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Dans l’univers de… Marie Ythier, violoncelliste

«Il ne faut pas avoir peur des langages contemporains»

16 avril 2026, 16:00

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«Il ne faut pas avoir peur des langages contemporains»

■ Marie Ythier n’avait pas encore donné de concert à Maurice.

Des compositeurs contemporains ont créé des pièces spécifiquement pour la violoncelliste Marie Ythier. Elle partage sa passion pour la création, l’enseignement et le pays de son arrière-grand-père, qui était Mauricien. Avant le jeudi 9 avril, Marie Ythier n’avait jamais donné de récital de violoncelle à Maurice.

L’île que son arrière-grand-père, Edgar, a quittée pour faire des études de médecine en France. Et s’y installer. Se prenant au jeu, un second récital, intitulé Cello Stereo, est prévu demain, vendredi 17 avril, à 18 h 30, à l’Institut français de Maurice (IFM). L’archet de Marie Ythier sera en duo avec celui d’Anne Chauveau-Dhayan.

Dans l’amphithéâtre de l’IFM où les deux concertistes répètent, en ce mardi 14 avril, on ne dirait pas qu’elles se sont rencontrées jeudi dernier et ont entamé les répétitions la veille. Parce que la complicité entre musiciennes est palpable. «Il y a l’écoute, qui fait qu’on a envie de faire quelque chose de beau ensemble», affirme Anne Chauveau-Dhayan. Au fil d’un programme qui rassemble des morceaux classiques, romantiques et baroques ainsi que du tango.

Dire que Marie Ythier n’était pas jamais venue à Maurice avant 2009. Et que c’est parce que la famille qu’elle a ici lui a fait remarquer qu’elle «joue partout et pourquoi pas à Maurice» qu’elle est montée sur la scène du Caudan Arts Centre, la semaine dernière. Entre son emploi du temps de professeure au Conservatoire à Rayonnement régional de Lyon et celui de concertiste avec des engagements jusqu’en septembre – son site internet faisant foi –, Marie Ythier est très occupée. «Je fais des compromis. En janvier, février et mars, je n’accepte pas de concerts parce que c’est la période des concours pour mes élèves. Je l’ai fait pendant deux-trois ans, mais je ne sais pas si je continuerai. Financièrement, cela a un vrai impact de ne pas accepter de concerts.» Après ce double investissement – dans la transmission et la performance –, venir à Maurice a été jusque-là synonyme de vacances bien méritées, «les seules de l’année, en général». Et de moments en famille pour se ressourcer. «Je ne prends même pas le violoncelle», confie-t-elle.

Une fois l’idée de concerts chez nous validée est venue celle de s’associer à des artistes «qui habitent sur place». La semaine dernière, c’était Cœur Partagé avec Nouchine Schopfer au piano. «Quand j’ai appris qu’une violoncelliste venait, j’ai pris contact pour lui demander : ‘Tu veux jouer avec moi ?’», explique Anne Chauveau-Dhayan. «C’est rare de jouer avec une autre violoncelliste. Cela me fait du bien.» Marie Ythier, en riant, ajoute : «On est assez corporate nous, violoncellistes. L’instrument a une tessiture très large qui nous permet de faire toutes les voix.» Pour le duo Cello Stereo, leur pari est de «chanter ensemble» sur du répertoire dit classique, en première partie.

WhatsApp Image 2026-04-16 at 6.39.09 PM.jpgCommunion musicale entre Anne Chauveau-Dhayan (à dr.) et Marie Ythier lors des répétitions à l’IFM, mardi.

En seconde partie de soirée, place à des compositeurs contemporains servis par Marie Ythier. C’est la classe : des compositeurs ont écrit des morceaux pour elle. Comme Riff Augmented du compositeur Bastien David en 2017. Tout en ayant une carrière dans le classique, avec pour répertoire des concertos de Chostakovitch avec orchestre, des pièces de Haydn, «à côté, je travaille beaucoup avec les compositeurs et j’adore ça».

