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Analyse
Choc pétrolier : les pressions inflationnistes s’accentuent
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Analyse
Choc pétrolier : les pressions inflationnistes s’accentuent
L’on est au bord d’un choc pétrolier sans précédent. En s’attaquant aux infrastructures pétrolières de l’Iran, les forces israélo-américaines n’ont pas forcément été bien inspirées. Téhéran a tout de suite riposté en menaçant de s’attaquer aux installations pétrolières de ses voisins du Golfe.
Il fallait s’attendre à de telles représailles. Aussitôt après le début de l’opération «Fureur épique», Téhéran a déclenché la contre-offensive en ciblant Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, des pays de l’Alliance arabe perçus comme étant proches des Américains.
Aujourd’hui, l’Iran qui se sent ragaillardi après la désignation de Mojtaba Khamenei comme guide suprême et qui s’est mis à l’abri de risques d’insurrection en coupant l’accès à Internet aux Iraniens, entend frapper les Occidentaux là où cela fait mal. À l’ouverture du marché lundi, le baril du pétrole a flambé de 30 %, dépassant le seuil des 115 dollars, avant de se stabiliser légèrement au-dessus de la barre des 100 dollars. On n’est pas loin du pic d’un baril à 130 dollars atteint lors du début de la guerre en Ukraine. L’effet de contagion s’est étendu aux places boursières, notamment celles de l’Asie fortement dépendante de l’énergie. Ainsi, le Nikkei (Japon) et le Kospi (Corée du Sud) ont chuté de près de 8 %, lundi. Il faut savoir que la Chine s’approvisionne en hydrocarbures surtout auprès des pays du Golfe et que 97 % de ses approvisionnements passent par le détroit d’Ormuz. Le Japon est dans un cas similaire avec 56 % de ses cargaisons empruntant la même route maritime.
Les menaces du régime iranien ne sont pas à prendre à la légère. Les marchés ont bien compris qu’on risque gros car la région du Moyen-Orient abrite 50 % des réserves mondiales de pétrole et 40 % des réserves de gaz naturel. Ce n’est certainement pas la déclaration à brûle-pourpoint du président américain, Donald Trump, selon laquelle l’envolée du brut ne serait qu’un petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde qui rassurera les marchés. Les analystes ont changé de discours et entrevoient désormais la perspective d’un baril au-dessus des 200 dollars. De même, les craintes de perturbations majeures aux chaînes d’approvisionnement et d’un choc inflationniste mondial sont ravivées.
À quelques milliers de kilomètres de l’épicentre de la zone de conflit, Maurice reste un spectateur passif, mais une victime collatérale de la folie des puissants de ce monde. Le pays dispose d’un stock stratégique de 12 000 tonnes d’essence et de 13 600 tonnes de diesel qui ne s’épuisera qu’au début d’avril. Autrement dit, il faudra qu’on passe très bientôt de nouvelles commandes pour notre approvisionnement en hydrocarbures. Le prochain ravitaillement en carburants et en gaz ménager sera invariablement indexé sur les cours pétroliers. À Maurice, on se démène pour trouver un plan B moins coûteux. Récemment en Inde, dans le cadre du Sommet Raisana, le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramphul, a annoncé qu’on a pu sécuriser un contrat d’approvisionnement en produits pétroliers avec IndianOil, dans laquelle le gouvernement indien est l’actionnaire majoritaire. Ce contrat sera signé dès la semaine prochaine. Reste à savoir quels seront ses termes et dans quelle mesure il permettra au pays de s’approvisionner en carburants à un prix avantageux. Cela est vital pour Maurice qui, en 2025, a déboursé Rs 72 milliards, soit environ Rs 6 milliards mensuellement, pour l’achat de carburants. Ce, alors que le prix du baril avoisinait les 60 dollars.
Avec le choc pétrolier devenu déjà une réalité, les dépenses pour l’achat de carburant risquent de prendre des proportions astronomiques, engloutissant au passage nos devises étrangères. Ce n’est pas tout : les coûts de fret maritime explosent déjà, avec des armateurs internationaux comme Maersk et CMA CGA réclamant jusqu’à 4 000 dollars en termes de surcharges de risque par conteneur.
Au vu de notre statut d’importateur net, la perspective d’une inflation à deux chiffres est réelle. Et le taux d’inflation de 4,1 % enregistré en février pourrait se révéler anecdotique. L’autre risque, c’est que la roupie se déprécie face au dollar dans les semaines à venir. En effet, il y a ces jours-ci une forte demande de la part des investisseurs institutionnels asiatiques pour les obligations américaines qui voient le billet vert comme une valeur refuge en ces temps d’incertitude. Tout comme les autres banques centrales, la Banque de Maurice doit très certainement suivre la situation de près. Ainsi, compte tenu des pressions inflationnistes, il est fort probable que la Gouverneure, Dr Priscilla Muthoora Thakoor, n’attende pas jusqu’à fin mai pour convoquer la prochaine réunion du comité de politique monétaire. On semble prendre le chemin d’un resserrement des conditions monétaires.
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