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Devises et taux de change

La roupie reste faible malgré le retour de la haute saison touristique

5 septembre 2023, 18:00

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La roupie reste faible malgré le retour de la haute saison touristique

Notre roupie est-elle condamnée à ne pas se valoriser ?

À l’approche du retour de la haute saison touristique en octobre, avec la promesse d’une hausse des entrées de devises dans le pays, il est opportun de faire le point sur la dépréciation de la roupie. Comme indiqué par Statistics Mauritius, le pays a accueilli 596 466 touristes au courant du premier semestre de 2023, représentant des revenus de Rs 41,7 milliards. D’après une étude réalisée par Axys, en juillet, les arrivées touristiques avaient déjà atteint 92 % du niveau pré-pandémique, avec un total de 704 298 visiteurs en juillet 2023, en comparaison aux 765 530 touristes accueillis entre janvier et juillet 2019. En ce qui concerne les revenus par visiteur, bien que les revenus globaux stagnent depuis près de deux décennies, on note une amélioration, passant de EUR 1 134 en 2019 à EUR 1 384 en 2022.

La question qui se pose est : si l’on suit l’équation de l’offre et de la demande, pourquoi ne constate-t-on pas encore de répercussions positives sur la valorisation de la roupie malgré l’augmentation des revenus en devises ? La roupie étant sévèrement dépréciée, le dollar s’échange actuellement à Rs 46,15 et l’euro à Rs 50,35. Pendant les mois suivant la pandémie, la pénurie de devises sur le marché était souvent évoquée comme l’une des raisons principales de la dépréciation de la roupie. Or, avec la reprise du tourisme, on aurait pu s’attendre à une amélioration de la balance entre les devises étrangères et la monnaie locale, ce qui aurait normalement dû avoir un impact positif sur la valeur de la roupie, mais force est de constater que ce n’est pas le cas. Pourquoi donc la roupie continue-t-elle à plonger ?

Si plusieurs facteurs entrent en jeu, l’on peut commencer par les facteurs exogènes. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), il est important de noter que de manière générale, les pays d’Afrique subsaharienne ont subi une dépréciation de leur monnaie locale de l’ordre de 8 % depuis 2022. À Maurice, la dépréciation de la roupie est encore plus marquée, s’élevant à plus de 25 % depuis 2019. Parmi les facteurs qui contribuent à cette tendance, les mesures prises par les banques centrales aux États-Unis et en Europe jouent un rôle. En augmentant les taux d’intérêt dans ces régions, elles suscitent une demande accrue pour le dollar et l’euro, ce qui entraîne une appréciation de la valeur de ces devises.

La valeur du dollar a augmenté de plus de 12 % en 2022, selon J. P. Morgan. Cette augmentation a un impact dévalorisant sur les autres devises, dont la roupie mauricienne, en particulier lorsque les transactions internationales sont libellées en dollars ou en euros. L’analyse du FMI pour la région Asie expliquant l’inflation persistante, inclut une utilisation trop forte du dollar. Cette explication pourrait être pertinente dans notre cas également. Toutefois, pour nous, les facteurs locaux sont les plus pertinents.

L’on y retrouve la performance stagnante des exportations. Pour rappel, au cours du mois de juin 2023, les exportations totales ont enregistré une baisse de 5,1 % par rapport à mai 2023 et de 15,9 % par rapport à juin 2022. Pour le premier semestre 2023, la valeur des exportations était de Rs 50,6 milliards contre Rs 49,5 milliards au premier semestre 2022. Concernant les exportations totales des Export Oriented Enterprises (EOE), à ne pas oublier que le textile et l’habillement ont subi une baisse, passant de Rs 10,3 milliards de janvier à juin 2022 à Rs 8,8 milliards pour la même période cette année.

Au niveau monétaire, il est aussi important de noter que le rendement sur les obligations, à l’instar du two-year Bank of Mauritius notes, est relativement faible, soit moins de 4 %, alors que l’inflation est de 11 % en glissement annuel. Cela décourage l’investissement, réduit la confiance dans la roupie et pourrait a contrario encourager les spéculations sur les devises. Le manque de communication de la Banque centrale sur le sérieux de son plan d’action antiinflationniste est aussi un point négatif impactant la crédibilité d’une reprise de la roupie. Si le marché n’y croit pas, la roupie reste faible.

Face à cela, l’État continue à injecter de la liquidité sur le marché pour les diverses prestations sociales, certes importantes en soutien aux familles, mais néfastes dans la lutte anti-inflationniste sur les moyen et long termes en l’absence de réelles autres mesures. Dans le même contexte, l’objectif en période inflationniste est censé être de ralentir la consommation, c’est d’ailleurs pour cela que les taux d’intérêt augmentent, mais chez nous, au contraire, la stratégie reste d’encourager la consommation, privilégiant une croissance gonflée par l’inflation, plutôt qu’un vrai plan d’action pour le regain du pouvoir d’achat.

L’autre élément crucial est notre capacité à attirer les devises étrangères dans le pays par l’investissement. Ici, si le pays est capable d’attirer les HNWI, que cela soit à travers l’immobilier de luxe, les services financiers ou l’hôtellerie, la lenteur administrative et le manque de motivation claire des institutions régulatrices est un problème à conséquence. Car un investisseur a bien d’autres choix de destination pour injecter ses millions de dollars à part Maurice, et si une transaction prend trop de temps pour se concrétiser, il quitte la juridiction, tout simplement. Justement, selon les chiffres de la BoM, le niveau des réserves internationales s’élève à USD 6,7 milliards, sauf que cela inclut les emprunts étrangers de la BoM et les «contingent liabilities». Ajoutez cela au déficit du compte courant, incluant notre déficit commercial élevé, et la roupie n’est pas près de reprendre du poil de la bête.

Donc, au final, avoir plus de touristes et qui dépensent plus, c’est une bonne chose, mais si tout le reste des secteurs, institutions et stratégies ne s’alignent pas sur cette dynamique, notre roupie est condamnée à rester faible, au détriment du Mauricien.

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