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Rapport de la FAO
La prévalence de la malnutrition a augmenté en vingt ans
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Rapport de la FAO
La prévalence de la malnutrition a augmenté en vingt ans
■ Le coût d’un repas sain ne cesse de croître, passant de Rs 155 en 2017 à Rs 215.
Plus de 100 000 Mauriciens ne mangent pas à leur faim en 2024. C’est ce que révèle le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Food Security and Malnutrition in the World, publié conjointement avec l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la santé, le Fonds international de développement agricole et le Programme alimentaire mondial (WFP). La prévalence de la malnutrition dans le pays atteint désormais 8,7 %, contre 5,4 % il y a vingt ans.
Le coût d’un repas sain ne cesse d’augmenter : il faut aujourd’hui compter au moins Rs 215 pour se nourrir correctement, contre Rs 155,80 en 2017. L’insécurité alimentaire sévère touche 12,2 % des Mauriciens, tandis que l’insécurité modérée progresse également, de 13 à 18,1 %.
Cette situation s’inscrit dans un contexte global de flambée des prix alimentaires, accentuée depuis fin 2020 par la pandémie de Covid19, la guerre en Ukraine et la hausse des prix pétroliers en 2022. Même le gaspillage alimentaire, bien qu’en moindre mesure, contribue à ce déséquilibre.
La santé de la population est également affectée : l’obésité chez les adultes est passée de 16,5 % en 2012 à 19,2 % en 2022, tandis que l’anémie touche 32,8 % des femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 20,8% en 2012. À l’échelle mondiale, la tendance est contrastée : la malnutrition recule de 12 à 8,2% entre 2005 et 2024, mais en Afrique, elle progresse, passant de 18,9 à 20,2 % sur la même période.
Une sécurité alimentaire toujours en sursis
Si les chiffres donnent un aperçu précis de la situation, ils ne traduisent qu’en partie la réalité vécue sur le terrain. Derrière les statistiques, des familles peinent à boucler leurs repas et certains enfants s’absentent de l’école faute d’un repas complet. L’augmentation constante du coût de la vie alimentaire révèle un paradoxe frappant : Maurice importe massivement des produits qui pourraient être cultivés localement, tandis que les initiatives pour booster la production agricole restent timides, fragmentées ou mal coordonnées.
La faiblesse des infrastructures, l’absence d’une politique cohérente pour moderniser et mécaniser la production et le manque de soutien aux petits planteurs mettent le pays dans une position de dépendance vis-à-vis des importations. Cette fragilité chronique n’est pas nouvelle : elle s’inscrit dans un demi-siècle d’inaction structurelle et de promesses politiques qui ne se traduisent jamais pleinement en résultats concrets.
Le rapport de la FAO montre également que le problème est mondial, mais il révèle ici un enjeu particulier : si le pays ne s’attaque pas aux racines du problème – accès aux terres, irrigation, formation, sécurisation des filières locales – Maurice risque de se retrouver piégé dans un cercle vicieux, comme nous explique Kreepaloo Sunghoon, secrétaire général de la Small Planters Association. La sécurité alimentaire n’est pas simplement une question de chiffres, mais de politique, de stratégie et de courage institutionnel.
Point de vue du secteur agricole
Pour Kreepaloo Sunghoon, la situation est critique. Fort de près de 40 ans d’expérience, il décrit un secteur en grande difficulté, confronté à des choix risqués et à des pratiques qui mettent en péril la sécurité alimentaire locale: «Ce qui est important,ce sont les informations que nous avons entre nous-mêmes, c’està-dire ce que nous avons pour planter, les solutions que nous avons pour tels ou tels problèmes, et ce qui nous arrive. Et surtout, il y a beaucoup de planteurs âgés avec beaucoup d’expérience. L’important, c’est l’expérience.»
