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Madagascar
La nomination de Herintsalama Rajaonarivelo fait débat
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Madagascar
La nomination de Herintsalama Rajaonarivelo fait débat
La nomination de Herintsalama Rajaonarivelo au poste de Premier ministre de la Refondation divise profondément l’opinion publique malgache. CRÉDIT PHOTO: L’EXPRESS DE MADAGASCAR
La nomination de Herintsalama Rajaonarivelo au poste de Premier ministre de la Refondation divise profondément l’opinion publique malgache. Une partie du monde économique voit en lui un profil solide et rassurant. Il est l’ancien président du FIVMPAMA, le principal groupement patronal malgache représentant les intérêts des entreprises locales. Il a également été président du conseil d’administration de la BNI Madagascar, l’une des plus importantes banques commerciales du pays, historiquement partenaire de grands groupes économiques, aujourd’hui partiellement contrôlée par Axian, conglomérat influent dans la téléphonie, la finance et les infrastructures.
Proche des institutions financières internationales comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne, Herintsalama Rajaonarivelo est perçu par ses partisans comme un technocrate expérimenté capable de restaurer la confiance des investisseurs et de relancer l’économie malgache, fragilisée par des années de crises politiques successives. Le FIVMPAMA, dirigé par Rivo Rakotondrasanjy, salue «une étape majeure vers la restauration de la bonne gouvernance et de la rigueur», insistant sur la nécessité de garantir un climat économique stable et prévisible, favorable aux investissements et à la lutte contre l’impunité.
Le nouveau Premier ministre a fixé le ton dès son entrée en fonction : «Quiconque enfreint la loi sera poursuivi, y compris Mamy Ravatomanga», at-il déclaré, en référence à l’homme d’affaires actuellement en clinique à Maurice. Il a également annoncé une série de mesures de rigueur budgétaire, la suspension des dépenses non-essentielles, des audits de gestion et la coopération avec les juridictions internationales en cas de poursuites transfrontalières.
Mais cette posture ne convainc pas une large partie de la jeunesse malgache et des mouvements citoyens, notamment la Gen Z Malagasy, fer de lance des mobilisations depuis fin septembre contre l’ancien système.
Pour ses détracteurs, Herintsalama Rajaonarivelo est avant tout «le bras droit» de Mamy Ravatomanga, considéré comme le «président fantôme» sous Andry Rajoelina. Ses liens avec le groupe Sodiat, empire économique de Ravatomanga actif dans l’immobilier, le transport et l’import-export, ainsi que ses responsabilités passées à la BNI, nourrissent les soupçons d’une continuité des réseaux économiques et politiques de l’ancien régime sous une nouvelle bannière.
«Non seulement il sert les intérêts des Karanes (Malgaches d’origine indo-pakistanaise) et des barons de l’ancien parti présidentiel, mais il est directement lié à ceux qui ont profité du système», accuse un collectif de jeunes militants. D’importantes manifestations sont prévues le 25 octobre à Antananarivo et à Paris pour contester sa nomination.
Face à cette défiance, certaines figures politiques appellent au calme. Tahina Razafinjoelina, proche de l’ancien pouvoir, reconnaît que «beaucoup sont choqués et inquiets» par cette nomination. Mais elle invite à «laisser le gouvernement prouver ses actes», rappelant que le Premier ministre «n’est qu’un exécutant de la vision présidentielle» et que la structure gouvernementale n’est pas figée.
La députée Hanitra Razafimanantsoa a également défendu ce choix, estimant que Herintsalama Rajaonarivelo répond à des critères de compétence et de stabilité, tout en soulignant que le groupe Firaisankina est désormais majoritaire à l’Assemblée nationale.
Les organisations de la société civile, elles, exigent un processus de transition «clair, inclusif et transparent», avec une feuille de route précise, des mécanismes de redevabilité et des critères publics pour la désignation des dirigeants. Elles appellent le Président de la Refondation à lancer un dialogue national et interrégional pour éviter encore une fracture politique.
Dans un contexte mêlant attentes de changements radicaux, méfiance politique, pressions de la rue et poids des réseaux d’affaires, le mandat d’Herintsalama Rajaonarivelo s’ouvre sur une ligne de crête étroite. S’il incarne pour certains l’espoir d’une gouvernance plus rigoureuse, il symbolise pour d’autres la continuité d’un système contesté, un paradoxe qui pourrait déterminer l’avenir immédiat de la transition malgache.
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