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Monde du travail

Exploitées et à bout: 17 travailleuses étrangères veulent rentrer chez elles

12 avril 2024, 18:00

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Exploitées et à bout: 17 travailleuses étrangères veulent rentrer chez elles

Une nouvelle exploitation des travailleurs étrangers jette une ombre sur l’image paradisiaque de l’île Maurice. De jeunes Bangladaises, incapables de survivre face à l’exploitation qu’elles affirment subir quotidiennement au sein de leur entreprise, sont au cœur de cette affaire. Cette situation révolte les syndicalistes de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), qui prennent position contre ces pratiques abusives.

Elles sont au total 17. Incapables de supporter plus longtemps les conditions de travail stressantes et abusives, elles ont pris contact avec la CTSP. Elles ont partagé avec l’équipe dirigée par Reeaz Chuttoo les détails de leur quotidien. Elles subissent déjà une déduction salariale mensuelle de Rs 2 000 à Rs 3 000 pour des raisons de partialité, une pratique qui ne figure pas sur leur fiche de paie. Par exemple, elles ont expliqué que critiquer les conditions de travail entraîne une réduction de salaire, tout comme le fait d’utiliser les toilettes hors des pauses.

De plus, huit travailleuses ont des passeports expirés. Trois d’entre elles ont chacune donné Rs 1 500 à leur employeur entre octobre et décembre dernier pour le renouvellement de leur passeport, mais cette démarche n’a toujours pas été entreprise. Par conséquent, ces femmes se trouvent dans une situation illégale à Maurice et redoutent les autorités. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là pour elles.

Elles font face à des difficultés même dans des aspects basiques tels que l’accès aux toilettes, devant se procurer de l’eau ailleurs dans des seaux pour leurs besoins élémentaires. Reeaz Chuttoo, qui s’est emparé du dossier, révèle : «Elles affirment également ne pas recevoir à temps leur allocation alimentaire de Rs 1 200. Celle-ci est censée être versée le 20 de chaque mois, mais elles ne la reçoivent que le 27 ou le 28, tandis que leur salaire mensuel est versé le 10. De plus, elles reçoivent leur salaire en espèces et préféreraient le recevoir via une banque pour éviter toute falsification.» Leurs horaires de travail sont également extrêmement exigeants.

En semaine, elles travaillent de 7 h 30 à 20 h 30, mais parfois jusqu’à 18 h 30 lorsqu’il n’y a pas assez de travail. Les samedis, elles sont au travail de 7 h 30 à 15 heures. De plus, les dimanches et jours fériés, elles sont contraintes de travailler de 7 h 30 à 13 heures et parfois jusqu’à 17 heures, surtout lorsqu’il y a des commandes à traiter. Elles affirment également ne pas être rémunérées du tout pour ces heures supplémentaires.

Pour enregistrer leur présence, elles doivent utiliser un dispositif de reconnaissance d’empreintes digitales. Huit d’entre elles ont fui à cause du harcèlement verbal incessant de leur employeur. Ce dernier aurait même agressé physiquement l’une des femmes sur le lieu de travail, tandis que deux autres soutiennent avoir également été victimes de tels actes de violence physique de la part de leur employeur. Il y a environ quatre mois, l’employeur a confisqué le téléphone portable de l’une d’entre elles pendant 20 jours, sous prétexte qu’elle l’utilisait pendant deux minutes de plus après le déjeuner. Désormais, ces femmes souhaitent retourner dans leur pays d’origine.

«Nous sommes le seul pays où un employeur peut expulser un travailleur étranger sans motif valable. Si un employé vient nous parler en soirée, il peut être expulsé car son employeur n’a qu’à envoyer un e-mail pour annuler son permis de travail auprès du Passport and Immigration Office, et le travailleur est expulsé», fait ressortir Reeaz Chuttoo.

Le président de la CTSP souligne l’importance du respect des droits des travailleurs, en citant la convention de l’Organisation internationale du travail sur le travail forcé : «En effet, une personne qui travaille dans la peur équivaut à une personne qui fait un travail forcé.» Il met également en lumière les conséquences tragiques de l’expulsion des travailleurs étrangers, qui peuvent être contraints de mettre fin à leur vie après avoir investi des sommes considérables pour venir à Maurice, parfois même en mettant leur famille en gage.

Il déplore le manque de diligence des gouvernements successifs pour établir de bonnes conditions de travail pour les travailleurs étrangers, indiquant que Maurice figure sur la liste rouge des pays où les travailleurs étrangers sont privés de justice et où ils font face à des violences sur leur lieu de travail. Cette situation suscite de la honte lors des conférences syndicales internationales, d’autant plus que Maurice se présente comme une terre d’accueil. Le syndicaliste appelle ainsi à une prise de conscience et à des mesures concrètes pour garantir les droits des travailleurs étrangers.

Dans le cas des 17 Bangladaises, Reeaz Chuttoo espère que le ministère prendra les mesures appropriées. «L’employeur les a même enfermées dans leur dortoir, prétendant avoir trouvé la porte grande ouverte et craignant pour leur sécurité. De plus, elles paient déjà les frais d’hébergement et de nourriture conformément à la loi régissant les zones franches.»

Il relate un précédent où un employeur a embauché cinq Indiens pendant 15 jours, mais les a expulsés du pays lorsqu’ils ont découvert qu’ils étaient souspayés. «Le bureau du travail l’a convoqué, mais cela n’a pas eu de conséquences, car il sait que personne ne le poursuivra dans cette affaire.» Reeaz Chuttoo demande donc qu’une loi soit mise en place pour permettre aux syndicalistes de défendre ces travailleurs, même s’ils ont été contraints de quitter le pays pour poursuivre leurs employeurs malhonnêtes, afin d’éviter une déshumanisation de ces travailleurs. La CTSP n’exclut pas la possibilité d’une grève de la faim pour faire entendre la voix des 17 Bangladaises.