Publicité

Nouveau régime malgache

Edgard Razafindravahy éjecté comme secrétaire général de la COI ?

3 mars 2026, 13:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Edgard Razafindravahy éjecté comme secrétaire général de la COI ?

■ Madagascar a soumis «une demande de remplacement de Monsieur Edgard Razafindravahy, en raison de divergences de vues significatives», indique la lettre datée du 6 février.

France Info rapportait que la récente rencontre à l’Élysée entre le président français, Emmanuel Macron, et le colonel Michaël Randrianirina, à la tête de la transition malgache, illustre l’attention particulière portée par Paris à la situation à Madagascar. Organisée sans grand apparat, cette réunion visait avant tout à maintenir le dialogue avec un partenaire historique, dans un contexte politique fragile.

Depuis le changement de régime et le départ d’Andry Rajoelina, la Grande île traverse une période d’instabilité dont les effets dépassent ses frontières. Sur le plan régional, Madagascar a dû céder la présidence tournante de la Communauté de développement de l’Afrique australe, qu’elle occupait en 2025, signe de la sensibilité des équilibres diplomatiques en Afrique australe, où la stabilité institutionnelle demeure déterminante.

Dans l’espace indianocéanique, les incertitudes perdurent. L’avenir d’Edgard Razafindravahy, secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI), fait l’objet de spéculations. Des informations ont évoqué l’envoi d’une note verbale annonçant son rappel immédiat. Le secrétariat général de la COI affirme toutefois n’avoir reçu aucune notification officielle. Selon l’organisation, aucune correspondance n’a été enregistrée et le secrétaire général poursuit normalement ses fonctions, conformément à la décision du Conseil des ministres adoptée en juillet 2024. Trois mois après l’installation du nouveau pouvoir sous la bannière de la Refondation, plusieurs dossiers sensibles hérités de l’ancien régime suscitent interrogations et inquiétudes. Parmi eux figure la filière des produits de première nécessité, où les frontières entre intérêts privés et responsabilités publiques apparaissent poreuses.

En décembre 2025, l’express publiait une enquête intitulée «Saga Mamy Ravatomanga : la FCC soupçonne un blanchiment de capitaux autour du commerce de farine et de blé». Le journal détaillait les mécanismes d’importation et de distribution du riz, de l’huile et de la farine, évoquant des situations de quasimonopole et le rôle central d’entités publiques comme le State Procurement of Madagascar, utilisées par des opérateurs proches de l’ancien pouvoir. Depuis, aucun éclaircissement majeur n'a été apporté. Ni audit public ni suites judiciaires visibles. Parallèlement, l’hebdomadaire La Vérité révélait qu’en 2022, des dizaines de milliers de tonnes de riz auraient disparu des stocks publics sans explication. Une affaire qui fait écho au dossier de la farine et alimente les soupçons d’un système persistant.

Les investigations se sont également intéressées aux Minoteries de l’océan Indien (LMOI), décrites comme détenant un quasi-monopole sur l’importation de farine, produit stratégique pour l’alimentation malgache. Un élément factuel retient l’attention : LMOI et la chaîne de boulangeries industrielles Tartine partageraient au moins un actionnaire commun. Cette situation soulève des interrogations quant à l’articulation entre importation et transformation industrielle.

Bitmap.jpg

Le parcours d’Edgard Razafindravahy illustre ces imbrications. Entrepreneur dans l’agroalimentaire au début des années 2000, fondateur de la chaîne Mouf’Rey, il se lance ensuite en politique et dans les médias, acquérant plusieurs organes influents. Opposant à Marc Ravalomanana (2002-2009) au nom de la lutte contre les monopoles, il devient par la suite maire d’Antananarivo (2009-2013), puis ministre de l’Industrialisation, du commerce et de la consommation entre 2021 et 2024 sous Andry Rajoelina.

Les liens évoqués entre certains actionnaires de LMOI, des figures du régime précédent et des décisions publiques suscitent aujourd’hui un malaise. Une photographie prise lors de l’investiture d’Edgard Razafindravahy à la COI, où apparaissent notamment Mamy Ravatomanga et plusieurs acteurs économiques du secteur, a alimenté les commentaires. À ce stade, aucune mise en cause judiciaire publique n’a été annoncée. Mais des sources proches de dossiers financiers évoquent l’existence de circuits de blanchiment impliquant des personnalités politiquement exposées, avec des ramifications vers la Suisse et les Émirats arabes unis. Ces éléments, non confirmés officiellement, renforcent l’impression d’un système intégré mêlant sécurité alimentaire, intérêts privés et pouvoir politique.

Dans un pays où la lutte contre la captation de l’État était présentée comme un axe central de la Refondation, la question dépasse désormais la seule légalité formelle. Elle touche à la cohérence politique et à la crédibilité des engagements de rupture.

Nous avons tenté d’obtenir la version de la COI au sujet de cette correspondance. Selon la réponse officielle transmise à notre rédaction, l’instance dit ne pas avoir connaissance du document évoqué, qui aurait peut-être été adressé directement aux ministères des Affaires étrangères des États membres. Dans ces circonstances, le Secrétariat général indique ne pas être en mesure de confirmer l’envoi d’une telle correspondance aux différentes administrations nationales concernées.

Par ailleurs, il est précisé que le secrétaire général, Edgard Razafindravahy, continue d’exercer pleinement ses fonctions, conformément à la décision prise par le Conseil des ministres en juillet 2024. Il demeure en poste et poursuit normalement son travail au service de l’organisation et de ses cinq États membres.

Nous avons cherché la version du ministre des affaires étrangères, Ritish Ramful, mais nous n’avions pas eu de réponse au moment de mettre sous presse.

Publicité