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«Domestic Abuse Bill»

SOS PAPA : «Une loi qui prétend défendre l’égalité, mais tourne le dos aux hommes»

10 juillet 2026, 16:30

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SOS PAPA : «Une loi qui prétend défendre l’égalité, mais tourne le dos aux hommes»

■ Darmen Appadoo, de SOS Papa : «À aucun moment nous n’avons vu une véritable campagne nationale démontrant que les hommes peuvent eux aussi être victimes de violences domestiques.»

Darmen Appadoo, lui-même une victime, est le responsable de SOS Papa qui accompagne depuis plus de 15 ans des pères confrontés à des conflits familiaux. Il estime que le projet de loi souffre d’une faiblesse fondamentale : son incapacité à reconnaître pleinement les hommes comme des victimes potentielles de violence conjugale. Il tient néanmoins à saluer l’engagement de la ministre sur le terrain. «J’apprécie le fait qu’elle se déplace pour rencontrer les victimes et sensibiliser la population. C’est une démarche importante.» Mais les bonnes intentions ne suffisent pas. «Nous sommes face à une loi qui prône l’égalité des genres, mais dans son approche, elle demeure essentiellement tournée vers la protection des femmes. Cela crée un préjudice pour les hommes qui sont eux aussi victimes de violence domestique», soutient-il.

Les statistiques du ministère démontrent pourtant que le phénomène touche les deux sexes. En 2025, 7 562 cas de violences domestiques ont été signalés, dont 6 478 victimes féminines et 1 084 victimes masculines. Entre janvier et mai 2026, 3 049 cas ont déjà été enregistrés, comprenant 2 674 femmes et 375 hommes. Pour Darmen Appadoo, ces chiffres devraient conduire les autorités à adopter un discours plus équilibré. «À aucun moment nous n’avons vu une véritable campagne nationale démontrant que les hommes peuvent eux aussi être victimes de violences domestiques. Toutes les prises de position publiques donnent l’impression que le problème ne concerne que les femmes», déplore-t-il.

Selon lui, cette perception est renforcée par l’influence de certains groupes de pression au sein du ministère. «Il existe une vision très féministe de la question au sein des structures consultatives. Les associations de défense des femmes bénéficient d’une visibilité et de ressources importantes, alors que les organisations qui accompagnent les hommes travaillent souvent avec des moyens extrêmement limités.»

Le responsable de SOS Papa affirme avoir traité, au fil des années, de nombreux dossiers impliquant des hommes victimes de harcèlement psychologique, de chantage émotionnel, d’abus verbaux ou encore de pressions financières.

Droits des pères bafoués

«La violence domestique ne se limite pas aux coups. Il existe aussi les humiliations, les insultes répétées, les manipulations psychologiques et l’isolement émotionnel. Ces réalités sont vécues quotidiennement par certains hommes, mais elles demeurent largement invisibles dans le débat public.» Il cite également ce qu’il considère comme un symbole du déséquilibre actuel. «La ministre a participé à plusieurs événements en hommage à des victimes féminines. C’est parfaitement légitime. Mais lorsqu’un homme est tué dans un contexte de violence conjugale, la mobilisation institutionnelle est beaucoup plus discrète . Cette différence de traitement alimente un sentiment d’injustice chez de nombreux pères.»

Au-delà du projet de loi , Darmen Appadoo s’inquiète de l’application concrète des textes existants. Il évoque plusieurs situations où des décisions judiciaires accordant un droit d’accès à un enfant n’auraient pas été respectées. «Lorsque des pères se voient empêcher de rencontrer leurs enfants malgré une ordonnance de la Cour, ils se retrouvent souvent sans véritable recours immédiat. Dans plusieurs cas, les policiers n’étaient pas suffisamment informés des dispositions légales applicables alors que selon la Children’s Rights Act, c’est une infraction passible d’arrestation, considérée comme un enlèvement ; donc, la mère n’est pas arrêtée.»

Le résultat serait souvent le même : le père doit retourner devant la justice, engager de nouvelles procédures et supporter des frais supplémentaires. «La loi existe, mais son application demeure problématique. Beaucoup d’hommes ont le sentiment que leurs plaintes ne sont pas prises au sérieux.» Il souligne également un manque d’information sur les mécanismes de protection disponibles pour les victimes masculines. «Très peu d’hommes savent qu’ils peuvent demander un Protection Order. Beaucoup hésitent même à franchir la porte d’un poste de police, de peur d’être stigmatisés ou ridiculisés.» Il critique enfin les limites de l’aide juridique, estimant que les critères financiers excluent une partie de la population masculine qui aurait pourtant besoin d’assistance.

Pour Darmen Appadoo, la lutte contre les violences domestiques ne pourra être pleinement efficace que si elle repose sur une approche véritablement universelle. «Les femmes doivent être protégées, les enfants doivent être protégés, mais les hommes aussi. La violence n’a ni sexe ni couleur politique. Une société qui prétend défendre l’égalité ne peut ignorer une partie de ses victimes. Si cette loi veut réellement marquer un tournant, elle devra reconnaître que la souffrance et la détresse existent également du côté des hommes.»

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