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«Dokter san soulie 21ᵉ siek»
La «malhonnêteté intellectuelle» des doctorats honorifiques
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«Dokter san soulie 21ᵉ siek»
La «malhonnêteté intellectuelle» des doctorats honorifiques
«Rien au monde n'est plus dangereux que l'ignorance sincère et la stupidité consciencieuse.» Dr Martin Luther King (1929-1948)
Ceux qui sont nés au siècle dernier, surtout les baby boomers, se souviendront de ces médecins de campagne, dits «médecins aux pieds nus», une des séquelles de la Révolution chinoise de 1949. «Dr Nipat», disait, avec la verve qu'on lui connaît, le grand Dev Virahsawmy dans une de ses pièces... Il faut quand même reconnaître que ces médecins-aides-soignants, formés à la va-vite, palliaient le manque de médecins parmi les paysans des provinces chinoises. En Angleterre, il fut un temps où on parlait des quack doctors ! Nous avons depuis peu dans notre beau pays une prolifération de fake doctors avec des doctorats achetés en ligne comme des petits pains.
Aujourd'hui, tout se vend et s'achète en ligne, même des certificats d'études : diplômes, licences, maîtrises, doctorats, tout y passe sans pudeur et sans vergogne. Cette tendance fort heureusement n'a pas encore atteint le domaine du droit et de la médecine. Mais ça ne saurait tarder. Tôt ou tard, nous y serons parce qu'aujourd'hui avec l'argent, on peut tout s'acheter... en ligne, sur internet. Au tout début, c'étaient des universités bidon d'Amérique latine et centrale (Panama, Venezuela, Nicaragua, Mexique, parmi tant d'autres). Puis, le virus a gagné les États Unis, l'Europe, la Grande-Bretagne et l'Asie. Bientôt, ce sera l'Afrique. Nous y sommes presque. Ce trajet vous rappelle quelque chose ? La route de la drogue peut-être...
Depuis peu, tout comme avoir une belle maison, une deuxième résidence, une belle voiture avec immatriculation personnalisée, un chien de race, c'est tendance pour les parvenus bon chic bon genre de posséder un «doctorat honorifique». La cerise sur le gâteau quoi... Je regrette et déplore que le monde académique et les autorités éducatives du pays n'ont pas encore jugé bon de réagir à cette mascarade : cette prolifération de doctorats dits honorifiques (honoris causa), mais sans honneur, sans contenu et vides de toutes connaissances professionnelles et académiques. Même pas l'équivalent d'une quelconque décoration de la République : ce n'est qu'une reconnaissance qu'on s'octroie pour un «accomplissement» souvent fictif pour satisfaire son ego. Justement pour montrer à tout le monde qu'on y est enfin «parvenu» ! Tout comme en Grande-Bretagne on peut s'acheter un titre de duc, de baron, de comte ou de vicomte qui n’a aucune valeur. Dans notre pays aussi, ces «doctorats» achetés en ligne n'ont ni valeur juridique ou légale et encore moins éducative.
Il est regrettable car ces «docteurs» font beaucoup de tort au monde académique et professionnel, surtout au niveau de l'emploi, des recrutements et des promotions. C'est encore plus regrettable que ces académiciens ayant «réussi» se terrent dans leur silence, leur confort feutré, et leur complaisance intellectuelle et académique, et qu'ils soient aussi pusillanime à réagir à cet état de choses devenu intenable. C'est compréhensible pour ces Mauriciens lambdas qui ne connaissent pas la différence, mais on ne peut continuer à occulter une situation qui est devenue dangereuse pour le pays parce que nous avons déjà parmi nos ingénieurs, ceux-là même qui construisent nos ponts, nos bâtiments et autres infrastructures, avec des doctorats douteux et bientôt, nous aurons très probablement des médecins spécialistes avec ce type de doctorats honorifiques. Alors là, bonjour les dégâts !
Un vrai doctorat ne peut et ne doit pas s'acheter. Pour l'obtenir, il nous faut au moins dix ans d'études incluant une licence (trois ou quatre ans), une maîtrise (un ou deux ans) et le doctorat (quatre à cinq ans). Sans compter le mémoire ou la thèse finale, et au moins une dizaine de publications dans des revues spécialisées et reconnues au niveau international. Il y a des doctorants qui ont pris plus de sept à huit ans pour terminer un doctorat. Ce ne sont pas mes collègues académiciens qui ont connu ce parcours du combattant qui me diront le contraire. Mon doctorat m'a pris dix ans après la maîtrise ! J'ai aussi à mon actif une quinzaine de publications dans des revues internationales. C'est de très longues années d'études, de recherches, un travail assidu fait de patience, de frustrations, sans mentionner le prix que vous payez pour votre vie sociale et familiale, et surtout, le coût financier de ces études et des voyages d'études souvent payés de votre poche. Tout ça parce que nous n'avons pas voulu choisir la voie facile.
