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Commémoration de la déportation des juifs à Maurice
Honorer leurs proches enterrés dans l’île et chercher un sentiment d’apaisement
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Commémoration de la déportation des juifs à Maurice
Honorer leurs proches enterrés dans l’île et chercher un sentiment d’apaisement
La synergie entre les associations juives de Maurice, d’Afrique du Sud, d’Israël et d’Allemagne a permis à 14 survivants parmi les 1 581 réfugiés juifs, déportés à Maurice durant la Seconde Guerre mondiale, et à leurs familles, de venir passer quelques jours dans l’île. Cette forte présence a conféré, mercredi dernier, un lustre particulier à l’émouvante cérémonie de commémoration, organisée pour les 126 réfugiés juifs morts en détention et inhumés au cimetière juif de St-Martin. L’express a pu s’entretenir avec des survivants, nés sur le sol mauricien et venus honorer leurs chers disparus.
Pour ceux qui ne le savent pas encore, en août 1940, soit il y a 83 ans, l’administration de la Palestine sous mandat britannique déportait vers Maurice 1 581 hommes, femmes et enfants réfugiés juifs, qui avaient tenté de fuir les persécutions nazies en Europe. Les hommes étaient placés dans une aile de la prison de Beau-Bassin et les femmes et les enfants étaient parqués dans des baraquements en tôle ondulée derrière cet établissement pénitentiaire. Leurs conditions de vie étaient terribles. Cette ségrégation sexuelle s’est assouplie au cours des quelque cinq années passées en détention et 60 bébés sont nés sur le sol mauricien, qui a également été la dernière demeure de 126 détenus, emportés principalement par les épidémies de typhoïde, de dysenterie et de malaria, qui sévissaient à l’époque.
Si au fil des années, plusieurs proches des disparus sont venus honorer leurs morts enterrés au cimetière juif de St-Martin et où se trouve aussi le Beau-Bassin Jewish Detainees Memorial & Information Centre, depuis quatre ans, Roni Mikel-Arieli, actuellement directrice académique au Hebrew University of Jérusalem et Tali Nates, fondatrice et directrice du Johannesburg Holocaust and Genocide Centre, caressaient l’idée d’organiser dans l’île et en août 2020, un programme de commémoration étoffé pour les survivants et familles des 1 581 réfugiés juifs. Mais c’était sans compter le Covid-19.
Si cette commémoration a pu se faire par Zoom au plus fort des années de la pandémie, cette année et grâce à l’action concertée des deux organisations susmentionnées et du Beau-Bassin Jewish Detainees Memorial & Information Centre et du Island Hebrew Congregation, présidés par Owen Griffiths, ainsi que de la Rosa Luxemburg Foundation, un programme officiel étoffé et étalé sur trois jours a pu être élaboré pour les survivants.
«Survivantes septuagénaires»
Ainsi, 14 d’entre eux et leurs familles ont répondu à l’appel et sont à Maurice depuis près d’une semaine et notamment quatre des 60 bébés nés dans l’île des mains expertes du Dr René Lavoipierre, médecin en charge du camp des détenus juifs. Nous avons pu nous entretenir avec deux de ces bébés aujourd’hui septuagénaires, soit Mayaan Rosen et Bina Guerrieri. Ces deux femmes, qui ignoraient jusqu’à l’existence l’une de l’autre, ont fait connaissance au cours de la semaine écoulée et ont eu l’impression, au fil de leurs échanges, de se connaître depuis toujours.
Bina Guerrieri et Mayaan Rosen.
Mayaan Rosen, née Zeguelbaum, en est à sa troisième visite chez nous pour se recueillir sur la tombe de son père Markus Zeguelbaum, originaire de Vienne en Autriche. Sa mère, Rosa, également de Vienne, était une excellente couturière. Avant d’être déporté à Maurice, Markus Zeguelbaum exerçait comme bijoutier-orfèvre. Le couple avait déjà une petite fille nommée Ditha et Mayaan est arrivée lors de leur séjour forcé à Maurice. Markus Zeguelbaum n’a pas résisté aux conditions de détention et est décédé à 38 ans. Il a été enterré en terre mauricienne. «En août 1945, ma mère a quitté Maurice avec ma sœur aînée et moi qui n’étais encore qu’un bébé pour aller s’installer en Israël. C’était très difficile pour elle d’être une femme seule avec deux enfants.» Rosa Zeguelbaum s’est par la suite remariée à Yosef Kramer et Mayaan Rosen a toujours cru que celui-ci était son père biologique. «Quand ma mère m’a annoncé que mon vrai père Markus était mort à Maurice, j’étais encore petite et cela m’a fait l’effet d’un choc.»
