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Journée internationale de la langue maternelle
Kreol Morisien : Ena ankor boukou montagn pou grinpe
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Journée internationale de la langue maternelle
Kreol Morisien : Ena ankor boukou montagn pou grinpe
Les développements concernant le Kreol Morisien (KM) se sont accélérés après la rentrée scolaire. Il y a un mois, le 23 janvier, le Conseil des ministres a approuvé l’introduction du KM comme matière principale au «Higher School Certificate» (HSC). La semaine suivante, le 30 janvier, il a énoncé les critères d’éligibilité pour étudier cette matière au HSC. La semaine dernière, le 13 février, le Conseil des ministres a annoncé que l’État prendra en charge les frais d’examens pour la première tentative en KM à l’«Advanced Subsidiary Level». Le professeur (Pr) Arnaud Carpooran, président de la Creole Speaking Union, nous éclaire sur tout le chemin qu’il reste à parcourir pour que le KM devienne véritablement langue nationale.
2026, année stratégique. Après son introduction à l’école comme matière optionnelle en 2012, le Kreol Morisien (KM) a fait son entrée au HSC comme main. Aujourd’hui, 21 février , à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, le Pr Arnaud Carpooran, président de la Creole Speaking Union, membre de la faculté de Social sciences and Humanities à l’université de Maurice et auteur du Diksioner Morisien, dessine la feuille de route en trois volets, qu’il reste à accomplir, pour que cette langue maternelle devienne pleinement langue nationale.
Sur le plan scolaire et académique, les récentes décisions gouvernementales concernant l’introduction de KM comme «main» ont hissé la langue au rang de matière académique à part entière, au même titre que tous les autres sujets enseignés. Prochaine étape : «eski finn ariv ler» pour faire du KM un médium d’enseignement ?
Arnaud Carpooran se souvient que cette épineuse question a déjà été soulevée, il y a de cela pratiquement deux décennies. Il s’est dit frappé par le point de vue d’une «personne qui n’était ni un linguiste, ni un universitaire», sur le besoin que la langue «existe d’abord en tant qu’objet reconnu à la fois par le citoyen lambda et par les autorités».
À l’époque, le statut de la langue était encore flou : étaitce un dialecte, un patois ou une langue ? Était-ce une langue orale ou écrite ? Au fil du temps, ces questions ont trouvé des réponses, notamment avec un outil de référence comme le Diksioner Morisien. Ces étapes ont contribué à la reconnaissance du KM, «comme un objet que l’on peut visualiser, comme une langue pareille aux autres langues». Des aménagements «pou KM gagn so rekonesans institisionel e so akseptasion sosial», qui ont pris environ 20 ans à se concrétiser.
Ce qui permet désormais d’envisager de faire du KM un «technolecte», ce qui signifie qu’une langue est équipée d’un registre spécifique pour les domaines académiques, scientifiques, techniques, informatiques, administratifs etc. C’est comme cela que la langue devient un médium d’enseignement, explique Arnaud Carpooran. «Au stade expérimental, nous avons franchi plusieurs étapes, mais ce n’est pas encore généralisé pour toutes les disciplines dans le monde académique.»
Il rappelle que la Creole Speaking Union a déjà organisé un konkour lekritir text siantifik, «où nous avons recueilli plusieurs contributions intéressantes». Il souligne également le «besoin sociétal de régler le problème aigu d’échec scolaire». Et la grande disparité entre le nombre d’enfants qui entrent dans le cycle primaire (autour de 12 000) et le nombre d’élèves qui réussissent le HSC (environ 3000). «Ce qui signifie que dans une génération, 75 % des élèves ont quitté le système scolaire avant la fin.» Et à la sortie du cursus universitaire de premier cycle, le nombre se réduit davantage.
«Nou pa kapav ramenn tou lor kestion langaz», reconnaît Arnaud Carpooran. Mais est-ce que la problématique de l’enseignement de la langue pourrait contribuer à réduire le fossé entre ceux qui entrent à l’école et ceux qui en sortent après le HSC ? Il estime que oui. En se basant notamment sur l’expérience positive de Prevokbek. Une formule où des recalés du Certificate Primary of Education ont eu droit à des cours de rattrapage an kreol. Nombre d’entre eux ont réussi l’examen, après trois ans et ont réintégré le mainstream ou se sont orientés vers le pré-vocationnel. «Cela démontre que si on utilise le capital linguistique que possède l’élève avant même d’entrer à l’école, cela l’aide à mieux comprendre ce qu’on lui enseigne.»
Laisser perdurer des taux élevés d’échec scolaire augmente, selon Arnaud Carpooran, les risques de fléaux dans la société. Comme les sentiments de rejets qui s’expriment, par exemple, par l’ampleur de l’abus de drogues synthétiques. «Kan nou trouv dimounn pe vinn violan pou enn wi, pou enn non», il faut se demander si l’école n’a pas un rôle à jouer dans ces situations, estime-t-il.
Il évoque les cours de KM que Dev Virahsawmy, aujourd’hui disparu, avait donné dans les prisons. Citant l’ancien commissaire des prisons, Jean Bruneau, Arnaud Carpooran rappelle son analyse selon laquelle les établissements pénitentiaires sont les lieux où «des personnes en situation d’échec scolaire total sont majoritaires». Il se demande : «eski nou anvi kontign peple prizon ?» En soulignant qu’il s’agit là de questions fondamentales de droits humains. «C’est aussi une question de sécurité nationale».
Troisième tournant qu’il faudra négocier, c’est de matérialiser l’entrée du KM dans diverses institutions incluant le Parlement. Shrin Aumeeruddy-Cziffra, la speaker, s’est déjà exprimée sans détour en faveur de l’introduction du KM dans l’hémicycle. Un rapport sur ce sujet a déjà été remis au Premier ministre.
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Rendez-vous
Les étapes se suivent à un rythme soutenu pour la Creole Speaking Union. Lundi, le 23 février, aura lieu le lancement d’une «Antolozi Poezi an kreol morisien». Et le 27 février, le rapport «Promoting Institutional Democracy through Language Access in Kreol Repiblik Moris and Digital Innovation» sera remis à Romeela Mohee, de la Higher Education Commission.
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