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Ravatomanga

La facture arrive

1 novembre 2025, 04:50

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Paul Bérenger savait-il qu’en dénonçant l’atterrissage du jet privé de Mamy Ravatomanga, il ouvrait une boîte de Pandore aux ramifications régionales et diplomatiques ? Ou n’a-t-il fait qu’exprimer l’offense d’un Premier ministre par intérim tenu à l’écart d’un mouvement «quasi clandestin» sur son propre tarmac politique ? Voulait-il viser Jet Prime et, par ricochet, Kishore Beegoo et l’avoué Gilbert Noël ? Peu importe, au fond. Car le geste – calculé ou impulsif – a déclenché un effet domino dont personne ne maîtrise désormais la trajectoire.

Le récit officiel s’est fissuré en quelques jours. L’arrestation de Ravatomanga à Maurice pour un présumé blanchiment de Rs 7,3 milliards n’est pas un fait divers financier : c’est un test de résistance institutionnelle. Ceux qui, hier, reprochaient à l’ICAC version Navin Beekarry de traîner ad aeternam les dossiers sensibles, d’opérer des volte-face spectaculaires (MedPoint, souvenons-nous), voient aujourd’hui une FCC bousculée, mais debout. La démission puis l’arrestation de l’ex-commissaire Junaid Fakim – un proche du PTr – ont créé une onde de choc. Différence majeure avec l’ancien régime : Navin Ramgoolam n’a pas tenté de couvrir. Il a compris que le magnat malgache et ses relais – politiques, diplomatiques, médiatiques, juridiques et même hippiques – sont capables de tout et que la seule posture tenable est de laisser les institutions aller jusqu’au bout.

Ce dossier ne dit pas seulement quelque chose d’un homme ; il met à nu un système. À Madagascar, le pouvoir économique, social et politique se reproduit dans un espace restreint où les frontières entre public et privé s’effacent. Acheter pour exister, fidéliser pour durer, donner pour se protéger : la «corruption douce» comme mode de régulation. Maurice n’est pas Madagascar, mais l’écho est assourdissant : nos interstices réglementaires, notre respectabilité offshore et la faiblesse de notre transparence sur le financement politique forment un triangle des Bermudes où disparaissent la confiance, la probité et, parfois, la vérité.

Le cas Ravatomanga est un révélateur. On chuchote qu’il aurait financé «quasiment tout le monde» lors de la dernière campagne ; ses avocats nient (ils sont dans leur rôle). Si c’est avéré, alors ce n’est plus un soupçon : c’est un système d’intermédiation où l’argent crée l’accès, l’accès crée l’influence, et l’influence achète l’immunité. La tentation de la state capture, à la sud-africaine, n’est pas une abstraction : elle commence par fragiliser les gendarmes, intoxiquer l’opinion, instrumentaliser les querelles d’ego et semer la confusion procédurale. Ici, on aura tenté de déstabiliser la FCC, d’atteindre son état-major, de déplacer le match du judiciaire vers le politique. Peine perdue si la chaîne de preuve tient, si la coopération judiciaire avec Antananarivo s’intensifie et si la communication institutionnelle reste froide et factuelle.

Le risque pour Maurice est double. D’abord, un risque souverain : que notre place financière – banques, management companies, plateformes de transit – soit perçue comme un safe haven pour capitaux gris. Ensuite, un risque politique : que le révélateur Ravatomanga fasse exploser au grand jour la porosité entre bailleurs et partis. Les dégâts collatéraux ne se limiteront pas à une aile ou à une couleur ; ils traverseront l’hémicycle. C’est pourquoi la seule réponse crédible est systémique : audit indépendant et publication des comptes des partis, plafonnement et traçabilité des dons, registre public des intérêts, clauses de conflit d’intérêts opposables, protection robuste des lanceurs d’alerte et blindage statutaire de la FCC pour la mettre à l’abri des humeurs du jour.

Quant à Bérenger, son coup de projecteur sur le jet aura, peut-être malgré lui, relancé la conversation là où elle devait se trouver : non pas sur un tarmac, mais au cœur de l’éthique publique. On peut y voir un règlement de comptes. On peut y lire une impatience de vieux lion. On doit surtout y reconnaître un révélateur d’époque : ce pays ne peut plus se payer le luxe des zones grises. Le prix, sinon, sera payé cash – par notre réputation, notre secteur bancaire, nos notations, notre stabilité.

La suite ? Elle se jouera moins au tribunal de l’opinion qu’au tribunal tout court. Si la procédure tient, des têtes tomberont – pas seulement celles qu’on imagine. Si elle s’effondre, nous aurons validé l’idée la plus corrosive : que l’argent finit toujours par avoir raison. Entre ces deux issues se joue plus qu’un scandale : la crédibilité de l’État de droit mauricien.

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Ravatomanga, Fakim et Bheeky en cliniques privées, avec des policiers qui montent la garde. Relançons le débat : ne devrait-on pas aller dans les hôpitaux publics quand on fait l’objet d’une arrestation ? Qui changera la loi pour que riches et pauvres soient enfin égaux devant la police ?

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