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Portrait

Jeannot Dorasawmy : Donner des informations pertinentes aux dialysés et rassurer leurs proches

13 septembre 2025, 17:00

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Jeannot Dorasawmy : Donner des informations pertinentes aux dialysés et rassurer leurs proches

■Jeannot Dorasawmy, fondateur et président de Warriors Nest ©️Beekash Roopun

Pour beaucoup, un diagnostic d’insuffisance rénale équivaut à un arrêt de mort. Or, ce n’est pas une fatalité. Il est possible de vivre grâce à la dialyse. C’est le message que veut transmettre Jeannot Dorasawmy, qui a fondé l’association Warriors Nest et dont les principaux objectifs sont de donner des informations correctes aux malades, qui doivent affronter la dialyse, et rassurer leurs proches. Cet ancien handballeur et le SJC Alumni organisent un événement alliant sport et santé, le 21 septembre (voir hors texte).

Dans son malheur, Jeannot Dorasawmy, ancien handballeur de la sélection nationale, trouve le moyen de voir le bon côté des choses. «Il fallait que ça me tombe dessus une nouvelle fois pour que je mette en place cette association ayant pour but d’aider les autres patients. Si je n’étais pas retombé malade, j’aurais continué à mener ma petite vie et je serais resté dans mon confort. Là, je sais que j’ai une mission à accomplir et que tout cela n’est pas arrivé par hasard», déclare cet homme de 50 ans, qui est de grande taille et droit comme un i.Il utilise l’expression «retombé malade» parce qu’il avait eu la chance de connaître une rémission. Mais ne brûlons pas les étapes.

Cet habitant de Curepipe qui fréquentait le collège St Joseph, a toujours été très sportif. Son sport de prédilection était d’abord le basketball qu’il pratiquait assidument et vu ses aptitudes, quand le handball a été lancé à Maurice, on est venu le chercher. Il a pratiqué ce sport non seulement à l’école mais aussi en clubs, réussissant à se hisser dans la sélection nationale où il a excellé. Au niveau professionnel, Jeannot Dorasawmy avait démarré une belle carrière dans l’hôtellerie, avant d’intégrer une société d’événementiel.

Tout lui souriait. Jusqu’en 2005. Alors qu’il n’a que 30 ans, il se surprend à être essoufflé 15 à 20 minutes après le début d’un match. «Avant, j’étais comme un essuie-glace sur le terrain et à l’aise pendant les 60 minutes du match. Là, après 15 à 20 minutes, une fatigue inexplicable s’abattait sur moi et je me sentais épuisé.» Il ne tient pas compte des signaux que son organisme lui envoie sous forme de fatigue constante (un signe d’anémie), de pieds enflés (symptôme de la rétention d’eau) et de douleurs au niveau de la base du crâne et de la nuque (indication d’hypertension). Après quelques mois, il décide finalement de s’en remettre à son médecin de famille, le Dr Bill Tennant, qui le soumet à une batterie d’analyses. On découvre alors que ses taux de créatinine et d’urée sont hors normes.

Le Dr Tennant le réfère au Dr Mohamed Nahnuck, néphrologue. Jeannot Dorasawmy apprend alors que ses reins ne fonctionnent plus et qu’il doit être dialysé. «J’étais dévasté. Lorsqu’on a fait des tests approfondis, on a vu que c’était héréditaire. Il parait que je tiens cela d’un arrièrearrière-grand-père. En 2005, il n’y avait pas de réseaux sociaux comme on en a aujourd’hui. J’étais perdu. Le Dr Nahnuck m’a donné un maximum d’informations, m’a expliqué le fonctionnement de la dialyse et m’a soutenu pour que je ne me décourage pas.» Ce diagnostic sonne, hélas pour lui, le glas de sa carrière sportive.

L’existence de Jeannot Dorasawmy est alors ponctuée par trois sessions de dialyse par semaine qu’il effectue dans une clinique et ce, grâce à la générosité de son patron d’alors, James Hau, un Hongkongais dont le fils Andrew était son ami de classe au collège St Joseph. «À l’époque, la session de dialyse dans le privé coûtait Rs 3 500. James Hau a tout payé. Lui et son fils m’ont vraiment aidé et je leur dois énormément.»

Ainsi, pendant 11 mois, il suit ses sessions de dialyse en se demandant pourquoi cela lui est arrivé alors qu’il était au sommet de sa gloire de sportif. «Je me suis renfermé sur moi et je suis devenu un peu aigri.» La chance qu’il a c’est d’avoir une famille soudée. À tel point que sa mère décide de lui donner un rein après avoir effectué tous les tests de compatibilité. Le Dr Nanhuck les met en contact avec le professeur Del Khan à l’hôpital Groote Schuur à Cape Town en Afrique du Sud. La transplantation et tous les soins annexes coûtent Rs 1.8 million. Il peut une fois de plus compter sur son patron James Hau, qui le finance partiellement et toutes les économies familiales y passent.

En janvier 2006, sa mère, son épouse Elizabeth et lui mettent le cap sur l’Afrique du Sud. Avant l’opération, le professeur Del Khan leur explique comment l’intervention va se dérouler, les rassure et leur signifie même que le risque de rejet est minime du fait que l’organe à greffer vienne de sa mère. Le 26 janvier, un rein est d’abord enlevé à cette dernière qu’il croise, inconsciente sur la civière de transfert, alors qu’il est dirigé vers le bloc opératoire pour recevoir le précieux organe. Il passe presque six heures sur la table d’opération et l’intervention est une réussite. Lui et son épouse restent trois mois à Cape Town, le temps de vérifier que le greffon ait bien pris. «Le 26 janvier 2006, ma mère m’a redonné naissance», dit-il.

