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Cris de Tamarinois

24 avril 2016, 09:29

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Le gardien de chantier rentre chez lui dans la pénombre. Il est surpris par les flashes d’un téléphone portable qui le prend en photo. L’information, dont sa photo, est automatiquement relayée sur l’application WhatsApp par des dizaines de petits «miliciens en herbe paranoïaques», qui ne réalisent pas qu’ils font un remake encore soft des méthodes du KKK : «Attention aux Noirs avec un sac à dos.» Tel semble être le leitmotiv. Ce serait le signe de reconnaissance des présumés voleurs.

Le problème, c’est que depuis quelques semaines, les gardiens, les jardiniers, les fêtards, les jeunes noctambules, les travailleurs de nuit, les Noirs avec un sac à dos, sont devenus, pour ce groupe fébrile et fascisant sans le savoir, des suspects.

On fait circuler les messages et photos WhatsApp quasiment en temps réel, ce qui est une grave atteinte à la vie privée. On alerte les voisins, on appelle la police à tout va. La même police à laquelle on reproche de ne pas se déplacer, de ne pas être disponible, on la dérange sans cesse, à chaque fois, pour de fausses alertes, car tout est devenu alerte… PATHÉTIQUE. Mais pas seulement : dangereux pour l’ordre social dans notre doux village.

Un groupe de 15 voitures et de 30 personnes s’est même formé en pleine nuit dans un morcellement bourgeois : un gardien voit arriver d’autres gardiens et panique, les appels au téléphone, WhatsApp, à la police, aux amis, fusent. La CID est appelée à la rescousse et dans cette panique générale, on s’aperçoit qu’il s’agit simplement d’une fausse alerte, une fois de plus.

Certes, il y a eu des vols en série dans la région, et ce n’est pas la première fois. Cela arrive par vagues. Il y a déjà eu deux ou trois vagues comme cela, il y a dix ou 12 ans.

Et comme par hasard, cela va toujours de pair avec l’arrivée de drogues dures dans notre région. Le brown, il y a 12 ans, avec son lot de malheurs dans le village. Les produits synthétiques violents mis dans les cigarettes actuellement.

Ces gens-là, ces «petits miliciens de quartier», en pensant se protéger, en pensant bien faire, sont en train de mettre à mal notre région et sont en partie responsables de l’insécurité. Nombre d’entre eux, expatriés, mais aussi pas mal de Mauriciens de la ville, sont heureux d’avoir bonnes et jardiniers, à des prix défiant toute concurrence, qui s’occupent de leur jolie maison.

Mais depuis quelques années, Tamarin est devenu aussi le nouveau centre des riches, étrangers et Mauriciens, qui roulent avec des voitures de luxe à Rs 5 millions, leur Rolex au poignet. Ces résidents sont donc très attrayants pour les bandes de voleurs qui ne sont pas issues de la région, principalement habitée par des familles de pêcheurs, des petits travailleurs ou une classe moyenne présente depuis des décennies.

Les «Tamarinois», les vrais, se connaissent et se reconnaissent. Certes, de plus en plus mal car ces dernières années font l’objet d’une forme d’invasion qui heurte en silence l’harmonie des lieux. Plages prises d’assaut,parkings saturés, trafic routier incessant. Les habitants historiques de Tamarin ne sont plus chez eux. Pire, ils se font désormais traiter de voleurs par une bande d’énergumènes excités du clavier.

Ces «petits miliciens de quartier» importent la suspicion et la haine, le racisme et la défiance et ne réalisent pas que c’est ainsi que la peur imbécile du réactionnaire se transforme peu à peu en fascisme latent. Où va-t-on ? Allons-nous voir bientôt des uniformes civils circuler et puis un jour, des hommes masqués, de blanc vêtus, brandir des torches et pendre un pauvre gardien à la peau sombre à la branche d’un manguier parce qu’il avait un sac à dos et l’air effrayé ?

 

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