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CNN, la bataille du récit

26 décembre 2025, 04:45

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Il est des médias que l’on combat parce qu’ils résistent. CNN appartient à cette catégorie. Voilà pourquoi Donald Trump la vise avec une telle insistance. Voilà aussi pourquoi la bataille actuelle autour de Warner Bros. Discovery n’a rien d’un banal dossier antitrust : c’est une manœuvre de pouvoir.

CNN est tout ce que Trump – et d’autres dirigeants mégalomanes – exècrent. Une chaîne mondiale. Une mémoire longue. Une rédaction qui persiste à distinguer faits et opinions. Dans l’univers trumpien, où la politique est mise en scène comme une téléréalité permanente, une presse indépendante n’est pas un contre-pouvoir, c’est un obstacle. Elle brise le récit. Elle contredit la dramaturgie. Elle révèle les ficelles.

Trump ne cherche pas seulement à neutraliser CNN. Il veut en décider le destin. Ses déclarations récentes – «CNN devrait être vendue», «Je serai impliqué dans le deal» – ne relèvent pas de l’excès verbal. Elles constituent une doctrine : utiliser l’appareil d’État pour peser sur la propriété des médias qui le couvrent – à Maurice, certains ont tenté le même jeu liberticide. La régulation des fusions devient une arme politique. Le ministère de la Justice, un levier. Le pluralisme, une variable d’ajustement.

Dans ce jeu, Netflix et Paramount Skydance ont compris le message. Netflix propose une acquisition amputée de CNN : offrir le scalp de la chaîne honnie pour obtenir l’onction présidentielle. Paramount, contrôlé par Larry Ellison et son fils David, va plus loin : promettre de «refondre la programmation». Traduction : aligner l’information.

Pourquoi CNN est-elle si stratégique ? Parce qu’elle reste un symbole. Parce qu’elle a survécu aux guerres, aux crises, aux mensonges d’État. Parce qu’elle parle à l’Amérique et au monde. Parce qu’elle n’est pas Fox News. Dans l’imaginaire de Trump, CNN est le dernier bastion à conquérir pour parachever la domestication du paysage médiatique.

La presse indépendante gêne les dirigeants autoritaires pour une raison simple : elle ne joue pas le rôle qu’on attend d’elle. Elle n’applaudit pas. Elle questionne. Elle enquête. Elle rappelle que le pouvoir n’est pas un spectacle, mais une responsabilité. Or Trump met tout en scène. Chaque déclaration est un épisode. Chaque adversaire, un figurant. Chaque journaliste critique, un ennemi du peuple.

D’où l’intérêt d’un magnat comme Ellison. Non pas un homme de médias par vocation, mais un stratège des données et des infrastructures. Son entrée dans CBS News, la nomination de Bari Weiss, l’épisode du reportage de 60 Minutes écarté : autant de signaux faibles d’une information rendue «compatible». Compatible avec les intérêts du moment. Compatible avec le pouvoir.

La dépendance économique est l’autre clé. Une presse dépendante – de ses propriétaires, de ses annonceurs, de ses régulateurs – est une presse vulnérable. Elle s’autocensure avant même d’être censurée. Elle calcule. Elle temporise. Elle apprend à lire l’air du temps à la Maison-Blanche. Trump l’a compris : il n’est plus nécessaire d’interdire. Il suffit d’acheter, de menacer, de retarder un feu vert réglementaire.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse CNN. C’est la normalisation d’une ingérence présidentielle directe dans la structure même de l’information. Une confusion assumée entre pouvoir politique, capital privé et lignes éditoriales. Une «prise d’otage politique». Si cette logique l’emporte, la démocratie américaine perdra plus qu’une chaîne. Elle perdra l’idée que l’information peut exister sans permission. Et Donald Trump gagnera ce qu’il cherche depuis le premier jour : non pas convaincre, mais contrôler le récit.

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