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Peter Zalmayev, journaliste Ukrainien en mission
Faire entendre l’histoire de son pays aux quatre coins du monde
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Peter Zalmayev, journaliste Ukrainien en mission
Faire entendre l’histoire de son pays aux quatre coins du monde
■ Pour Peter Zalmayev, ces reportages visent à créer des liens, sensibiliser et convaincre son public.
Peter Zalmayev a le regard de ceux qui ont beaucoup marché et beaucoup écouté. Directeur de l’Eurasia Democracy Initiative, analyste politique et voix familière des plateaux de CNN International, BBC, France 24 ou Al Jazeera, il sillonne depuis plus d’un an les continents pour raconter l’Ukraine autrement, loin des champs de bataille et des conférences diplomatiques. «Après trois ans enfermés dans un studio à Kiev, je me suis senti comme inutile, épuisé», confie-t-il. «J’avais besoin de me reconnecter au monde réel et d’être utile ailleurs.» Son projet : quitter le confort des rédactions pour partir dans le Sud global, rencontrer celles et ceux qui n’entendent presque jamais parler de l’Ukraine et porter un message mêlant explication, témoignage et écoute.
À 48 ans, Zalmayev est déjà un grand voyageur : 145 pays visités au total. Mais, ce périple a une résonance particulière : 40 nations en deux ans pour tisser des liens entre Kiev et des régions parfois ignorées des chancelleries européennes. Maurice est son 30ᵉ arrêt dans cette mission qu’il décrit comme «un tour de parole et d’écoute». Son sac à dos est léger : quelques vêtements, du matériel audio et une curiosité insatiable. Chaque semaine, il consacre un quart d’heure de son émission télévisée The Week à relayer ce qu’il voit et entend, offrant aux téléspectateurs ukrainiens un aperçu de la perception de leur pays dans des coins lointains.
Avant ce tour du monde, Zalmayev a passé plus de 25 ans à étudier et commenter la politique et les sociétés de l’ex-Union soviétique. Il a travaillé avec le Conseil de l’Europe, l’Organisation for Security and Co-Operation in Europe (OSCE), l’Organisation des Nations Unies (ONU), et collaboré avec des ONG prestigieuses comme Freedom House, Human Rights Watch ou l’Open Society Institute. «J’ai toujours cru que l’information pouvait changer le monde», explique-t-il. Il a donné des témoignages devant le Parlement européen, organisé des briefings au Congrès américain et a été appelé comme expert dans des affaires d’asile pour des réfugiés de Russie, du Bélarus ou d’Asie centrale. Ces expériences, dit-il, lui ont appris que chaque mot compte, que chaque discours peut influencer une politique ou changer des perceptions.

Zalmayev sait qu’après trois ans et demi de combats, beaucoup à l’étranger s’interrogent: «La guerre continue-t-elle ?» Il sourit, un peu amer : «Elle n’a jamais été aussi intense. Si l’actualité la relègue derrière d’autres crises, cela ne signifie pas qu’elle ait disparu.» Pour capter l’attention de publics éloignés, il adapte ses images et ses exemples. «En Afrique, j’explique souvent que prétendre que Russes et Ukrainiens sont un seul peuple reviendrait, par analogie, à dire que les Zoulous pourraient annexer le Lesotho au nom d’une origine commune. Personne n’accepterait cela.» Il démonte aussi l’argument du Kremlin selon lequel il faudrait protéger les russophones d’Ukraine : «Je suis moi-même russophone, je n’ai jamais eu besoin d’une armée étrangère pour défendre ma langue.»
Chaque déplacement est pour lui un moyen d’écouter les populations locales et de comprendre leur point de vue. Lorsqu’il était à Kigali au Rwanda, il a rencontré un podcasteur qui répétait une rumeur infondée sur des étudiants africains forcés de combattre pour l’Ukraine. «C’était un mensonge bien ficelé, probablement produit par les usines de désinformation russes», raconte-t-il. Cette expérience lui rappelle l’importance de la vérification rigoureuse des sources, que ce soit pour un reportage ou un post sur les réseaux sociaux.
Pour Zalmayev, le contraste entre les médias occidentaux et ceux du Sud est frappant. «En Europe ou en Amérique du Nord, malgré quelques voix populistes, l’agression russe reste largement condamnée. Mais dans certains pays africains ou sud-américains, Moscou conserve une image positive, héritée des réseaux soviétiques ou renforcée par des alliances récentes comme les BRICS.» Face à cette asymétrie, Kiev déploie de nouveaux moyens : 17 ambassades en Afrique aujourd’hui contre 7 avant 2022 et des initiatives comme Grain from Ukraine, qui offre du blé à des pays vulnérables – Mozambique, Malawi, Zambie – grâce à un partenariat avec l’Union européenne. «J’espère que ce programme survivra à la guerre, qu’il ne sera pas seulement une opération de charme mais un socle pour des relations durables», dit-il.
■ Le rôle crucial des médias
Zalmayev insiste sur le rôle crucial des médias dans la diffusion de l’information. «Même ici à Maurice, les journalistes doivent être vigilants sur les sources. Une fausse information peut voyager plus vite qu’un démenti et la vérité peut se perdre en chemin.» Derrière le diplomate improvisé se cache un enfant fasciné par les cartes. Né en URSS, il a grandi dans un monde cloisonné. «J’étais captivé par ces points minuscules sur le globe : Maurice, Madagascar, le royaume du Swaziland… Ils représentaient une liberté inaccessible.»
Aujourd’hui, ses pas le portent jusqu’aux coins les plus reculés : montagnes de Papouasie-Nouvelle-Guinée, îles du Pacifique, plaines d’Afrique. Il raconte avoir survécu au Covid, au paludisme, à une souche virulente du virus, toujours avec le même enthousiasme : «Tant que j’ai la santé, je continuerai.» Si son travail le confronte parfois à l’indifférence ou aux idées fausses, il souligne surtout la chaleur humaine. «Les prévisions alarmistes sur une Afrique dangereuse ne se sont jamais confirmées. Partout, j’ai trouvé des visages ouverts, des communautés prêtes à discuter.» Cette hospitalité le conforte dans sa mission : montrer que derrière les cartes géopolitiques, il y a des histoires, des peurs et des élans de solidarité. «Les gens, même loin de l’Ukraine, comprennent que nous luttons pour le droit d’exister librement. Cela me donne l’énergie d’avancer.» Pour Zalmayev, ce voyage n’est pas seulement un reportage ou une série d’interviews. Il s’agit d’une véritable diplomatie publique, visant à créer des liens, sensibiliser et convaincre que le conflit en Ukraine a des conséquences globales. «La guerre n’est pas seulement européenne», insiste-t-il. «Elle touche aux règles qui garantissent la souveraineté de chaque pays, y compris le vôtre. Si ces règles s’effondrent, aucun État n’est à l’abri.» Il raconte que même dans des pays officiellement neutres ou alliés de Moscou, les populations manifestent une sympathie sincère pour l’Ukraine et pour sa lutte contre un ennemi bien plus puissant. «C’est cette humanité qui me donne l’énergie de continuer», dit-il.
Sa démarche combine un devoir patriotique et une passion personnelle pour le voyage. «Enfant, je rêvais de visiter toutes les nations du monde. Aujourd’hui, je poursuis ce rêve tout en servant mon pays. Maurice est le 30ᵉ pays de ce tour, mais mon objectif reste de toucher chaque coin du globe.» Chaque rencontre, chaque discussion enrichit sa compréhension du monde et renforce sa conviction que la solidarité globale est possible, même face aux défis de la désinformation, des intérêts géopolitiques et des conflits.
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