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Lourdeurs administratives
Ces dossiers qui dorment
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Lourdeurs administratives
Ces dossiers qui dorment
■ Les lourdeurs administratives sont décriées aussi bien par le PM que par les parties prenantes.
Après la sortie du Premier ministre lundi contre les blocages au ministère de la Santé, plusieurs dossiers concrets montrent ce que la paperasse coûte à ceux qui veulent aider le système public. «Si dimounn pa le travay, pran zot retret ale.» La phrase, lancée lundi par Navin Ramgoolam, visait les procédures et les blocages qui, au ministère de la Santé, découragent des professionnels de la diaspora venus offrir leur expertise – au premier rang desquels la Dre Cynthia Yu-Wai-Man et le Pr Patrick Yu-Wai-Man.
«Des personnes ont mis des bâtons dans les roues de ces docteurs à Maurice pour les empêcher de faire ce qu’ils ont envie de faire. (…) Mais au sein du ministère de la Santé, tout le monde bloque tout. Il y a des blocages, des systèmes et des procédures, entre autres. Est-ce que c’est de cette manière que nous allons gouverner ce pays ?», a-t-il lancé. Avant d’ajouter : «Si les gens ne veulent pas travailler, qu’ils prennent leur retraite et qu’ils partent, mais qu’ils ne bloquent pas le progrès du pays.»
Des médecins qui viennent aider
Selon un cadre du ministère, les deux ophtalmologues ne sont pas à leur première visite à Maurice : ils viennent régulièrement apporter leur expertise. Cette source affirme que leurs billets d’avion des deux dernières années n’auraient toujours pas été remboursés, alors qu’ils ont effectué plusieurs donations de matériel.
L’un des spécialistes aurait par ailleur s demandé, il y a environ trois mois, l’acquisition d’un équipement devant lui permettre de travailler durant son séjour. La demande serait toujours en attente. Elle aurait été évoquée directement avec le Premier ministre lors de leur entretien de lundi.
D’autres spécialistes dans la file Autre cas cité au sein du ministère : celui du Pr Nizam Mamode, attendu à Maurice, où il apportera pendant plusieurs mois son expertise dans le domaine de la transplantation rénale. Selon la même source, son dossier aurait pu rester en attente en raison des procédures administratives ; son arrivée a finalement été annoncée au Conseil des ministres. Un autre professeur mauricien, venu au début de l’année, aurait également vu son dossier rester plusieurs mois sans suite.
«Un ministère rempli de problèmes»
Pour Narendranath Gopee, négociateur de la Federation of Civil Service and Other Unions, ces situations témoignent d’un problème plus large. «Le ministère de la Santé est un ministère rempli de problèmes», affirme-t-il, estimant que le ministre doit être en mesure de savoir ce qui fonctionne ou non au sein de son ministère. «C’est déplorable que des spécialistes qui sont venus à Maurice puissent avoir autant de problèmes administratifs alors qu’ils ne sont venus que pour aider les Mauriciens.»
Le syndicaliste estime que le débat doit être élargi à l’expérience des patients du secteur public : «Maintenant, quel est le problème que les patients ont quand ils vont rechercher des soins ?» Dans le contexte d’un éventuel remaniement ministériel, il va plus loin, et juge qu’il faudrait envisager un changement à la tête des ministères de la Santé et de la Fonction publique.
Un «diaspora health network» pour capter les compétences
Vivant en Afrique du Sud, le Dr Shameem Jaumdally estime, pour sa part, que Maurice dispose d’une importante réserve de compétences parmi ses professionnels installés à l’étranger. Son expérience durant la pandémie de Covid-19 l’a convaincu qu’il existe de nombreuses possibilités de collaboration sans exiger un retour définitif : des médecins pourraient revenir quelques semaines par an pour participer à la formation, moderniser les protocoles, développer certains services spécialisés ou encore accompagner leurs collègues à distance. La télémédecine, la recherche et l’e-health pourraient également être davantage exploitées.
Il propose la création d’un diaspora health network, qui permettrait d’identifier les spécialistes mauriciens de l’étranger disposés à apporter ponctuellement leur expertise. «Beaucoup sont prêts à aider mais pas à revenir de manière permanente», explique-t-il, évoquant les contraintes familiales et professionnelles. Un retour temporaire pourrait, selon lui, permettre de renforcer les compétences locales dans des domaines où Maurice reste dépendante de soins à l’étranger.
Implants cochléaires : plus d’un an d’attente
Les difficultés administratives ne concernent pas uniquement les médecins de la diaspora. L’Association pour la protection des droits des handicapés (APDH) affirme attendre depuis plus d’un an une réponse du ministère de la Santé concernant la prise en charge des implants cochléaires. Plus de 50 enfants et jeunes seraient concernés. «Nous avons demandé au ministère un soutien pour ce projet d’encadrement pour ces enfants qui doivent porter un implant cochléaire et plus d’un an après, on est toujours dans l’attente d’une réponse», affirme Ashvin Gudday, vice-président de l’APDH.
L’association souligne le coût élevé des implants, mais aussi celui de leur entretien et du remplacement des processeurs, des dépenses auxquelles certaines familles ont du mal à faire face. L’APDH dit avoir sollicité le ministère dès mai 2025 ; une pétition a également été déposée au début de cette année, sans réponse à ce jour. Une rencontre avec les parents et les autorités a par ailleurs été demandée afin de discuter d’une politique nationale de prise en charge. Pour Ashvin Gudday, la situation pose la question de l’égalité des chances et de l’inclusion, et appelle une meilleure coordination entre les ministères.
Des délais qui se comptent en mois
Un remboursement de billets d’avion, un équipement réclamé il y a trois mois, un dossier de transplantation rénale débloqué par le Conseil des ministres, une politique de prise en charge attendue depuis mai 2025 : les dossiers cités se mesurent moins en principes qu’en semaines perdues. Les propos du Premier ministre ont relancé le débat. Reste à voir lesquels de ces dossiers auront bougé dans les prochaines semaines – seul indicateur, en définitive, de la capacité du ministère à transformer une consigne politique en décision administrative.
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