À son retour au pays, il reprend sa vie d’autrefois, n’ayant plus de restrictions sur l’alimentation, l’hydratation et sa routine de vie. «Quand on est en dialyse, on n’a droit qu’à un litre d’eau par jour. Là, je pouvais boire comme un chameau.» Il retrouve les terrains de handball avec beaucoup de plaisir.

Douze ans plus tard, soit en 2016, il recommence à avoir les symptômes d’autrefois et s’évanouit. Le diagnostic est sans appel. Il a fait un rejet du greffon et doit se remettre à la dialyse pour survivre. Son bienfaiteur James Hau étant décédé, Jeannot Dorasawmy est obligé d’aller faire sa dialyse à l’hôpital Jawaharlall Nehru à Rose-Belle. S’il n’a jamais connu d’appareils en panne, de sessions écourtées et un personnel soignant indifférent ou discourtois, «au contraire, les Nursing officers sont très professionnels et aux petits soins avec les dialysés», il note que les explications des médecins sont très succintes. «Ils s’en tiennent à : ‘Alalila, ou lerein fini. Bisin fer dialyse’ et ça s’arrête là. Le malade ne comprend pas ce qui lui arrive et la détresse et la souffrance des familles sont visibles.»

Étant un dialysé et donc mieux à même de comprendre le calvaire des dialysés et de leurs proches, l’idée de créer une association de sensibilisation dont l’objectif serait de fournir les bonnes informations aux malades et de rassurer leurs parents pour leur faire comprendre que la dialyse n’est pas synonyme de mort, fait son chemin dans la tête de Jeannot Dorasawmy.«Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose car le nombre de dialysés ne cesse d’augmenter. Je vois ça à l’hôpital de Rose-Belle. Si autrefois, il y avait trois sessions par jour, aujourd’hui, il y en a quatre. Il faut démystifier l’insuffisance rénale et la dialyse, expliquer aux malades ce à quoi ils ont droit en termes d’alimentation et d’hydratation, ce qu’ils doivent éviter. Je veux trouver des solutions pour les problèmes que les dialysés rencontrent au quotidien comme attendre des heures pour que l’ambulance les ramène chez eux. Ils doivent passer devant le boardmédical pour avoir une pension de misère d’environ Rs 13,000 par mois alors que les médecins auraient très bien pu aller à leur rencontre pendant qu’ils font leur dialyse à l’hôpital puisqu’ils y sont pendant quatre heures.»

S’il enregistre Warriors Nest en 2021, il doit d’abord terminer un projet professionnel avant de s’y consacrer. Hormis le Handball Festival 2025 du dimanche 21 septembre (voir horstexte), avant la fin de l’annee, Jeannot Dorasawmy veut faire un survey des patients dialysés dans les secteurs public comme privé car le dernier exercice remonte à 2020. «Pour 2026, on prépare un calendrier de cinq à six événements avec plus d’accent sur l’éducation et la prévention. J’ai envie de faire de la sensibilisation au sein des écoles et expliquer aux jeunes comment garder leurs reins en bonne santé et quels bons gestes adopter. Je veux aussi monter un projet pour redonner leur dignité aux dialysés, qui sont considérés comme des invalides aujourd’hui. S’ils veulent avoir une activité génératrice de revenus, il faut qu’ils aient des facilités d’obtention de permis pour le faire. Je veux les accompagner pour qu’ils aient une insertion professionnelle et fassent quelque chose de positif de leur vie. Mon plus gros projet sera la sensibilisation au don d’organe. Il faut que les familles comprennent qu’elles peuvent faire le don d’un rein à leur proche en cas de compatibilité car on peut facilement vivre avec un seul rein fonctionnel. Je veux trouver des solutions pour améliorer, autant que possible, la vie des patients sous dialyse…»


Le Handball Festival 2025 au Gymnase de Phoenix

Warriors Nest et le St Joseph College Alumni, présidé par Haroon Durbass, organisent un Handball Festival au Gymnase de Phoenix, le dimanche 21 septembre. Cet événement a plusieurs buts : il vise à relancer le handball, qui est mort depuis deux ans. «Cela devrait permettre de redorer le blason du handball et essayer de trouver une solution avec le ministère des Sports pour redémarrer ce sport. Huit équipes, soit 200 joueurs et joueuses ont déjà confirmé leur participation. Les matchs auront lieu entre 9 et 16 heures». Cette journée se veut aussi familiale et conviviale. «Ce sera une Family Day avec buvette, échoppes d’alimentation, animation et château gonflable.» Sans compter le côté utile de l’évènement, qui verra aussi une collecte de sang entre 8 et 13 heures. «J’espère que le public viendra nombreux et donnera son sang. Je veux recueillir un maximum de pintes de sang car les dialysés ont souvent besoin de transfusions sanguines.»

Finalement, avec cette journée, Jeannot Dorasawmy veut montrer qu’avec peu de moyens, il est possible «de réaliser quelque chose d’extraordinaire», dit-il en remerciant chaleureusement parrains et amis «sans qui rien ne peut avancer.»

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