Kreepaloo Sunghoon pointe du doigt la dépendance aux importations de produits qui pourraient être cultivés localement, comme les carottes et les pommes de terre. «Nous devons moderniser. Nous devons mécaniser. Sinon, nous n’avons pas de raison pour produire. Nous devons dépendre des importations. Alors, tout le temps, nous avons des discussions avec le gouvernement.»
Il met également en garde contre la solution d’importer des planteurs étrangers : «Faire venir des planteurs étrangers, cela peut paraître comme une solution, mais ce n’est que temporaire et cela peut tout détruire.» Selon lui, sans changements structurels, le secteur est condamné à un déclin rapide : «Zordi, sekter agrikol ki toultan la. Li dan enn sitiasion bien, bien, bien dan pins. Parski, dapre mwa, mo ena lexperians. Mo ena presk 40 an ladan. Mo trouv mwa dan nivo pli ba ki finn ariv nou ziska zordi. Si nou pa pran prekosion… Si nou kontinie lor lelan ki nou ena zordi, dan 5 a 10 an, nou pou trouv nou dan enn katastrof. Depi 50 an ziska zordi, pena okenn vre progre dan sekter-la.»
Quand la question de la concurrence avec les aliments et produits importés est soule- vée, il explique que le pays n’a même pas les capacités de concurrencer. Ainsi, Sunghoon insiste sur les risques financiers, le manque de main-d’œuvre et la concurrence des importations, soulignant que la sécurité alimentaire locale restera hors de portée sans un soutien technique, financier et institutionnel, et une réorganisation stratégique de la production.
Le rôle de la récupération alimentaire
Lotilde Charpy, general manager de Food- wise, souligne, pour sa part, l’importance de la redistribution des aliments pour compléter les efforts du secteur agricole et réduire le gaspillage alimentaire :«Ce rapport est intéressant, car il nous apporte des informations clés et confirme plus que jamais l’importance de poursuivre nos efforts.» Elle rappelle l’ampleur du problème à l’échelle mondiale : en 2024, près de 673 millions de personnes souffraient encore de faim chronique, et 28 % de la population mondiale ont connu une insécurité alimentaire modérée ou grave. Le rapport met en évidence une tendance inquiétante pour l’Afrique : d’ici 2030, le continent représentera près de 60 % de toutes les personnes souffrant de faim chronique dans le monde.
«L’insécurité alimentaire n’est pas qu’un problème local, elle est globale. L’Afrique reste particulièrement touchée, ce qui nous montre que nos efforts doivent être constants et coordonnés.» Au niveau local, le défi est tangible : chaque minute, 279 kilos de nourriture sont jetés à Maurice, alors que beaucoup de familles peinent à nourrir leurs enfants correctement. Depuis la création de Foodwise en 2018, l’organisation a sauvé 1 700 tonnes de nourriture, soit l’équivalent de 6,9 millions de repas.
«Chaque kilo récupéré représente non seulement un repas offert à une personne dans le besoin, mais aussi un pas vers une meilleure gestion de nos ressources. Cela montre que même face à un problème structurel, il est possible d’agir concrètement.» Lotilde Charpy insiste sur le fait que la redistribution alimentaire ne peut se limiter à une action ponctuelle :«La récupération et la redistribution des aliments encore consommables destinés aux communautés dans le besoin sont plus que jamais essentielles. Mais cela doit être un effort collectif, impliquant associations, entreprises, institutions publiques et citoyens. Seule cette coopération permettra un changement durable.»
Elle évoque également l’importance de sensibiliser la population et les acteurs économiques au gaspillage alimentaire et à la sécurité alimentaire : «Il ne s’agit pas seulement de sauver des repas, mais de changer notre manière de produire, de consommer et de redistribuer. La sécurité alimentaire est un enjeu de société, et chacun a un rôle à jouer.» Enfin, Lotilde Charpy met en avant l’équilibre à trouver entre production locale et redistribution : «Les efforts du secteur agricole doivent aller de pair avec la récupération alimentaire. Sauver la nourriture qui serait perdue, c’est aussi protéger notre planète et assurer que chaque personne ait accès à un repas nutritif.»
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