Sa mère évoquait régulièrement le temps passé dans l’île, si bien que Mayaan Rosen a tenu à venir se recueillir sur la tombe de son vrai père. La première fois c’était il y a 30 ans. «It was very emotional. I could not stop crying», raconte-t-elle. Les larmes étaient encore au rendez-vous lors de son deuxième séjour, de même que mercredi au cours de la cérémonie de commémoration des détenus disparus. Mayaan Rosen est accompagnée de son mari Oded. Ils vivent dans un kibboutz. Il était question que leurs trois filles et leur fils, ainsi que leurs familles respectives, les accompagnent mais comme ces derniers travaillent dans le secteur éducatif, ils n’ont pu se libérer. «Mais je reviendrai avec eux, c’est sûr.» Qu’est-ce qui la pousse à revenir ainsi à Maurice puisque sa vie est en Israël et que ses enfants y sont aussi ? «Je viens pour boucler la boucle de mon histoire.»
La mère de Bina Guerrieri s’appelait Rachel Beker et était originaire de Pologne et son père, Isaac Zelikovitz venait de la Tchécoslovaquie. Ils se sont mariés au cours de leur détention à Maurice et c’est durant les «love hours» autorisées comme les nomme Bina Guerrieri, qu’elle a été conçue. Elle est née en 1944. À un moment, les Britanniques ont proposé aux détenus masculins de rejoindre l’armée anglaise et de se battre contre les Nazis. Son père a accepté la proposition et s’en est allé sans se retourner. Bina Guerrieri sait seulement qu’il a regagné son pays natal et s’est remarié à une proche.
«Ma mère parlait souvent de sa détention à Maurice et comment elle était malade après avoir contracté la malaria et le typhus. Elle évoquait aussi les cyclones.» Rachel Beker a émigré en Israël lorsque Bina a eu 16 ans. La maman de Bina a refait sa vie avec Moshe Zeidner. Lorsque Bina Guerrieri a été en âge de travailler, elle a pris de l’emploi dans le secteur éducatif. La coïncidence a fait qu’elle y rencontre une femme, Batia Ganzer, qui, comme elle, était née en détention à Maurice et elles sont devenues amies. Malheureusement, cette dernière qui avait épousé Avram Eshel, est décédée après 27 ans de vie commune, laissant à ce dernier, deux filles, Iris Bendalhan et Sharon Gloster. Les circonstances de la vie ont fait qu’Avram Eshel s’est remarié à Bina Guerrieri. «Iris and Sharon have two mothers from Mauritius and my husband had two wives from Mauritius.» Et depuis son mariage, Bina Guerrieri a quitté Israël pour aller vivre en Californie aux États-Unis. C’est d’ailleurs en compagnie des filles de son défunt époux qu’elle est à Maurice depuis la semaine dernière.
Appelée à dire pourquoi elle a tenu à venir découvrir Maurice et assister à cette commémoration puisque ni sa mère ni son père ne sont enterrés dans l’île, Bina Guerrieri explique qu’il était important pour elle de respirer l’air qu’avaient respiré ses parents et de marcher sur la terre qu’ils avaient foulée pendant près de cinq ans. «Et puis, c’était important pour moi de rencontrer des personnes qui partagent le même vécu, de comprendre ce que nos parents ont traversé et d’entendre des histoires qui rendent ma vie plus complète.»
Pour ses belles-filles qui entendaient leur mère Batia Eshel évoquer, de temps à autre Maurice, c’était important de voir la terre natale de leur maman et se familiariser à un pan douloureux de l’histoire de leurs grands-parents. «We already feel connected» , disent-elles.