Un faux doctorat dit «honorifique» coûte à l'imposteur entre Rs 10 000 et Rs 200 000. Ce n'est ni éthique ni moral et encore moins honorable ! Un vrai doctorat (an earned doctorate, taught or by research, comme disent les Britanniques) coûte entre Rs 2 millions et Rs 4 millions pour au moins quatre ans d'études à plein temps et au moins sept ans à temps partiel. Ceux qui ont connu cette épreuve peuvent en témoigner. Sans compter la rigueur académique exigée et imposée qui peut déranger un superviseur de mémoire ou de thèse qui vous donne du fil à retordre rien que pour soigner son image et sa notoriété d'académicien, et qui vous fait recaler à chaque soumission ! Et ne voilà-t-il pas que certains se permettent de s'acheter un doctorat honorifique, et rien ne les empêchent de se faire recruter par un employeur naïf et crédule, mais souvent complice aussi, à des postes importants tout en se pavanant sans la moindre pudeur avec un titre de «docteur» en préfixe à leurs noms ! C'est décourageant, voire démotivant, pour ces honnêtes étudiants doctorants qui, eux, y mettent tout leur cœur et parfois jusqu'à dix à 15 ans de leur vie. C'est une insulte et une grande injustice à tous ces jeunes qui tiennent justement et c'est tout à leur l'honneur à mériter leur doctorat. Messieurs-dames les «honorifiques» ou «honorary doctors», s'il vous plaît, juste un peu de considération pour notre beau pays, et juste un tout petit peu de respect et de dignité pour vous même et surtout, pour votre entourage en vous faisant discret et moins ostentatoire.
Le grand public a le droit de savoir que parmi ces «docteurs honorifiques» figurent, tenez-vous bien, un ancien ministre (de l'Éducation de surcroît !), un ancien gouverneur de la Banque centrale, au moins deux directeurs des ressources humaines, le président-fondateur d'un mouvement social, le leader d'un mouvement social et politique, et j'en passe... Ils se reconnaîtront. Il y a même deux d'entre eux qui n'ont pas froid aux yeux et qui se sont permis, après leur «doctorat» de se faire octroyer des titres de «Professors» et qui, au vu et au su de tous, enseignent dans nos institutions tertiaires !
Mes collègues de l'université de Maurice, de l'université de Technologie, entre autres, qui me connaissent et que je connais, ont le devoir de réagir. Il faut une fois pour toutes tordre le cou à cette fâcheuse prétention de vouloir s'élever en statut social en s'appropriant des positions qui reviennent de droit aux vrais professionnels de ce pays. Il y va de l'avenir des générations futures, de vos enfants et petits-enfants qui se retrouveront à postuler pour des postes raflés déjà par ces faux «docteurs» qui en ont les moyens financiers. Il y va de la réputation de notre pays qui se veut une plaque tournante et internationale de l'éducation tertiaire. Je demande donc au président de la République, qui est lui-même un ancien de l'université de Maurice, au Premier ministre et à nos deux ministres de l'Éducation, qui eux ont des doctorats en bonne et due forme, d'intervenir pour arrêter cette parodie.
Ce que je propose :
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Une législation pour les doctorants et les docteurs, reconnaissant les nombreuses années d'études et les domaines d'études et de spécialisations. La législation devrait faire la distinction entre un doctorat honorifique et un doctorat d'études universitaires, c’est-à-dire un «earned doctorate».
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Un registre officiel au ministère de l'Éducation tertiaire où les doctorants et docteurs peuvent se faire enregistrer en soumettant leur certificats d'études académiques et professionnelles, la durée de leurs études et surtout, leurs thèses respectives et domaines de spécialisation.
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Une centralisation de toutes les thèses afin qu'elles soient accessibles en ligne et à la Bibliothèque nationale.
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Que les recruteurs du public et du privé soient au courant de la distinction entre ces deux types de doctorat afin de ne pas pénaliser les vrai technocrates, experts et professionnels détenteurs d'un doctorat dans un ou plusieurs domaines de spécialisation. Que ces recruteurs exigent de voir les originaux des certificats, les références, les mémoires et les thèses y relatifs.
On ne peut laisser perdurer cette situation où tout peut s'acheter et se vendre parce qu'on on en a les moyens financiers. Le monde académique du pays a le devoir de faire cesser cette malhonnêteté intellectuelle où les gens sans dignité ni respect de soi profitent de l'ignorance de certains employeurs ou décideurs du pays. Il nous faut agir avant qu'il ne soit trop tard.
Dr Dave N. P. Mootien
DHM (Nairobi) PDIR (Vienna) MSc (Glasgow) PhD (UTM)
Consultant freelance
Ex-Senior Lecturer and chef de département
Université de Technologie de Maurice
Ex-Visiting Lecturer, Open University, Milton Keynes, UK
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