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Désarmer l’intelligence artificielle ?
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Désarmer l’intelligence artificielle ?
Deux hommes assez âgés, issus de deux mondes diamétralement opposés, tentent aujourd’hui d’influencer l’avenir de l’intelligence artificielle. L’un porte une soutane blanche et parle au nom de la conscience humaine. L’autre porte une casquette rouge et parle au nom de la puissance américaine. Entre le Vatican et la Maison-Blanche, une bataille silencieuse est engagée autour de l’outil qui redessine déjà le XXIᵉ siècle.
Le pape Léon XIV a lancé une formule qui a secoué les milieux technologiques : «L’intelligence artificielle doit être désarmée.» Le mot est fort. Délibérément fort. Derrière les algorithmes capables d’écrire, de traduire, de diagnostiquer ou de remplacer des métiers entiers, le Vatican voit émerger une nouvelle architecture du pouvoir mondial.
Donald Trump, lui, parle un autre langage. Pour le président américain, l’IA n’est pas d’abord une question morale mais une course géopolitique. L’Amérique doit gagner. Contre la Chine. Contre l’Europe réglementaire. Contre tous ceux qui pourraient menacer sa suprématie technologique. Son administration soutient désormais des programmes gigantesques de centres de données, d’infrastructures énergétiques et de partenariats avec OpenAI, Oracle, Anthropic – créateur de Claude – ou SoftBank.
Les chiffres donnent le vertige. Microsoft a investi plus de 13 milliards de dollars dans OpenAI. Amazon et Google injectent des milliards dans Anthropic. Nvidia, simple fabricant de puces hier encore, pèse désormais plus de 3 000 milliards de dollars en Bourse. Plus que le PIB de nombreuses grandes puissances. Nous sommes entrés dans une économie de la promesse, où les marchés valorisent moins les profits réels que les prophéties technologiques.
Comme durant la bulle Internet des années 2000, chaque entreprise ajoute désormais les lettres «AI» à son récit pour séduire les investisseurs. Chaque gouvernement veut son hub technologique. Chaque milliardaire promet une révolution civilisationnelle imminente. Mais derrière l’euphorie financière se cache une question bien plus brutale : qui possédera l’intelligence artificielle du futur ?
L’IA n’est plus seulement un outil. Elle devient progressivement une arme économique, cognitive et politique. Une machine capable d’influencer des élections, de manipuler des opinions, de remplacer des travailleurs et de concentrer encore davantage le pouvoir entre les mains de quelques multinationales.
Le plus frappant est que le pape et Trump, malgré leurs différences, partagent un même constat : l’intelligence artificielle est désormais trop puissante pour être laissée aux seules mains des entreprises privées. Mais là où le Vatican réclame des garde-fous éthiques, Trump veut surtout garantir la domination américaine sur cette nouvelle frontière technologique.
L’Europe répond par la régulation. La Chine répond par le contrôle étatique. Les États-Unis répondent par l’accélération industrielle. La France, elle, vend désormais son abondance énergétique comme un nouvel or numérique : le géant japonais SoftBank vient d’y annoncer jusqu’à 75 milliards d’euros d’investissements dans des infrastructures d’intelligence artificielle, le plus vaste projet européen du genre.
Et les petits pays comme Maurice regardent cette révolution avec un mélange d’excitation et d’impuissance. Car le véritable enjeu n’est peut-être même plus technologique. Il est social.
Aucun des mécanismes de redistribution envisagés n’est techniquement complexe. Ils impliquent simplement une chose : transférer une partie de la valeur captée par le capital vers le travail remplacé ou libéré par les machines. Or, les détenteurs des grandes IA sont aujourd’hui une poignée d’entreprises mondiales dotées d’un pouvoir d’influence sans précédent dans l’histoire économique.
Le scénario noir n’est donc pas l’IA qui remplace l’humain. C’est l’IA qui remplace l’humain sans redistribution, avec des gouvernements trop faibles – ou trop captifs – pour imposer le partage. On aurait alors le pire de la Rome antique : l’oisiveté forcée d’une masse sans ressources. Une société privée de travail mais aussi privée de dignité ne philosophe pas, elle survit.
Et pourtant, il faut aussi oser voir une autre possibilité. Celle où la technologie libère du temps humain au lieu de détruire simplement des revenus. Celle où le progrès sert enfin autre chose que la seule valorisation boursière.
La technologie, en elle-même, ne décide rien. Elle n’est ni notre sauveur ni notre bourreau. Ce qui décidera, c’est la qualité du contrat social que nous saurons écrire pendant qu’elle se déploie. Un contrat qui dirait enfin clairement : la richesse produite par l’IA appartient aussi à tous, parce qu’elle est bâtie sur le savoir collectif de l’humanité.
Mais au milieu de cette fascination mondiale pour l’IA, il ne faudra jamais oublier l’IH : l’intelligence humaine. Le vrai défi n’est pas de construire des machines capables de penser. Il sera de préserver des humains capables de juger, de créer, de douter, de ressentir – et surtout de rester maîtres des machines qu’ils auront inventées.
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