Nous insistons. Des compositeurs ont écrit spécifiquement pour elle. Marie Ythier reste modeste. Dit seulement, «C’est cool.» Avant de détailler le travail que cela implique. «La pièce, elle est dans la tête du compositeur. Nous, on est la plastique du son. C’est un premier filtre. L’important, ce sont les enjeux de la notation : comment traduire les idées sur une partition pour restituer le plus fidèlement possible ce qu’ils ont dans la tête. Il y a toujours une petite marge entre les deux.»

Pour la violoncelliste, créer une pièce écrite pour soi, c’est aussi une «responsabilité. C’est comment je la diffuse». Par exemple, auprès de ses élèves qui sont des «préprofessionnels». Marie Ythier participe aussi à la parution des partitions, avec une collection aux éditions Henry Lemoine. «Je travaille à cette édition en réfléchissant à toutes les indications qui sont utiles pour que ce soit le plus accessible possible pour tous les violoncellistes, pour que ça circule. Parce que tant que ce n’est pas édité, c’est juste un manuscrit qui circule. Grâce à l’édition, les partitions sont commercialisées.» L’autre étape qu’elle espère franchir : faire inscrire des pièces contemporaines dans les programmes de concours des élèves, «à plus grande échelle. Sur un premier tour de concours international, par exemple».

Reste que la pratique de musiques contemporaines aide Marie Ythier à mieux jouer le classique. «Cela m’aide à me mettre tout le temps à la place du compositeur. Ce qu’il veut, c’est du sens.» Une quête de sens qu’elle comptait transmettre lors de la masterclass qu’elle devait animer hier au Conservatoire François Mitterrand. «Il ne faut pas avoir peur des langages contemporains. Du temps de Mozart, tout le monde ne jouait que la musique de ses contemporains. Rostropovitch (1927-2007) passait son temps avec les compositeurs. Il a créé toutes les grandes œuvres du 20e siècle. Aujourd’hui, c’est du répertoire, mais à l’époque, c’était l’avant-garde.»

Pédagogue, elle poursuit : «La musique contemporaine, c’est un peu la boîte à outils.» L’essentiel est de développer l’écoute. Pour Riff Augmented, par exemple, «je l’ai découvert par des séances d’impro avec le compositeur. Il faut retenir son nom, Bastien David. Je suis un peu son ambassadrice. De tous ceux qui m’ont écrit des pièces, c’est l’un des plus doués.Il casse les codes. Il a un imaginaire très singulier». L’an dernier, Bastien David était lauréat du Prix Ernst-von-Siemens, dans la catégorie composition. «Il est libre dans sa tête. C’est un vrai artiste. Cette liberté-là, c’est de rester centré sur son imaginaire sans être influencé par des contraintes financières. C’est compliqué d’être un artiste, encore plus en ce moment.»

Enfant, Marie Ythier se met au violoncelle, parce qu’il n’y a pas de place pour apprendre le piano, «dans un petit conservatoire en région parisienne. Le rôle du professeur, c’est de transmettre avant tout l’amour de la musique. J’avais un prof archi doué pour ça». Il n’y a pas de hasard. Avec Anne Chauveau-Dhayan, elles se sont rendu compte «qu’avant les études supérieures, on était en même temps chez le même prof». Anne Chauveau-Dhayan explique qu’il s’agit de Philippe Müller, «qui a transmis des valeurs, parce que ça englobe plus de choses que l’amour de la musique». Marie Ythier ajoute : «Mon rapport au texte, ça vient de lui.» Ce professeur ayant participé à «beaucoup de créations. Il était un élève de Stefan Popov (NdlR, violoncelliste bulgare à la renommée internationale)».

Elle a poursuivi le cursus au Conservatoire national supérieur de Paris. «J’ai fait piano complémentaire. Cela me sert pour l’harmonie. Mais j’adore mon violoncelle. C’est mon doudou, c’est mon amour absolu. Si on m’enlève mon violoncelle, on m’enlève une partie de moi.»

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