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Johnson Roussety dénonce une île «sous perfusion budgétaire»
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Johnson Roussety dénonce une île «sous perfusion budgétaire»
À l’approche de la Journée de l’autonomie de Rodrigues, prévue le 12 octobre prochain, et alors que le Premier ministre y est attendu, la question du financement de l’Assemblée régionale de Rodrigues (ARR) revient au centre des débats. Mardi soir, lors d’un live diffusé sur sa page Facebook, le chef commissaire adjoint, Johnson Roussety, a livré un réquisitoire contre ce qu’il considère comme une réduction progressive de la marge de manœuvre financière de l’île.
Pour lui, Rodrigues est aujourd’hui «sous perfusion budgétaire». Une formule qui résume la contradiction entre le principe d’autonomie régionale et la dépendance de l’île aux décisions financières prises à Maurice. Il a lancé, dans son intervention : «Il n’y a pas d’autonomie. Kan nou dimann larzan nou pa gagne. Inn koup bidze Rodrig.» Il estime que cette situation affecte directement la capacité des commissaires à mettre en œuvre les projets annoncés.
Pour le chef commissaire adjoint, le problème dépasse la seule question des chiffres. Il affirme que les commissaires travaillent dans des conditions difficiles, déplorant des interventions croissantes d’officiers relevant de l’administration centrale : «On travaille dans des conditions difficiles. Il n’y a pas d’autonomie.»
Il affirme que certaines décisions concernant Rodrigues seraient prises par des fonctionnaires plutôt que par les élus de l’Assemblée régionale, citant les missions à l’étranger. Selon lui, ce serait le Permanent Secretary du ministère de Rodrigues qui déciderait quels responsables peuvent représenter l’île lors de missions ou de formations internationales. Il cite le cas d’un commissaire qui se serait vu refuser une participation à une rencontre sur l’approvisionnement en eau à Rodrigues. «Ce sont des officiers qui décident pour Rodrigues», a-t-il déploré.
Ce que disent les chiffres
Les chiffres disponibles donnent une autre dimension au débat. Pour l’exercice 2025-2026, le montant total alloué à Rodrigues s’élevait à Rs 10,1 milliards : Rs 5,8 milliards de subventions à l’ARR et Rs 4,3 milliards inscrites aux budgets des ministères et organismes parapublics, dont Rs 1,4 milliard pour les investissements (piste de l’aéroport de Plaine-Corail, eau, drainage) et Rs 2,9 milliards pour les dépenses récurrentes (éducation, maintien de l’ordre, subventions, prestations sociales).
Du côté de l’ARR, la subvention de Rs 5,785 milliards comprenait Rs 5 milliards de dépenses récurrentes et Rs 785 millions de dépenses en capital. Mais dès mai 2026, ce budget récurrent était déjà épuisé, et une enveloppe supplémentaire de Rs 300 millions a dû être dégagée, en partie prélevée sur le budget d’investissement de l’ARR, pour couvrir des engagements liés aux pensions, aux salaires et à d’autres prestations, dans le sillage des nouveaux taux du Pay Research Bureau.
À la clôture de l’exercice 2025-2026, les dépenses totales de l’ARR atteignaient près de Rs 6 milliards, dont Rs 5,356 milliards en dépenses récurrentes et Rs 634 millions en dépenses de capital. Les engagements restant à honorer s’élevaient encore à Rs 299,5 millions, dont environ Rs 200 millions liées à des allocations dues au personnel du secteur de la santé.
C’est dans ce contexte que Johnson Roussety affirme que le budget de Rodrigues a été coupé : «Zot met enn bidze, apre zot mem ogmant pansion, koup allowance.»
Pour l’exercice 2026-2027, le gouvernement prévoit Rs 5,5 milliards pour les dépenses récurrentes de l’ARR et Rs 825 millions pour l’investissement, portant à Rs 11,2 milliards le total des dépenses pour Rodrigues. L’enveloppe globale augmente donc, mais l’ARR doit composer avec une masse de dépenses récurrentes qui limite sa capacité d’investissement. Depuis 2026, Rodrigues est aussi passée au Performance-Based Budgeting, avec des indicateurs de performance pour chacune des huit commissions de l’Assemblée régionale – mais pour Johnson Roussety, la question fondamentale reste celle du contrôle des décisions.
Projets, élections et tensions personnelles
Malgré ses critiques, le chef commissaire adjoint se veut aussi rassurant. Il affirme que le projet d’aéroport avance et rejette l’idée selon laquelle Rodrigues serait à l’arrêt. Sur le dossier de l’eau, il annonce que le projet de dessalement de Pointe-Coton doit être inauguré prochainement, et appelle les Rodriguais à ne pas céder aux rumeurs selon lesquelles rien n’avancerait dans l’île.
Sur le plan politique, Johnson Roussety affirme que les élections régionales ne se tiendront pas le 10 février 2027 et que l’équipe en place entend aller au terme de son mandat (jusqu’au 5 mars 2027). Une réunion des responsables de l’Alliance libération est prévue ce dimanche au Cocotiers Hotel, et il invite les électeurs à rester prudents face aux rumeurs sur les réseaux sociaux.
Le live a également pris une tournure plus personnelle : Johnson Roussety a évoqué une plainte pour diffamation criminelle déposée au poste de police de La Ferme contre Franchette Gaspard Pierre Louis, Minority Leader à l’ARR – qu’il accuse d’être «assoiffée de pouvoir» – et Henri Agathe, qu’il accuse d’avoir filmé en direct devant son domicile en l’accusant, selon ses dires, d’actes illégaux.
Les déclarations de Johnson Roussety mettent en évidence trois préoccupations : les moyens financiers de l’ARR, la capacité des élus rodriguais à décider des priorités de l’île et l’état d’avancement des grands projets. Les chiffres budgétaires montrent une réalité nuancée : Rodrigues bénéficie d’une enveloppe croissante, mais une grande partie reste absorbée par les dépenses récurrentes. Le débat ne porte donc pas uniquement sur le montant des sommes allouées, mais sur qui décide de leur utilisation, à quelles conditions et avec quelle marge de manœuvre pour les élus rodriguais.
Alors que le Premier ministre est attendu dans l’île, la Journée de l’autonomie pourrait être l’occasion de mesurer l’écart entre le principe politique de l’autonomie et sa traduction concrète sur le terrain.
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