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Création monétaire ex nihilo ou utilisation de l’excès de liquidités pour créer la MIC ?

3 septembre 2025, 04:00

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Création monétaire ex nihilo ou utilisation de l’excès de liquidités pour créer la MIC ?

Qui dit vrai ? La Banque de Maurice a-t-elle puisé $ 2 milliards des réserves de change pour la création de la Mauritius Investment Corporation comme l’annonçait en 2020 l’ancien Gouverneur, Harvesh Seegolam ? Ou bien s’agissait-il d’une création monétaire virtuelle, un simple jeu d’écriture comme l’a fait comprendre le Gouverneur actuel ? Rama Sithanen a, en effet, affirmé que cette masse monétaire de Rs 81 milliards avait été injectée dans le circuit monétaire électroniquement simplement en appuyant sur la touche d’un clavier ? Cet éclaircissement doit être apporté autant par Harvesh Seegolam et l’ex-ministre des Finances, Renganaden Padayachy, que par l’actuelle direction de la Banque centrale.

Face à la presse vendredi, le First Deputy Governor, Rajeev Hasnah, a déclaré que la MIC a enclenché le processus pour récupérer les Rs 59 milliards qu’elle a investies non seulement dans les entreprises en détresse financière, incluant Air Mauritius, lourdement impactées par la pandémie (plus de Rs 47 milliards), mais aussi dans des biens fonciers (Rs 10 milliards) et dans des fonds privés internationaux (environ Rs 1,2 milliard).

Aussitôt récupéré, cet argent sera retourné à la Banque de Maurice pour sa «destruction». De l’avis de Rajeev Hasnah, c’est une opération nécessaire car la décision de faire marcher la planche à billets il y a cinq ans a toujours un effet déstabilisateur sur le marché monétaire et le système financier. Implicitement, le First Deputy Governor annonce également la mise à mort de la MIC.

Pourquoi et quand une décision aussi cruciale a-t-elle été prise ? Est-ce qu’il s’agit d’une recommandation du Fonds monétaire international ? On le sait, le FMI, quoique reconnaissant le rôle vital joué par la MIC pour protéger les entreprises systémiques pendant la Covid-19, s’est toujours dit préoccupé du fait que l’institution opère comme une subsidiaire de la Banque de Maurice. Sa principale recommandation est que la Banque centrale se désengage du contrôle de la MIC. Car un gros volume de ses investissements – environ Rs 6 milliards – sont considérés comme étant à risque et cela impacte directement le bilan de la Banque de Maurice.

Depuis sa création, la MIC a suscité des débats passionnés. Ces détracteurs – pour la plupart des analystes et observateurs économiques – ont toujours argué que la Banque de Maurice, à travers la MIC, ne pouvait s’impliquer dans la politique fiscale et que ce n’était pas le rôle de l’État de soutenir les entreprises dites zombies. Des arguments techniquement valables mais qui occultent l’impact et la profondeur de la crise économique induits par la pandémie. Il y a cinq ans, le pays passait par une crise sans précédent, avec une contraction de 15 % du PIB réel en 2020. Certains secteurs comme le tourisme étaient à l’arrêt. Sans le support financier de la MIC couplé au Wage Assistance Scheme et Self-Employed Assistance Scheme, beaucoup d’entreprises auraient été forcées de déposer leur bilan et des milliers d’emplois auraient été effacés. Il faut savoir qu’à travers le monde, environ 60 banques centrales ont eu recours à des stratégies monétaires non conventionnelles.

Alors, pourquoi aujourd’hui cet empressement de détruire la MIC ? On ne peut nier que la MIC s’est engagée dans des deals douteux comme les Rs 1,65 milliard accordées à Mauriplage Beach Resort, le propriétaire de Maradiva Villas Resort & Spa et que cela impacte le bilan de la Banque de Maurice. Mais, faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Fondée comme un Special Purpose Vehicle (SPV), la MIC s’est graduellement muée en un fonds souverain. Sous l’impulsion de son ancien président, Mark Florman, la MIC est devenue membre de l’International Forum Sovereign Wealth Fund Association. Sa nouvelle vocation était de se positionner comme un fonds de capital-risque et d’investir aussi bien dans les secteurs émergents à Maurice que dans les secteurs porteurs en Afrique. La MIC constitue une énorme masse monétaire. Avec une bonne stratégie d’investissement, ce fonds pourrait générer des rendements intéressants.

Pour revenir à la question de destruction de monnaie, est-ce effectivement ce qui va se passer ? L’argent n’étant pas physique, ne s’agit-il pas plutôt d’un book transfer ? Autrement dit, le transfert des fonds du compte de la MIC vers celui de la Banque de Maurice.

Au sujet du capital de la MIC, s’agit-il d’une création monétaire ex nihilo ? Ou bien la BoM a-t-elle retiré les excédents de liquidités du système bancaire (à travers l’émission de bons du Trésor) pour lever des capitaux en vue de créer la MIC ? C’est-à-dire une forme de stérilisation de l’excès de liquidités suivie d’une réallocation des ressources. À l’époque de cette levée de fonds, l’inflation était basse, soit autour de 2 %. C’est du moins ce qu’on affirme des sources proches du dossier. Dans tous les cas, la saga de la MIC n’est pas près de se terminer.

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