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Face au mur budgétaire

8 mai 2026, 05:10

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Les consultations prébudgétaires ressemblent souvent à une liturgie : les mêmes salles, les mêmes mémoires, les mêmes promesses de «partenariat public-privé». Mais cette année, derrière les formules diplomatiques et les poignées de main institutionnelles, quelque chose a changé : l’économie a brutalement repris ses droits sur la politique.

Le pays aborde le Budget 2026- 2027 avec une dette publique flirtant avec les 90 % du PIB, une dette extérieure approchant les Rs 100 milliards, une pénurie persistante de devises et une récente hausse des tarifs d’électricité qui menace d’alimenter une nouvelle spirale inflationniste. Pendant longtemps, Maurice a vécu dans l’illusion qu’une croissance tirée par la consommation, le tourisme et l’endettement pouvait suffire.

Le gouvernement et le secteur privé ont raison sur un point : sans investissement massif, l’économie mauricienne risque l’enlisement. Les priorités évoquées — port, aéroport, numérique, connectivité financière, intelligence artificielle, sécurité énergétique — sont cohérentes. Elles correspondent même à une nécessité historique : transformer Maurice en plateforme régionale dans un monde fragmenté par les tensions géopolitiques.

Le problème mauricien n’est plus seulement économique. Il est devenu structurel, presque philosophique : comment attirer des investisseurs dans un pays où obtenir un compteur d’eau ou d’électricité relève d’un parcours administratif kafkaïen ?

La remarque d’Afzar Delbar, doyen du port franc, est brutale mais révélatrice. Derrière l’irritation du secteur privé se cache une réalité plus profonde : l’État est devenu lent, procédurier et parfois contradictoire. On demande au privé d’investir alors que les entreprises dénoncent les lenteurs administratives, les difficultés logistiques, le manque de main-d’œuvre qualifiée et l’incertitude réglementaire.

Le paradoxe est cruel. Maurice parle d’intelligence artificielle alors qu’une partie de son appareil administratif fonctionne encore selon une logique du siècle dernier. Pourtant, les syndicats n’ont pas totalement tort non plus. Ils voient venir une nouvelle vague de pression sociale. La hausse du coût de l’électricité ne touchera pas seulement les entreprises ; elle frappera aussi des ménages déjà épuisés par l’inflation importée. La revendication d’une compensation intérimaire n’est donc pas seulement idéologique : elle est aussi sociale et politique.

C’est là que les consultations révèlent une fracture plus profonde au sein même du pouvoir. D’un côté, une ligne technocratique favorable à l’investissement, à la consolidation budgétaire et à la discipline fiscale. De l’autre, Rezistans ek Alternativ, qui réclame une réorientation plus sociale, écologique et redistributive, avec la semaine de 40 heures comme symbole d’un nouveau contrat social.

Le gouvernement Ramgoolam semble désormais coincé entre le FMI et la rue ; entre les marchés et les travailleurs ; entre la nécessité de rassurer les investisseurs et l’obligation de préserver la cohésion sociale.

Or, la vérité économique est impitoyable : Maurice ne pourra pas redistribuer durablement une richesse qu’elle ne produit plus suffisamment. Mais l’autre vérité est tout aussi dangereuse : aucune réforme économique ne survivra si elle donne le sentiment d’avoir été conçue uniquement pour les grandes entreprises et les détenteurs de capitaux.

Le prochain budget sera donc moins un exercice comptable qu’un test de crédibilité nationale. Les investisseurs attendent des réformes. Les travailleurs réclament une protection. Les classes moyennes espèrent un soulagement. Et le pays attend surtout une chose devenue rare : de l’exécution.Le véritable déficit n’est peut-être plus budgétaire. Il est devenu un déficit de confiance.

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À première vue, l’inflation semble maîtrisée. À 4,2 %, elle paraît modérée. Mais cette stabilité est trompeuse. L’inflation change de nature : moins importée, plus domestique, donc plus durable. Les hausses dans les services, les loyers, la construction ou l’éducation traduisent désormais une économie où les coûts internes alimentent eux-mêmes la spirale des prix.

Et le véritable choc reste à venir. L’augmentation des carburants, du pain et de l’électricité diffusera rapidement ses effets dans toute l’économie. Dans un pays dépendant des importations, l’inflation risque de devenir structurelle. Cette pression survient alors que l’espace budgétaire se réduit dangereusement. Le gouvernement Ramgoolam devra choisir : prolonger artificiellement le répit social par des subventions ou engager des réformes crédibles, ciblées et politiquement risquées.

Les marchés observeront moins les promesses que la capacité réelle de l’État à restaurer la confiance, la discipline et la visibilité économique.

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