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«Reward Money»
Entre informateurs mauriciens et réseaux transfrontaliers
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«Reward Money»
Entre informateurs mauriciens et réseaux transfrontaliers
La saga du Reward Money prend une tournure qui dépasse désormais les frontières. Une question brûlante surgit : la récompense a-t-elle été versée à de véritables informateurs ou à de fictifs, alors que, dans les faits, ce seraient les autorités réunionnaises qui auraient transmis l’information à la police mauricienne ? Ce doute plane sur plusieurs grosses saisies de drogue, toutes ayant un point commun : elles sont directement liées à La Réunion ou à Madagascar, révélant des réseaux transfrontaliers d’une ampleur inédite. La Financial Crimes Commission relève une partie du défi dans cette affaire de Reward Money.
Ce fil rouge est clair : toutes ces saisies, qu’elles aient été menées au large du Morne, dans le Nord, à Rivière-Noire ou en haute mer, portent la même signature. Elles révèlent l’existence de réseaux régionaux entre Maurice, La Réunion et Madagascar. Mais elles posent surtout la question qui fâche : le Reward Money a-t-il été attribué à de véritables informateurs locaux, ou bien versé de façon abusive alors que ce sont en réalité les services étrangers qui auraient fourni les renseignements déterminants ?
Le 30 avril 2022, l’équipe de la Special Support Unit, dirigée par l’assistant surintendant de police Rajcoomar Seewoo, avait intercepté au large du Morne un bateau rapide à bord duquel se trouvaient trois jeunes skippers. L’opération avait permis la saisie de cannabis estimée à Rs 33 millions, démontrant déjà l’existence d’un trafic maritime actif entre Maurice et La Réunion.
■ Le 31 mars 2022, au large du Morne, 32 kg de zamal ont été saisis. Une prime a été réclamée dans cette affaire.
Quelques mois plus tard, en octobre 2022, la Special Striking Team, sous la supervision d’Ashik Jagai, réalisait une saisie record de près de 100 kilos de cannabis à Rivière-Noire, impliquant sept suspects, dont un policier. En mars 2024, la même unité, épaulée par l’unité anti-drogue et contre le trafic de la douane, mettait la main sur 30 kilos de cannabis, d’une valeur estimée à Rs 75 millions. Les enquêteurs soupçonnaient à nouveau une origine réunionnaise.
En septembre 2024, une opération d’envergure menée dans le nord de l’île aboutissait à la saisie de 222,2 kilos de cannabis, soit près de Rs 300 millions, ainsi qu’à la découverte de milliers de feuilles à rouler et d’un pistolet à air. Trois suspects étaient arrêtés : le couple Umayr Mudhoo et Rukaan Batchameah, ainsi que Vashish Ramsurrun, un mécanicien de Vallée-des-Prêtres. Là encore, les enquêteurs parlaient de «zamal», terme réunionnais pour désigner le cannabis.
Mais les routes de la drogue ne se limitent pas à l’île sœur. L’axe Madagascar–Maurice a aussi été placé sous la loupe des autorités. En janvier 2024, après trois jours de traque, les forces de l’ordre ont saisi en haute mer Rs 510 millions de cannabis et arrêté dix suspects : quatre Mauriciens et six Malgaches. L’opération, menée conjointement par la Force Crime Intelligence Unit de l’inspecteur Faraaz Mooniaruth, la Maritime Intelligence Cell, et la National Coast Guard, s’est soldée par une confrontation tendue au large de Pointe-aux-Piments, où deux commandos de la marine ont été blessés.
Parmi les Mauriciens arrêtés figuraient David Legentil, Guillaume Emilien, Yoel Ismaël et Steven Boodhun. À bord de leur embarcation, les enquêteurs ont découvert 24 jerrycans de carburant, confirmant qu’il s’agissait d’un trafic maritime organisé à grande échelle.
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