C’est la quête d’en apprendre davantage sur son père, Israël Feldman, originaire de Tchécoslovaquie, et sur ce qu’il a fait au cours de son temps d’incarcération à Maurice, qui a poussé l’architecte et paysagiste Benny Shadmy et son épouse, Elisabeth, qui est d’origine française, à venir assister à ce programme de commémoration. Si c’est la première fois que Benny Shadmy met ses pieds dans l’île, ce n’est pas le cas pour sa femme Elisabeth, ancienne hôtesse de l’air d’Air France, venue souvent à Maurice et installée en Israël depuis une quarantaine d’années. «J’étais divorcée et mère d’une fille de quatre ans et j’avais des amis en Israël. J’y ai rencontré Benny, lui aussi divorcé et père de trois enfants et nous nous sommes mariés et nous avons un enfant en commun» , raconte cette belle femme.
Connaître ses ascendants
Elisabeth et Benny Shadmy.
Quand on est Juif, relatent Elisabeth et Benny Shadmy, on tient à tout savoir de ses ascendants. Or, Israël Feldman n’a jamais évoqué son incarcération mauricienne avec ses enfants ni avec son épouse Hedva d’ailleurs. Sa belle-fille Elisabeth a tenté de lui tirer les vers du nez à ce sujet, il y a une trentaine d’années. «Il s’est figé et son visage était de marbre. Il n’a pas dit un mot. Je n’ai pas insisté. À mon avis, cela signifie qu’il a beaucoup souffert durant son temps de détention.»
Un silence qui a intrigué davantage Benny et Elisabeth Shadmy. Par mél, ils ont tenté de se renseigner, notamment auprès de Roni Mikel-Arieli et ont pu savoir qu’à Maurice, Israël Feldman était responsable des enfants scouts à la prison. Elisabeth Shadmy a aussi été aiguillée vers Natacha Appanah, qui a écrit le livre «Le dernier frère» , histoire d’une amitié entre le fils d’un gardien de la prison et celui d’un détenu tchécoslovaque mais comme cette histoire est fictive, l’auteure mauricienne n’a pu l’aider.
La quête de Benny Shadmy s’est compliquée quand lui et son épouse ont pris contact avec Vanessa Calou, la responsable du Beau-Bassin Jewish Detainees Memorial & Information Centre et que cette dernière, qui en sait pourtant long sur tous les détenus juifs, n’a pu trouver le nom de son père parmi ceux déportés à Maurice. Benny et Elisabeth Shadmy ont donc décidé de venir sur place pour tenter d’en apprendre davantage et assister au programme de commémoration.
Spéculations
Un manque d’information peut laisser la porte ouverte à des spéculations. Au dos d'une des photos d’Israël Feldman, il y a le nom de Miriam Lang inscrit. Sur une autre photo des femmes détenues, il a pu identifier Miriam Lang et celle-ci tient un bébé dans ses bras. «Et nous avons pu voir dans les archives qu’il est question d’une relation à l’hôpital entre une femme et un homme détenus et il est aussi précisé que l’homme a été sévèrement puni. Mon père portait des cicatrices sur le dos, comme si qu’il avait reçu des coups de fouet. Je me demande si je n’ai pas un demi-frère ou une demi-sœur en vie quelque part» , déclare Benny Shadmy.
Sa curiosité ne sera pas satisfaite car il a appris que Miriam Lang est décédée et il devra entreprendre d’autres recherches pour savoir si Ruth Lang, la sœur de celle-ci, est encore en vie. Et il ne pourra pas interroger son père à son retour au pays car Israël Feldman, qui avait rejoint l’armée britannique pour aider à écraser l’armée nazie, est mort dans les années 90.
Tali Nates, qui a agi comme maîtresse de cérémonie, a pu, une fois de plus, prendre la pleine mesure de sa chance d’être née car son père Moses Turner et le frère de celui-ci, Henryk, ont eu la vie sauve car leurs noms figuraient sur la liste d’Oscar Schindler, industriel allemand, qui a pu sauver d’une mort certaine 1200 personnes juives...

Mayaan Rosen et sa famille.
Bina Guerrieri et sa mère Rachel Beker.
Israël Feldman.
