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Résidence artistique
Jean Alain Roussel : comment faire un tube ?
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Jean Alain Roussel : comment faire un tube ?
■ Jean Alain Roussel a enseigné au Cours Florent musique.
Un CV long comme le bras, qui impressionne. Mais dès que le pianiste et compositeur, Jean Alain Roussel, sourit dans sa longue barbe blanche, qu’il assaisonne la conversation – qui prend des allures de « «masterclass» – de références gourmandes à la «rougay sosis» et «satini pom damour», on en oublie l’agitation de la mi-journée au «Preskil Island Resort». Pour plonger dans l’univers rempli de stars de ce musicien né à Maurice, qui a fait carrière à l’étranger. Durant toute la semaine écoulée, il était en résidence artistique de création avec la jeune Tatiana Fricot. Une production de Jorez Box et Green Soul. Ce projet est soutenu par la Mauritius Tourism Promotion Authority et le «Preskil Island Resort».
Oui, elle l’avoue. Pour Tatiana Fricot, auteure-compositrice-interprète en herbe, «c’était intimidant au début». Mais une fois le premier contact établi avec Jean Alain Roussel, musicien et compositeur, arrangeur né à Maurice, à la longue et brillante carrière internationale, ancien professeur du Cours Florent musique, «ça allait mieux». Elle est redevenue la jeune fille au naturel pétillant, qui chante en s’accompagnant à la guitare. Sous le regard protecteur de son père, l’artiste Denis Fricot.
Tatiana Fricot a eu une semaine pour profiter de l’expérience de Jean Alain Roussel. Ils étaient en résidence artistique de création au Preskil Island Resort. En amont, elle lui avait envoyé les maquettes de cinq chansons. Pour la sixième, c’était seulement le texte.
■ Le talent en herbe, Tatiana Fricot, écoute avec attention les précieux conseils.
Diagnostic : «La première chose que j’ai remarquée, c’est qu’aucune de ces chansons ne mettait en valeur la voix que j’avais entendue dans un live pour Canal Austral, que j’avais vu sur YouTube. Ces maquettes ne m’ont pas autant touché que ce live.» Et deux des chansons étaient interprétées par une voix d’homme. Jean Alain Roussel apprendra qu’il s’agissait de Denis Fricot, plus connu pour le séga E bayo. «C’est lui qui avait écrit ces chansons pour elle.»* C’est aussi avec lui qu’elle a appris la guitare.
Le musicien remarque aussi que si la guitare du père est branchée à un micro, ce n’est pas le cas de celle de Tatiana Fricot. Il fallait remédier à ça, si elle voulait enregistrer en studio. «Deux jours plus tard, elle m’envoie une photo d’elle en train d’acheter une super guitare.» Signe que ce talent prometteur s’est vraiment investi dans la résidence artistique.
Arrive le 29 mars, le séjour studieux à l’hôtel démarre. Sauf que Denis Fricot a un ennui de santé, une main qui a enflé, ce qui est embêtant pour celui qui doit être le musicien principal du concept que Jean Alain Roussel a imaginé. L’animateur de la résidence artistique décide d’adapter le programme initial. Pas d’enregistrement en studio, mais une autre forme de partage de savoirs.
«Au lieu d’aller voir un psy, c’est mieux de faire sa thérapie en écrivant des chansons», lance-t-il en riant. En soulignant que ça coûte moins cher et que si on a du succès, cela rapporte de l’argent. Justement comme avoir du succès ? Par définition, commence-t-il, un single, c’est une chanson qui passe à la radio. «En 2026, sur les radios, des gens comme Tatiana Fricot sont en compétition avec Bruno Mars, Taylor Swift, Ariana Grande. Ils veulent que leur chanson passe juste après celles d’Ed Sheeran, Sam Smith ou Eminem.» C’est un défi. Première leçon : voir grand, se positionner dans un monde musical global.
Deuxième élément fondamental : susciter l’émotion du public. Pour cela, Jean Alain Roussel recommande de se baser sur des «principes de l’humanité: les gens adorent chanter et beaucoup aiment danser». Pour que le public éprouve une émotion, que ce soit un sourire ou de la tristesse, l’objectif, c’est de faire des chansons «que les gens vont vouloir chanter et sur lesquelles pouvoir danser». Ce que les gens retiennent, souligne Jean Alain Roussel, ce sont les «petites phrases», les refrains.
Exemple : le cas de Michel Berger «que j’ai rencontré à travers Luc Plamondon». Le temps que l’on digère deux grands noms de la chanson française dans une seule phrase, le musicien rappelle que Michel Berger a fait des tubes pour France Gall. «Ce ne sont pas nécessairement les chanteurs avec le plus de technique ou d’amplitude dans la voix qui deviennent des stars.» Nouvelle anecdote pour parler de son «pote Joe qui venait m’aider avec la plomberie d’une maison», comprenez Joe Cocker, qui nous a quittés en 2014. «Dès que Joe Cocker ouvrait la bouche, on savait que c’était lui. Ce qui compte, c’est la reconnaissabilité de la voix.» Écrire une chanson devient dès lors cet acte délibéré de «faire des choses que les gens peuvent reconnaître».
■ Jean Alain Roussel plaisante du haut de sa brillante carrière sur ses «petites mains» durant cette résidence artistique d’une semaine où il a guidé celles de Tatiana Fricot.
Retour à France Gall, «pas une voix exceptionnelle comme La Callas, mais que le public reconnaissait». Un timbre qui lui a permis de gagner le concours de l’Eurovision en 1965. En 1984, Michel Berger lui fait un tube avec «un mot, deux syllabes, que tout le monde va chanter», Débranche. Un mot qui revient 25 fois dans la chanson.
En 1987, comme France Gall aime Ella Fitzgerald, il remet ça avec Ella, elle l’a. «Deux syllabes, ouh, ouh, ouh et ça dure dix minutes», ironise Jean Alain Roussel. Un single vendu à plus de 500 000 exemplaires en France. Attention, prévient le musicien, il ne s’agit pas de tomber dans la simplicité, ni de céder à la facilité. Mais de soigner le message de la chanson. Parce que le but, c’est de créer des chansons qui seront écoutées par le public.
Avec toutes ces clés en main, le professeur de composition Jean Alain Roussel – qui aura 75 ans le 9 mai – a donné des devoirs non seulement à l’élève Tatiana Fricot, mais aussi à son père, l’auteur de E bayo. «Je leur ai demandé d’écrire trois chansons chacun, séparément, sans se consulter.»
Pourquoi le professeur parle-t-il de son âge ? C’est parce qu’il pense à ces deux artistes qu’il a connus au début de sa carrière et qui nous ont quitté l’an dernier, à un mois d’intervalle. «Le premier, c’est Chris Rea (NdlR, disparu à 74 ans le 22 décembre 2025). On a fait son premier disque ensemble. Il m’a présenté Cat Stevens. Et l’autre, c’est un Jamaïcain. Il s’appelle Jimmy Cliff (NdlR, mort le 24 novembre 2025). Et moi, je suis toujours là. Gro latet pa badine.»
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