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Bâtiments en amiante

Entre urgence sanitaire, casse-tête légal et attentes d’actions concrètes

14 mai 2026, 12:00

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Entre urgence sanitaire, casse-tête légal et attentes d’actions concrètes

■ Plus de soixante ans après leur construction, les maisons EDC et même des structures publiques comme l’hôpital Victoria contenant de l’amiante continuent de susciter de vives inquiétudes sanitaires et sociales à travers le pays.

Le dossier des maisons EDC contenant de l’amiante refait surface avec force sur la scène politique et sociale. Cette fois, le gouvernement semble vouloir accélérer les choses. Au Parlement mardi, le ministre du Logement et des terres, Shakeel Mohamed, a reconnu l’ampleur du problème, qualifiant la situation de «question d’importance nationale». Plus de soixante ans après la construction de ces habitations à la suite des cyclones Alix et Carol, des centaines de familles continuent de vivre sous des toitures contenant de l’amiante, un matériau reconnu pour ses effets nocifs sur la santé.

Le ministre a rappelé que l’amiante est directement associé à plusieurs maladies graves, notamment l’asbestose, le cancer du poumon et le mésothéliome. Il a également admis que malgré de nombreux rapports réalisés depuis plus de 25 ans, le problème n’a jamais été véritablement réglé. Selon les chiffres qu’il a évoqués au Parlement, plus d’un millier de familles seraient encore concernées.

Toutefois, les données officielles restent floues. Le nombre exact de maisons contenant de l’amiante varie selon les rapports et les années. Afin d’obtenir une image plus précise de la situation, Statistics Mauritius a été chargé d’établir un inventaire national actualisé. Pour tenter de faire avancer le dossier, un comité interministériel a été mis sur pied le 10 avril dernier. Il regroupe plusieurs ministères concernés – Logement, Environnement, Santé et Infrastructures nationales. Parmi les principaux obstacles identifiés figurent les problèmes d’héritage des maisons, les critères de relogement ainsi que les contraintes administratives et financières.

Sur le plan budgétaire, Shakeel Mohamed a rappelé que plusieurs enveloppes avaient déjà été prévues au fil des années : Rs 800 millions dans le Budget 2022-23, Rs 40 millions en 2023-24 et Rs 100 millions dans le programme Casting of Roof Slabs en 2024-25. Il a toutefois reconnu qu’aucun suivi consolidé des dépenses n’était véritablement disponible jusqu’ici. Le gouvernement étudie actuellement différentes pistes, dont un programme d’échange terrain-contrelogement social, des aides financières pour permettre aux familles de reconstruire leur maison ou encore des facilités de crédit à travers la Mauritius Housing Company. Le coût estimé de reconstruction d’une unité varierait entre Rs 2,5 millions et Rs 3 millions.

Dans la foulée de cette déclaration ministérielle, la députée Joanna Bérenger a salué ce qu’elle considère comme une évolution importante dans la position du gouvernement. Elle s’est dit satisfaite de voir le ministre reconnaître la dangerosité des maisons contenant de l’amiante. «Je suis contente de voir que mes questions ont servi à quelque chose», a-t-elle déclaré, tout en espérant que les décisions à venir seront prises rapidement et avec courage afin d’éliminer définitivement ces habitations.

Lutte syndicale depuis des années

Mais le combat autour des maisons en amiante ne date pas d’hier. Depuis plus d’une décennie, la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) tire la sonnette d’alarme sur les risques sanitaires liés à ces logements. Son président, Reeaz Chuttoo, rappelle que cette mobilisation syndicale remonte à plusieurs années. Selon lui, Paul Bérenger, quand il était ministre des Finances, avait joué un rôle déterminant lorsque la question avait commencé à être portée sur la place publique. «Il avait accepté de solliciter l’avis d’un expert afin de mener une enquête nationale sur l’amiante», souligne-t-il.

L’histoire de cette lutte syndicale est également marquée par le cas de Claude Marguerite, membre de la Construction, Metal, Wooden and Related Industries Employees Union, affiliée à la CTSP, et décédé d’un mésothéliome. Le syndicat avait alors obtenu l’autorisation de la Cour suprême pour procéder à l’exhumation du corps afin de démontrer l’exposition à l’amiante. Par la suite, avec le soutien de l’université de Manchester, des analyses effectuées sur des tissus pulmonaires avaient révélé la présence de 86 000 particules d’amiante.

Cette affaire avait conduit le gouvernement de l’époque à solliciter l’expertise de John Addison, spécialiste du Commonwealth en matière d’amiante, pour réaliser une enquête nationale. Reeaz Chuttoo affirme toutefois que malgré les différents rapports produits depuis 2001, aucun gouvernement n’a véritablement rendu public l’ensemble des conclusions ni engagé un vaste plan national de désamiantage. Selon lui, les autorités craindraient les conséquences financières et éventuelles poursuites civiles liées aux milliers de personnes potentiellement exposées à l’amiante dans les logements sociaux, usines sucrières, écoles ou encore certains hôpitaux.

Le syndicaliste estime néanmoins que la récente déclaration de Shakeel Mohamed représente «une bonne intention», même s’il attend désormais des actions concrètes. Il réclame notamment un calendrier précis pour la démolition des maisons, des détails sur les futures enquêtes techniques ainsi qu’une clarification sur les questions de propriété. «Aujourd’hui, ce sont parfois les petits-enfants des premiers propriétaires qui vivent dans ces maisons. Il y aura forcément des complications légales», explique-t-il.

La question du relogement demeure centrale. Comment déplacer temporairement les familles ? Comment financer la reconstruction ? Comment gérer le désamiantage alors que Maurice ne dispose pas forcément d’assez de spécialistes dans ce domaine ? Autant d’interrogations qui restent sans réponse claire.

Pour illustrer l’ampleur du problème, Reeaz Chuttoo évoque aussi le cas de l’hôpital Victoria, où certaines infrastructures contiendraient encore de l’amiante. Il rappelle qu’en 2017, une enveloppe de Rs 100 millions avait été annoncée pour remplacer certaines toitures, mais que les travaux n’avaient pas réellement progressé.

Au-delà des cités EDC, le dossier de l’amiante pourrait donc concerner plusieurs bâtiments publics et infrastructures à travers le pays. Reste désormais à savoir si les nouvelles promesses gouvernementales permettront enfin de transformer des décennies de rapports et de recommandations en actions concrètes sur le terrain.

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