La remontée des souvenirs et les larmes au rendez-vous
La cérémonie de commémoration de la détention des réfugiés juifs à Maurice et de leurs 126 compagnons d’infortune, enterrés au cimetière juif de St-Martin, a été ponctuée par des discours émouvants. Naftali Regev, 79 ans, consul honoraire de Maurice en Israël depuis 1996, est un des bébés nés à Maurice. Il a raconté que son père, qui venait de Tchécoslovaquie et sa mère de Danzig en Pologne, se sont rencontrés sur le bateau et se sont mariés en détention. Le commandant britannique Harry Hargreaves, un des commandants qui étaient responsables du camp des réfugiés juifs, a prêté sa veste au père de Naftali Regev lors de la célébration du mariage. Bien qu’il y ait eu des livres écrits et publiés sur cette incarcération des réfugiés juifs à Maurice, il considère que leur vécu est encore méconnu en Israël et dans d’autres parties du monde. Naftali Regev espère que le Jewish Detainees Memorial & Information Centre disséminera les informations les concernant à des audiences plus larges. Représenter Maurice en Israël est un honneur pour lui et une façon de tourner la page, a-t-il dit en remerciant les Mauriciens qui ont, à l’époque, accueilli les réfugiés juifs et ont fait preuve d’humanité à leur égard.
Tali Nates, la maîtresse de cérémonie.
Peter Goldschagg, ambassadeur adjoint de la République fédérale d’Allemagne, a évoqué la cruauté et l’inhumanité de ses compatriotes envers les Juifs de plusieurs parties d’Europe durant la Seconde Guerre Mondiale. «J’aurais voulu dire que mon grand-père était dans la résistance, qu’il a eu le courage de se soulever contre le régime allemand meurtrier mais je ne peux pas. J’ai un nom de famille qui sonne juif et mes grands-parents ont dû prouver qu’ils n’étaient pas juifs. Autrement, je n’aurais pas été là avec vous aujourd’hui.» Il a évoqué l’importance du souvenir de la Shoah. «We must and we will preserve the achievement of reconciliation and carry it forward to the future. Never again racist fanaticism, never again unbridled nationalism, never again the direct war of repression.»
Oliver Gruenbacher, ambassadeur adjoint de l’Autriche, pays qui a collaboré avec l’Allemagne nazie durant cette triste période de l’Histoire, a rappelé que presque la moitié des réfugiés juifs détenus à Maurice étaient des Autrichiens. En 1938, a-t-il précisé, il y avait plus de 210 000 citoyens juifs en Autriche et à la fin de la guerre en 1945, il ne restait plus qu’environ 5000 d'entre eux plus de 64 000 d’entre eux ayant trouvé la mort, principalement dans les camps de concentration. L’Autriche assume sa part de responsabilité de ce chapitre sombre de son histoire et c’est pour cette raison qu’en 2019, elle a modifié sa loi sur la citoyenneté pour permettre aux descendants des Autrichiens juifs persécutés et assassinés sous le régime national socialiste d’obtenir la citoyenneté autrichienne. Même si cette option n’est pas envisagée par de nombreux survivants, il a estimé qu’il était très important de la proposer.
Naftali Regev, consul honoraire de Maurice en Israël, né à Maurice de parents détenus.
Préserver et éduquer
Charlotte Pierre, haut-commissaire britannique à Maurice, a déclaré qu’au fur et à mesure que le temps passe, il y a de moins en moins de survivants de l’Holocauste à chérir et qu’il est important pour les gouvernements, la société civile et les individus de préserver l’histoire et d’éduquer les générations futures. Elle a rappelé que la Grande-Bretagne a pris l’engagement de ne jamais oublier l’horreur qu’a été l’Holocauste, notamment à travers l’Holocauste Memorial Foundation, qui organise plusieurs activités éducatives pour les jeunes, notamment en s’assurant que l’éducation sur l’Holocauste figure dans le programme d’études des enfants de 11 à 14 ans en Grande Bretagne, en emmenant 28 000 enfants et leurs enseignants chaque année visiter le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau en Pologne et en aidant le Anne Frank Trust à travailler annuellement avec plus de 50 000 élèves dans les écoles anglaises. Un Holocaust Memorial sera bientôt installé non loin du Parlement britannique. Selon elle, il n’y a pas d’antidote plus fort contre l’horreur que l’éducation et la préservation.
