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Banque de Maurice

Face à l’avenir, la gouverneure Thakoor définit les lois immuables de l’économie

11 septembre 2026, 20:30

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Face à l’avenir, la gouverneure Thakoor définit les lois immuables de l’économie

■ Priscilla Muthoora Thakoor a pris la parole à la Conférence internationale de recherche en sciences sociales mercredi à Flic-en-Flac.

La gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor, a livré un plaidoyer rigoureux pour une gouvernance macroéconomique équilibrée. Face à un monde en mutation rapide, elle invite les décideurs à allier la conviction des lois économiques fondamentales à l’humilité nécessaire pour affronter un avenir imprévisible.

L’essence de son message, adressé mercredi lors de la Social Sciences International Research Conference 2026, repose sur un constat. À savoir que si les instruments de la politique monétaire changent, la responsabilité, en revanche, reste identique. Trois principes économiques intemporels doivent, selon elle, guider l’action publique.

Le premier principe est que la contrainte budgétaire est toujours contraignante. À l’image d’un ménage qui comprend que s’endetter aujourd’hui crée des obligations pour demain, les gouvernements ne peuvent pas s’affranchir de la réalité financière. Les choix de consommation, d’emprunt et d’investissement doivent impérativement passer le test de la solvabilité et de la viabilité à long terme, d’autant que les coûts des décisions prises aujourd’hui pèseront directement sur les générations futures.

Le second pilier immuable réside dans la nature humaine : les individus et les institutions réagissent aux incitations. La gouverneure a rappelé l’impact majeur des perceptions sur la réalité économique, prenant pour exemple les anticipations d’inflation. Lorsque les ménages s’attendent à une hausse des prix, ils adaptent leurs comportements de manière préemptive en augmentant les salaires ou les tarifs, créant une situation qui force les banques centrales à agir très tôt.

Enfin, elle a insisté sur le fait que les institutions comptent. Citant les travaux de plusieurs lauréats du prix Nobel d’économie, elle a rappelé que la trajectoire de croissance d’un pays dépend moins de sa taille ou de sa géographie que de la qualité et de l’inclusivité de ses institutions. Cela justifie pleinement les efforts constants pour consolider l’indépendance des banques centrales et améliorer la clarté de leur communication.

Au-delà de ces principes fixes, la gouverneure a détaillé les forces structurelles majeures qui bousculent actuellement le modèle économique du pays. La première est d’ordre démographique. Maurice fait face à un vieillissement marqué de sa population ; après un pic à 1,24 million d’habitants en 2024, les projections indiquent une baisse de 30 % de la population totale d’ici 2070. Ce rétrécissement de la maind’œuvre exercera une pression inévitable sur les finances publiques et la croissance potentielle du pays. Le second défi est environnemental.

Le changement climatique intensifie la volatilité des prix alimentaires et énergétiques. Pourtant, la transition vers une économie bas-carbone représente une opportunité historique. Selon le rapport de la Banque mondiale mentionné par la gouverneure, l’investissement dans les énergies renouvelables et l’économie bleue pourrait générer jusqu’à 32 000 emplois d’ici 2030 à Maurice. L’enjeu pour la banque centrale est d’accompagner cette transformation verte tout en veillant à la stabilité financière et en luttant contre le greenwashing.

Le dernier défi concerne la fragmentation géopolitique. L’ère d’une mondialisation axée uniquement sur la recherche du coût le plus bas laisse place à une quête de sécurité et de résilience des chaînes d’approvisionnement. Pour une petite économie ouverte comme Maurice, cela impose de maintenir une ouverture internationale tout en s’adaptant à un commerce mondial plus fragmenté et incertain.

Face à ces inconnues et à l’avènement fulgurant de l’intelligence artificielle, la gouverneure conclut que la clé d’une politique réussie réside dans l’agilité réglementaire et la construction d’une résilience collective.

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