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Décryptage
Gabriella Batour : «Antan ki enn madam a latet, sete souvan: be kifer to pe dir sa twa?»
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Décryptage
Gabriella Batour : «Antan ki enn madam a latet, sete souvan: be kifer to pe dir sa twa?»
Gabriella Batour, l’ancienne maire de Beau-bassin–Rose-Hill.
Après un an à la tête de la mairie de Beau-Bassin–Rose-Hill (BBRH), Gabriella Batour a quitté son poste vendredi dernier, poussée par une révocation du MMM après avoir affiché son soutien au nouveau parti de Paul Bérenger. Bilan, parcours, réalités et difficultés : elle revient sur son expérience.
? Un an après votre élection comme maire de BBRH, vous quittez de manière brusque la mairie. Comment avez-vous vécu ce moment ?
Ce fut une immense joie pour moi, en tant que jeune engagée, de devenir maire. C’était avant tout représenter les habitants du Ward 2. C’était aussi une occasion de montrer comment une jeune femme peut apporter sa contribution.
? Quel serait votre bilan après un an ?
J’ai découvert beaucoup de choses en tant que maire. J’ai eu l’occasion de servir et de répondre à l’appel de plus de 100 000 personnes. Il y avait des besoins autour de l’environnement et d’ailleurs le recyclage de carton est désormais une réalité dans la ville. Il y a eu des campagnes avec des ONG adressées aux femmes sur la violence et preparedness for cyclone and floods par exemple. Il y a bon nombre de projets en négociation pour les femmes.
Il y a eu aussi une négociation avec Changzhou pour des panneaux photovoltaïques (PV). Il y a une collaboration avec notre ville jumelée où j’ai vu des boîtes PV faciles à installer et utiliser pour des familles vulnérables suite au changement climatique. Des panneaux solaires seront aussi installés dans la cour de la mairie prochainement.
Un des projets que je souhaite mentionner aussi car c’est un travail qui a démarré depuis l’année dernière c’est le début de la troisième et dernière phase de la rénovation du théâtre de Plaza. Cela amène de l’espoir pour les artistes, jeunes et tous les Mauriciens qui pourront découvrir un endroit historique. Les jeunes y auront accès bientôt. Au bout de 36 mois, le théâtre sera prêt.
? Qu’en est-il des projets que vous aviez programmés mais que vous n’avez pas pu concrétiser par manque de temps ou de finances ?
Pour les sportifs par exemple, l’idée était de faire un grand recrutement dans la ville pour les différentes disciplines – chose qu’on n’a pas faite depuis longtemps – et de faire un grand tournoi dans les différentes régions car BBRH génère beaucoup d’artistes et de sportifs, c’est connu. L’idée était d’aider ces jeunes à avoir une formation professionnelle et qu’ils rejoignent une discipline. On l’a fait pour le foot et on souhaitait le faire pour les autres disciplines. Qui n’a pas connu l’Union de BBRH ? On voulait remettre ce projet sur pied et aussi le quorum là où il y avait le Club House. C’était dans cette idée, avec l’équipe du bien-être, qu’on voulait faire un grand recrutement. Le budget, notamment l’aspect financier, a empêché l’aboutissement de ce projet. J’ai dû innover avec un budget déficitaire.
? Le problème de financement est comme un handicap d’entrée quand on entend beaucoup de maires en parler. N’est-il pas temps de résoudre ce problème une bonne fois ?
Oui. J’en ai parlé. La taxe municipale est une option qui aurait pu nous aider à avoir un meilleur service. Pour beaucoup ce n’était pas un handicap; c’était le moyen de permettre l’aboutissement de beaucoup de choses. En lisant sur les maires d’avant qui ont pu réaliser certaines choses, j’ai compris qu’ils avaient plus de moyens. Sans l’argent, on ne peut rien faire malheureusement. J’avais dit au tout début, l’ambition est là avec très peu de moyens. La taxe municipale aujourd’hui c’est comment devenir plus autonome. Le financement permet aussi d’avoir une boîte de communication pour communiquer sur ce que fait la mairie, car souvent, le manque de communication efficace fait que les citadins ne sont pas au courant des activités de la mairie. Il faut une remise en question quelque part.
? La communication est certes clé car aujourd’hui un jeune seul sur TikTok peut avoir plus de visibilité que les mairies. Ne pensez-vous pas que le fonctionnement des mairies ne suit pas l’évolution actuelle et qu’il est temps de le revoir ?
C’est ça. La Gen Z, et bientôt Beta, va dans l’ère numérique. TikTok est une plate-forme qu’on peut utiliser comme d’autres encore. Un influenceur aide par exemple pour passer des messages. Il est temps de changer car en 2026 le temps a changé. On a eu une page TikTok à la mairie de BBRH et on l’avait utilisée pour l’événement de Noël. J’avais dit qu’il nous fallait avoir une autre forme de communication. Nous avons une page Facebook mais cela demande un monitoring et être actifs aux heures de pointe.
? Les critiques qui disent que BBRH est une ville abandonnée, rien n’est pour les jeunes, «pa trouv lemer lamem lor koltar» demeurent fréquentes. Néanmoins, quelle est la journée type d’un maire ?
Le maire est partout et se donne au maximum. Il y a beaucoup de travail de bureau et de comité. Je recevais le public les vendredis. Sur le terrain, c’est bien souvent après les heures de fonction que je circulais dans ma voiture personnelle pour identifier les problèmes de la ville. La journée était très prise car j’avais des fonctions auxquelles je devais assister. Être maire, c’est aussi répondre à l’appel. L’asphaltage est important dans beaucoup de régions, je concède, mais il y a des travaux qui ne concernent pas la mairie. On fait ce qu’on peut avec le budget qu’on a aussi.
? Ce budget déficitaire que vous mentionnez souvent s’élevait à combien ?
J’ai eu un déficit de plus de Rs 100 millions et j’ai géré une ville avec tous ses projets. À savoir que le budget, c’est aussi penser à calculer le salaire des employés. J’ai eu un budget de plus de Rs 500 millions pour gérer la ville de BBRH qui comprend plus de 100 000 habitants avec un rajout récent avec la région Au Bout du monde. Nous avons demandé des fonds additionnels pour gérer la partie rajoutée. Nous avons aussi un personnel de 700 personnes. À savoir qu’il y a eu aussi des transferts.
? Vous parlez de jeunes femmes engagées en politique. Sentez-vous que la scène politique mauricienne est prête à cela, ce passage de bâton ?
Il y a certes ce sentiment qu’il faut laisser la place aux jeunes mais en réalité, c’est compliqué. Je rajoute encore une complexité car c’est plus compliqué pour une jeune femme dans une arène politique où il y a plus d’hommes. Laisser percer les jeunes c’est accepter que les jeunes voient les choses différemment. Il faut accepter que le jeune apporte une nouvelle ère et le laisser prendre l’espace et surtout accepter le changement drastique. Beaucoup de jeunes ne se retrouvent pas quand on leur demande de suivre une méthode déjà en place. Certes, il faut l’encadrement des aînés pour leur sagesse.
? Être jeune et être une femme à la tête de la mairie vous a causé des problèmes ?
La prise de décision était souvent contestée. Antan ki enn madam a latet sete souvan : be kifer to pe dir sa twa. Étant une personne de caractère, monn tini ferm. Monn bizin met mo lapo lor mwa kouma dir an kreol. Monn afirm mwa kouma enn dam ek enn zenn. J’ai été tenace et fidèle face à mes convictions. The sky is the limit.
? What’s next ?
Je vais continuer à m’engager pour la ville. C’est un chapitre seulement qui se ferme.
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