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Saint-Martin

Des éleveurs déplorent l’état des parcs porcins : Boolell évoque une rencontre

18 octobre 2025, 13:00

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Saint-Martin, à quelques kilomètres de Bambous. Le soleil cogne fort. À l’entrée du chemin menant aux parcs à cochons, un panneau «Entrée interdite» se dresse, rouillé par le temps, presque oublié. Il interpelle tout visiteur, comme un avertissement muet. Pourtant, des 4x4 passent lentement, soulevant un nuage de poussière. Certains transportent des sacs d’aliments, d’autres des outils ou des bidons d’eau. Le ballet des véhicules contraste avec le silence du lieu – un monde à part, isolé du reste de la région.

Dès les premiers mètres, une odeur lourde et persistante prend à la gorge. Elle semble flotter dans l’air, s’infiltrer dans les vêtements, coller à la peau. C’est un mélange de fumier, d’eaux stagnantes et de décomposition. À mesure qu’on avance, la route devient cahoteuse, bordée de gros sacs-poubelles gonflés et éventrés, gisant sur le bas-côté. Des mouches s’en échappent par milliers, formant des nuages noirs autour des visiteurs.

«Voilà notre quotidien», souffle Michael Marguerite, président de la Fédération des éleveurs porcins. Autour de lui, le décor est celui d’un vaste chantier à ciel ouvert : de longs alignements d’enclos faits de tôles, de planches et de grillages rouillés. Dans la chaleur suffocante, les grognements des cochons se mêlent au bourdonnement constant des insectes. Nous suivons Keshav Purmessur, qui fait partie de la Community Response Disaster Team de Bambous. Il a longtemps essayé d’aider les éleveurs de cette région.

Au loin, le paysage change. Ici, pas de maisons ni de familles. Ce n’est pas un village, mais une zone exclusivement dédiée à l’élevage. Chaque matin, des dizaines d’éleveurs arrivent, souvent dans leur pick-up ou à moto, pour nourrir leurs bêtes, nettoyer et repartir avant la nuit. Les conditions sont extrêmes : la chaleur, la puanteur, l’humidité et l’absence d’entretien. Le sol est jonché de détritus et de restes organiques. Les eaux usées serpentent entre les parcs, formant des flaques boueuses où pataugent les animaux. L’odeur devient presque tangible, épaisse, agressive.

Plus loin, Danielle Legrand, une éleveuse de longue date, pointe du doigt un tuyau brisé : «Ça fuit depuis des mois. L’eau sale s’écoule partout. Quand il pleut, tout déborde, et on marche dedans. Personne ne vient réparer.» Les cochons sont vigoureux et bien surveillés par des chiens qui, eux, semblent malades. Ils circulent, amaigris. Autour des tas d’ordures, les mouches pullulent. Le sol glisse sous les bottes et l’air est saturé de relents d’ammoniac.

Un système d’élevage à bout de souffle

«Nous sommes environ 256 éleveurs ici, répartis sur deux zones : phase 1 et phase 2», explique Michael Marguerite, visiblement épuisé. «Cela fait plus de dix ans que nous demandons de l’aide. Rien ne bouge. On a fait des réunions, reçu des visites, mais aucune action concrète. Les projets restent bloqués dans les bureaux.»

Il désigne le tas d’ordures au bord de la route : «Les camions de scavenging devraient passer deux fois par semaine, le mercredi et le samedi. Aujourd’hui, ils viennent à peine une fois, parfois pas du tout. Les sacs s’empilent, les porcs fouillent dedans et tout finit dans les flaques.»

Les conséquences sont graves : maladies, risques de contamination et propagation de parasites. Plusieurs éleveurs affirment que leurs animaux tombent malades plus souvent. Certains ont dû payer de leur poche pour vider leurs fosses à eaux usées. «Rs 4 000, juste pour ça», confie un homme. *«Et deux semaines plus tard, c’est de nouveau plein.»*Michael Marguerite ne mâche pas ses mots : «Ce système est fini. L’ancien modèle d’élevage organique ne fonctionne plus. Nous avons besoin d’une refonte complète : drainage, système d’évacuation, collecte de déchets. Sinon, tout s’écroulera.»

Il raconte les longues attentes, les rapports jamais suivis d’effet, les visites de consultants sans lendemain. Pendant ce temps, la zone continue de se dégrader. La pollution visuelle est frappante : ordures, eaux noires, carcasses et mouches omniprésentes. Les sols sont saturés, les plantations voisines menacées par la contamination.

Une scène de désolation et d’endurance

Le soleil commence à descendre sur les collines. Le panneau «Entrée interdite» se découpe en ombre sur la poussière. Des 4x4 continuent de circuler lentement, leurs pneus s’enfonçant dans la boue. Les grognements des porcs résonnent comme un écho lointain d’une détresse qu’on ne veut plus entendre.

Dans ce décor de misère, il reste pourtant une forme de dignité. Les éleveurs, couverts de sueur, continuent de nourrir leurs bêtes, de réparer les enclos, de ramasser ce qu’ils peuvent. Ils refusent d’abandonner. «On ne demande pas la charité», conclut Michael Marguerite. «On demande juste que l’État fasse son travail. Nous, on fait le nôtre.»

À Saint-Martin, l’odeur ne s’oublie pas. Elle colle à la mémoire comme aux vêtements. Elle dit la dureté d’un métier, l’abandon d’un secteur et le silence des autorités.

Et quand le vent tourne, emportant avec lui les effluves des porcs et des ordures, on se demande combien de temps encore cette zone tiendra avant que l’odeur ne devienne, à elle seule, un cri d’alerte.

image (54).jpg Michael Marguerite, président de la Fédération des éleveurs porcins, tenant un de ses cochons.

image (55).jpg Les chiens malades, qui surveillent les parcs, ont même déterré un os de cochon.

image (53).jpg Ce bâtiment était censé servir de bureau administratif.

image (52).jpg Le site est impraticable car bloqué par des eaux usées.

image (51).jpg

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Arvin Boolell rencontrera les éleveurs dans trois semaines

Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, s’est exprimé sur la situation préoccupante de ces élevages porcins, appelant à une régularisation et à une professionnalisation du secteur. Il a insisté sur l’importance de la biosécurité et du respect des normes de sécurité alimentaire, rappelant que nourrir les animaux avec des restes non contrôlés représente un risque pour la santé publique. Il a souligné la nécessité de tirer les leçons du passé – il y avait eu des problèmes similaires en 2007 – et d’encadrer les exploitations informelles. Il a salué le travail du «Small Farmers Welfare Fund» dans la formation des petits éleveurs et annoncé une concertation avec le ministère de l’Environnement pour améliorer la gestion des déchets et limiter l’impact écologique. Il a précisé qu’une nouvelle rencontre avec les éleveurs aura lieu dans trois semaines. «Nou finn zwenn boner e enn lot rankont pou fer dan trwa semenn.»

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