rapport aux réalités vécues par les résidentes et leurs enfants, il y a tout un travail de déconstruction et de reconstruction que les deux femmes et le personnel de Safe Haven Halfway Home mettent en place pour les adultes comme pour les enfants. «Chacun vient avec son lot de problèmes, de traumas. Par exemple, un enfant a raconté que sa mère était tellement déboussolée par la violence qu’elle subissait qu’elle n’avait plus de contrôle sur lui et sa fratrie. Le père la faisait asseoir et mettait les enfants autour d’elle tandis qu’il la battait, les obligeant à regarder la scène. Comment voulez-vous que ces petits ne normalisent pas la violence et ne deviennent pas, à leur tour, violents plus tard ? C’est un gros travail de déconstruction et de reconstruction que nous devons faire avec eux. Il faut, par exemple, leur faire comprendre, qu’on ne peut rien résoudre en hurlant ou en tapant mais en parlant sans excitation et calmement.» Anushka Virahsawmy ajoute que les enfants comprennent plus rapidement la situation que les adultes. Ces derniers sont habitués à une façon de vivre et ont du mal à s’insérer dans une structure où il y a la discipline, dans un système où elles sont encadrées.

«À l’approche des fêtes de fin d’année, nous mettons l’accent sur l’amour et le partage mais aussi sur l’importance de retenir certaines leçons, surtout avec les enfants qui reçoivent beaucoup de cadeaux. Nous faisons valoir à ceux d’entre eux qui ont la capacité de comprendre que s’ils ont des jouets, ce n’est pas pour les casser trois jours après et les jeter. Nous leur disons qu’ils les ont reçus parce que les donateurs les aiment. Et qu’il faut respecter ces dons et bien traiter ces jouets.»

?Utilisation responsable

Tous les ans, Anushka Virahsawmy et son personnel sont agréablement surprises par la quantité de jouets offerts. «Des familles viennent et veulent savoir ce qui ferait plaisir aux enfants. Nous avions une wishlist avec des demandes qui n’étaient pas toujours remplies mais qui le sont graduellement. Certaines, qui avaient demandé un fer à lisser, par exemple, l’ont obtenu. Nous le conservons et le leur remettons lorsqu’elles ont besoin de s’en servir mais après nous le rangeons. Nous voulons leur montrer qu’il faut avoir une utilisation responsable des objets reçus.» Diksha Purmessur déclare veiller à ce que chaque enfant reçoive le même nombre de cadeaux pour qu’aucun d’eux ne se sente différent.

Depuis le début du mois de décembre, les enfants ont eu 17 activités organisées à leur intention par des entreprises ou des particuliers. Par exemple, ils ont été emmenés à plusieurs reprises à la mer, que ce soit à BelleMare, Telfair, Souillac et Albion. Certains d’entre eux étaient stupéfaits car ils n’avaient jamais vu la mer. Ils ont aussi passé une journée dans un hôtel à Baie-du-Tombeau. Le département Corporate Social Responsibility (CSR) de Day Force Care a parrainé une sortie pour eux à la Vallée Adventure «et ils ont été enchantés, malgré la pluie par intermittence.»

Le personnel de la Mauritius Commercial Bank leur a offert des chaussures et du matériel scolaire. ER Group leur a fait don d’un déjeuner alors que le personnel d’Ernst and Young a effectué un nettoyage et leur a offert un déjeuner. Il y a eu d’autres activités comme le Face painting. Tous les deux jours, une habitante de la région du shelter fait des gâteaux à domicile et vient quitter une bonne part pour les enfants.

Des sorties à vélo, sous la supervision de la carer Cynthia, ont également eu lieu car l’an dernier, EMCAR a offert 13 vélos au shelter. Le conservatoire national de musique a donné des cours de chants à cinq enfants, à raison de trois fois la semaine et pendant trois semaines. «Ces enfants, enchantés, se sont produits devant le Super U de Flacq. Nous ignorions que nous avions de tels talents au shelter.»

Le 20 décembre, les enfants ont installé et décoré le sapin de Noël. Pour certains d’entre eux, c’était l’excitation car c’était la première fois qu’ils le faisaient. Anushka Virahsawmy et Diksha Purmessur les ont laissé décider du menu du 24 décembre et les enfants ont mis la main à la pâte pour préparer le riz safrané, le bœuf rôti, le chop suey de poulet, les salades et la mousse au chocolat. Le lendemain, jour de Noël, les mamans ont remis les cadeaux à leurs enfants devant le sapin, renforçant ainsi le lien entre eux. Pendant qu’ils ouvraient leurs cadeaux, certains ont chantonné des Christmas Carols.

Et pour le déjeuner de Noël, la table a été garnie du repas traditionnel comprenant poulet rôti, gratin dauphinois, pain à l’ail et bûche de Noël en dessert. Les plus petits ont pu s’amuser sur le château gonflable installé dans la cour et divers jeux ont été organisés pour eux et pour les plus grands.Tout a été fait pour que les enfants vivent la magie de Noël et se sentent aimés et choyés par leurs parents et par la directrice, la manager et le personnel du shelter. Le 31 décembre, les enfants ont décidé que ce serait soirée barbecue. Si les responsables du Safe Haven Halfway Home n’achètent pas de pétards, certains parents le font mais ils ont l’obligation de superviser leurs enfants lorsqu’ils les éclatent.

?Comportements indignes

Anushka Virahsawmy remercie tous les généreux donateurs qui continuent à gâter les enfants et dont elle loue le sens de solidarité. Il en va de même pour les particuliers qui n’oublient jamais les résidents du shelter.

Mais elle ne peut s’empêcher d’évoquer les mauvaises pratiques. «Certaines personnes et heureusement qu’elles ne sont pas nombreuses, viennent quitter des vêtements troués et vieux. On dirait qu’à cette période de l’année, elles rangent leur armoire et comme elles ne savent pas où jeter leurs vieux vêtements jaunis et troués, elles viennent les déposer chez nous. À celles-là, je dis : pa vinn donn nou bann vie zafer zis pou zot gagn bon konsians. Il arrive aussi que nous arrivions le matin et que devant le portail, il y a ait des sacs déposés à même le sol avec des vêtements dedans. Nous les mettons directement à la poubelle sans même regarder ce qu’ils contiennent. D’autres font des services religieux et le lendemain, ils nous apportent de la nourriture avariée. Ce n’est pas parce que nous accueillons des personnes vulnérables et meurtries qu’il faut piétiner leur dignité. Au contraire. Tout ce que nous offrons à nos résidentes, c’est de la qualité. On ne transige pas dessus.»

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