L’ambassadeur d’Israël pour Maurice, Eli Belotsercovsky, a déclaré qu’un des éléments qui fait qu’Israël soit une nation forte, c’est le fait qu’elle n’oublie jamais son histoire. L’importante délégation de représentants de survivants juifs lors de cette commémoration montre l’importance de ce devoir de mémoire. Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, les citoyens juifs d’Europe se sont rendu compte que tout ce qu’ils avaient construit s’était effondré et que le seul endroit où ils pourraient se réfugier et être en sécurité, c’était dans leur patrie historique Israël mais qu’ils ont été empêchés de le faire. L’ambassadeur Belotsercovsky a précisé que ces réfugiés juifs à Maurice n’avaient qu’un désir et c’était celui de survivre, quelque chose que nous prenons pour acquis. «Ils ont dû en payer le prix pendant des années, étant emprisonnés comme des criminels, leurs droits de base leur étant refusés alors qu’ils n’avaient rien fait de mal.»
À ses yeux, l’histoire des réfugiés juifs à Maurice, bien que tragique et en particulier pour les 126 détenus décédés sur l’île, a été dans l’ensemble un élément positif eu égard au paysage terrible de l’Holocauste. La plupart de ces réfugiés ont réussi à survivre et ceci grâce à l’assouplissement de l’administration dans l’île et à la communauté juive sud-africaine qui les a soutenus. Sans compter l’accueil chaleureux et l’amitié des Mauriciens, qui ont fait montre d’un sens de solidarité et de sympathie envers les réfugiés juifs, sentiments qui faisaient grandement défaut aux Européens à l’époque. À leur libération, plusieurs détenus ont regagné l’Europe pour lutter contre les Nazis mais la plupart sont partis en Israël pour refaire leur vie. Leur histoire était de rebâtir leur patrie avant même qu’elle ne soit établie et d’offrir un sanctuaire aux personnes juives.
Assistance technique
L’ambassadeur Belotsercovsky a rappelé qu’il est basé en Afrique du Sud où une des langues les plus parlées est le zulu. En zulu, le mot pour dire bonjour est Sao bona , qui signifie littéralement «je vous vois» . «Je veux dire Sao bona à nos frères et sœurs survivants juifs et à leurs descendants. Nous vous voyons, nous nous souvenons de vous et nous sommes avec vous. Vous ne serez pas oubliés.»
Le vice-président de la République de Maurice, Eddy Boissézon, n’a pas voulu répéter ce qui avait déjà été dit. Tout en faisant mention du passé, il s’est tourné vers le présent, rappelant les relations diplomatiques en dents de scie entre Maurice et Israël, établies pour la première fois en mars 1968, rompues en juillet 1976 et rétablies en septembre 1993. Il a souligné que l’État hébreu aide grandement Maurice, lui fournissant une assistance technique de choix dans plusieurs domaines, notamment en matière d’agriculture.
Deux moments particulièrement émouvants au cours de cette commémoration au point d’avoir les larmes aux yeux ont été l’interprétation du générique du film Schindler’s List, composé par John Williams, par la jeune violoniste mauricienne Elis Santana et l’allumage de six bougies commémoratives, notamment par Gideon Ickowitz, fils de réfugiés détenus, né à Maurice, par Harry Hargreaves Jr et son frère John, fils du défunt commandant du camp des juifs à Beau-Bassin, par Anat Avraham, qui représentait la deuxième génération des ex-détenus et par les Mauriciens Sonia et Mark Birger dont le père Isiah, était le seul homme juif à Maurice durant la Seconde Guerre mondiale. La dépouille de ce dernier est d’ailleurs inhumée au cimetière juif de St-Martin.
Le programme élaboré pour les survivants et leurs proches, qui logent dans plusieurs hôtels à l’Ouest dont au Sugar Beach, à l’hôtel Mariposa, et à Villa Caroline, incluait une visite à la prison de Beau-Bassin, une halte au théâtre du Plaza où un quartet de musiciens juifs appelé Papa Haas s’est produit à l’époque de leur détention lors de mariages et d’anniversaires. Est aussi prévue une sortie en catamaran pour montrer aux visiteurs où leurs ascendants ont débarqué à Maurice. Les survivants ont été reçus hier au château du Réduit par le président, Pritiviraj Roopun et les visiteurs se sont aussi rendus dans les locaux de l’Amicale Maurice-Israël et à la synagogue à Curepipe.
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