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Adieu Ras Natty Baby

Hommage à celui qui a été «touzour dan lekonba»

2 mai 2026, 06:00

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Hommage à celui qui a été «touzour dan lekonba»

Photos : © Aurélio Prudence

Il était à peine 9 heures lorsque les premiers fidèles ont franchi le portail du domicile familial à Richelieu. Dans la cour, le silence était lourd, chargé d’émotions contenues. Quelques heures plus tôt, la nuit avait été rythmée par un Nyabinghi vibrant, entre tambours, prières et chants. Une veillée à l’image de Ras Natty Baby : spirituelle, engagée et profondément humaine.

Sous une tente dressée pour l’occasion, le cercueil reposait entouré de fleurs. Les visages étaient fermés, les regards humides. Salem, Marga et Haïma Emilien, les enfants du chanteur, peinaient à contenir leur chagrin. Autour d’eux, proches, amis, artistes et anonymes défilaient pour un dernier adieu. Certains murmuraient une prière, d’autres posaient simplement la main sur le cercueil, comme pour s’accrocher une dernière fois à celui qui a tant donné. Vers 10 heures, la dépouille a quitté Richelieu. Direction : le terrain de football de Petite-Rivière. Le cortège a avancé lentement, accompagné par une foule déjà dense. Sur place, une scène avait été aménagée. Très vite, l’atmosphère a changé : la tristesse a fait place à une communion musicale intense.

Les premières notes de Leve do mo pep ont résonné. Comme un réflexe, la foule a repris en chœur. Des centaines de voix se sont élevées, puissantes, vibrantes. Certains levaient les bras au ciel, d’autres fermaient les yeux. L’émotion était palpable, presque physique. Sur scène, les artistes se sont succédé, rendant hommage à celui qui, aux côtés de Kaya, a façonné l’identité du seggae.

«Li pa’nn zis enn mizisien, li ti enn mesaze», murmura un homme, les larmes aux yeux. En effet, pour beaucoup, Ras Natty Baby était plus qu’un chanteur : une voix, une conscience, un guide. Dans la foule, les témoignages se croisaient. Une femme a évoqué ses souvenirs d’enfance, bercés par ses chansons. Un jeune a raconté comment ses textes l’avaient aidé à comprendre le monde. Tous ont parlé d’un homme engagé, profondément attaché à la justice, à l’unité et à la culture mauricienne.

Peu avant midi, le cortège a repris la route, direction l’église Saint-Cœur-de-Marie de Petite-Rivière. À l’intérieur, les bancs se sont rapidement remplis. L’atmosphère est redevenue solennelle. Le temps du recueillement succédait à celui de la célébration. Dans son message, Mgr Jean Michaël Durhône, évêque de Port-Louis, a rendu un hommage empreint de spiritualité : «Bondie inn donn Ras Natty Baby enn talan spesial. Par so lamizik ek so sante, linn tous leker boukou dimounn.» Il a évoqué un homme qui «inn viv, inn travay, inn sante, inn kontan», rappelant que son héritage dépasse la musique pour toucher à l’âme même du pays.

Express.mu (620 x 330) (5).jpg ■ Perrine Jahfa, 41 ans, a fait le déplacement spécialement de Rodrigues pour un hommage à Ras Natty Baby.

Dans l’église, les sanglots se sont mêlés aux chants. À plusieurs reprises, l’émotion a submergé l’assemblée. Les proches s’accrochaient les uns aux autres. Les artistes présents, eux aussi, peinaient à cacher leur peine. Mais tous restaient debout, unis dans ce moment d’adieu. À l’extérieur, la foule continuait de grossir. Certains n’ont pu entrer mais tenaient à être là, malgré tout. Ils ont écouté la cérémonie à distance, dans un silence respectueux.

L’inhumation s’est déroulée dans l’intimité familiale en fin d’après-midi. Le cercueil a été porté une dernière fois, sous les regards bouleversés. Quelques voix ont entonné doucement une dernière chanson. Comme un murmure. Comme une promesse.

Décédé en Inde le 26 avril, à l’âge de 72 ans, des suites de complications après une intervention cardiaque, Ras Natty Baby laisse derrière lui plus de 40 ans de carrière. Des titres comme Nuvel Vision, Mo la misik ou encore Seggae Survival continueront de résonner longtemps dans les cœurs. Mais au-delà des chansons, c’est un héritage humain et culturel immense qu’il transmet. Celui d’un homme qui a su parler au peuple, pour le peuple.

En quittant Petite-Rivière, une phrase est revenue, presque comme un écho : «Mersi Ras Natty Baby.» Et dans ce dernier adieu en musique, c’est tout un pays, qui a promis de ne jamais oublier.

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