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Hauts cadres publics

Entre attirer les talents et exiger des résultats

21 juillet 2026, 17:00

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Entre attirer les talents et exiger des résultats

Photo d’illustration générée par l’IA

Un salaire mensuel de Rs 375 000, une entertainment allowance de Rs 15 000, une voiture de fonction avec chauffeur ainsi qu’une gratification de 25 % à l’issue de 12 mois de service satisfaisant. Telles étaient les principales conditions d’emploi de Désiré Vencatachellum, ancien Chief Executive Officer (CEO) de la Financial Services Commission (FSC), selon les informations communiquées au Parlement le 14 juillet par la ministre des Services financiers et de la planification économique, Jyoti Jeetun, en réponse à une question du député Kaviraj Rookny.

La ministre a indiqué que Désiré Vencatachellum, nommé à la tête de la FSC sur une base contractuelle de trois ans à compter du 16 septembre 2025, avait démissionné le 30 juin dernier. Jyoti Jeetun a précisé que l’ancien CEO avait effectué trois missions à l’étranger entre le 16 septembre 2025 et le 30 juin 2026, au coût total de Rs 2 001 789. Au-delà du cas de l’ex-CEO de la FSC, cette réponse parlementaire relance le débat sur les packages de rémunérations élevés des hauts cadres.

Ceux occupant des fonctions stratégiques au sein d’institutions publiques ou parapubliques bénéficieraient également de rémunérations conséquentes. La gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora-Thakoor, nommée en septembre 2025, bénéficierait ainsi d’un package mensuel de plus d’un million de roupies. Ashok Prayag, Chairman de la SICOM, qui siège sur plusieurs comités de cette compagnie d’assurance, est directeur non exécutif de SBM Holdings et préside le comité des experts sur les pensions, percevrait, lui, une rémunération dépassant Rs 700000.

Le 31 mars, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a rendu publique la liste des conseillers au Prime Minister’s Office et au ministère des Finances, en réponse à une Private Notice Question du leader de l’opposition, Joe Lesjongard. Parmi les rémunérations mentionnées, figurent celle de Gilbert Gnany, Chief Economic Advisor, qui perçoit un salaire mensuel de Rs 300000 et une allocation de Rs 50000. De son côté, Keerteecoomar Ruhee, Special Advisor, touche une rémunération mensuelle de Rs 200 000 et une allocation de Rs 30 000.

Sollicitée pour apporter un éclairage sur les rémunérations élevées, Manisha Dookhony, économiste, précise : «Je n’ai pas la visibilité nécessaire pour commenter des cas particuliers, mais je peux vous apporter un éclairage sur les enjeux plus larges que cette question soulève.» Elle estime que le débat sur cette question est légitime. «D’un côté, les disparités salariales sont très importantes à Maurice. Le rapport du Pay Research Bureau de 2026 le reconnaît lui-même: il faut corriger ces écarts. Des efforts ont été faits. Pour les plus hauts fonctionnaires comme les Senior Chief Executives, la rémunération mensuelle tourne autour de Rs206000 et pour les Permanent Secretaries, Rs 166 000. Il faut garder en tête qu’une majorité de Mauriciens gagne moins de Rs50000 par mois comme souligné récemment.»

Elle fait ressortir que ces hauts salaires pourraient être justifiés par des arguments de compétitivité : il s’agit d’attirer et de retenir des profils de haut niveau, capables de gérer des institutions complexes et stratégiques pour le pays. Les rémunérations sont calibrées en fonction du niveau de responsabilité et de la complexité des fonctions. Mais ce qui frappe, dit-elle, c’est qu’«à Maurice, la rémunération est encore déconnectée de ce que les gens accomplissent réellement. On paie en fonction du poste, de l’ancienneté, du grade, de l’origine, mais pas vraiment en fonction des résultats concrets obtenus. C’est là que d’autres pays peuvent offrir des pistes de réflexion.»

Manisha Dookhony cite en exemple Singapour. Depuis les années 1980, ce pays a mis en place un système de rémunération flexible. Pour les hauts responsables, le système fonctionne de manière très transparente. Le salaire d’un ministre débutant (grade MR4) est fixé par rapport au revenu médian des 1 000 Singapouriens les mieux payés, avec une réduction de 40 % pour refléter l’esprit de service public. Ce salaire est composé d’une partie fixe (13 mois) et de parts variables : prime annuelle, prime de performance individuelle (jusqu’à trois mois) et une prime nationale liée à des indicateurs socio-économiques, comme la croissance du revenu médian ou le taux de chômage.

Par ailleurs, le Premier ministre gagne deux fois le salaire d’un ministre, mais sa rémunération n’inclut pas de prime individuelle, sa performance étant jugée sur les résultats du pays. L’idée est claire : une part importante du salaire dépend des résultats obtenus, que ce soit à titre individuel ou au niveau national. Et, en période difficile, ces parts variables peuvent être réduites.

Autre exemple que prend Manisha Dookhony : le Rwanda, avec son système appelé Imihigo, une tradition culturelle qui a été institutionnalisée en 2006. Le principe est celui de contrats de performance. Chaque année, des objectifs précis sont fixés, avec des indicateurs mesurables, entre les autorités à tous les niveaux. Ces objectifs sont évalués et ont des conséquences, positives ou négatives. Le système a créé une véritable culture du résultat, de l’innovation et de la redevabilité.

Aujourd’hui, le Rwanda va même plus loin et cherche à évaluer non plus seulement si les objectifs ont été atteints, mais quel a été l’impact réel sur la vie des citoyens. «Au fond, le vrai débat n’est peut-être pas tant de savoir si les hauts salaires sont justifiés ou non, mais plutôt de repenser tout le système pour qu’il soit plus transparent et plus juste. Un système où la rémunération est liée à ce qu’on accomplit réellement serait plus facile à défendre aux yeux de la population, surtout dans un contexte où des sacrifices sont demandés à beaucoup», indique Manisha Dookhony.

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