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Addiction
Dr Siddick Maudarbocus : «Ce n’est pas en répétant ‘say no to drugs’ qu’on sauvera les jeunes»
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Dr Siddick Maudarbocus : «Ce n’est pas en répétant ‘say no to drugs’ qu’on sauvera les jeunes»
La drogue ne cesse de faire parler d’elle et les marches pacifiques s’intensifient. Est-ce vraiment efficace ? Le Dr Siddick Maudarbocus, addictologue et directeur du centre de traitement Les Mariannes Wellness Centre, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, sans une stratégie claire et dynamique, la situation pourrait basculer vers une véritable catastrophe sanitaire et sociale.
«Nous traitons des personnes qui ne souffrent pas seulement d’addiction à la drogue. L’alcoolisme, les troubles anxieux, la dépression et les traumatismes s’ajoutent aux dépendances. C’est un domino effect : tout s’effondre, la santé, les relations, la cognition», explique-t-il. L’addiction, dit-il, est avant tout un problème émotionnel et relationnel. «Beaucoup de nos patients portent en eux des blessures d’enfance, des traumatismes, des tensions familiales. La drogue devient alors une échappatoire.»
? Les limites de la NADC et des campagnes classiques
Pour l’addictologue, le travail de la NADC reste trop bureaucratique. «Nous n’avons pas besoin de comités dans des comités. Il faut une action visible, proactive, quotidienne. La lutte contre la drogue doit être aussi agressive que la publicité d’une marque mondiale.» Il insiste sur le rôle du marketing social et de l’«emotional shock». «Ce n’est pas en répétant say no to drugs qu’on sauvera les jeunes. Il faut des campagnes fortes, émotionnelles, qui marquent les esprits. Nous devons engager les jeunes dans le sport, l’art, la créativité et les rendre acteurs de leur propre rédemption.»
Le médecin se montre particulièrement inquiet face à la prolifération des drogues de synthèse. «Les molécules sont créées en laboratoire, souvent grâce à l’intelligence artificielle. Elles sont infinies, imprévisibles et surtout extrêmement toxiques pour le cerveau. Là où le cannabis, consommé modérément, peut prendre dix ans à montrer ses effets, le synthétique détruit en quelques mois la mémoire, l’émotionnel et la capacité de jugement.» Pour lui, l’impact est visible. «On voit apparaître des comportements zombies, des hallucinations dangereuses, une violence accrue. C’est une détresse humaine que nous rencontrons chaque jour.»
? Le rôle des traitements : méthadone, Buvidal et counseling
La méthadone reste largement utilisée dans l’île. Mais pour le Dr Maudarbocus, son efficacité est limitée. «La méthadone doit être gérée comme un programme de diminution progressive. Sinon, on enferme l’individu dans une dépendance légale.»
Concernant le Buvidal, nouvelle molécule injectable, qui supprime le craving pendant 30 jours, il se montre prudent. «Ce n’est pas une potion magique. Si le mental ne change pas, si le counseling n’accompagne pas, le dépendant reste prisonnier. La psychologie et la reconstruction d’une vision de vie sont essentielles.» Le traitement ne se limite pas aux médicaments mais nécessite une approche globale : détox médicale, suivi psychologique, thérapie de groupe, sport, nature, réapprentissage de la respiration et de la discipline de vie.
Sur la question de la dépénalisation, l’addictologue nuance. Il n’est pas favorable à une libéralisation totale mais voit dans le cannabis «le moindre mal» face aux ravages des drogues synthétiques. «Dans ma pratique, 90 % des patients consommateurs de cannabis reprennent une vie normale. Ils ne deviennent ni violents ni criminels. Si nous pouvions offrir un cannabis régulé et accessible, cela soulagerait considérablement le terrain des addictions.» Il appelle toutefois à une réflexion scientifique et progressive. «Nous devons observer, expérimenter, mesurer les statistiques avant de trancher.» Le Dr Maudarbocus insiste : la lutte contre la drogue ne peut pas être une opération ponctuelle ou électorale Elle doit devenir une culture nationale de prévention et de réhabilitation. «Nous devons transformer l’énergie de rébellion des jeunes en créativité et en passion. Le potentiel est là, il suffit de l’encadrer.»
Pour lui, la société doit cesser de considérer les toxicomanes comme des «cas perdus». «Derrière chaque consommateur, il y a un être humain sensible, souvent blessé. Si nous continuons à stigmatiser au lieu d’accompagner, nous perdrons une génération.» Quant à l’avenir, le Dr Maudarbocus est pessimiste. «Si ziska Desam nou pa reverse sa sitiasion-la, nou pou maye.»
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Un contraste avec l’Europe : La baisse des consommations chez les ados de 16 ans
Alors que Maurice s’inquiète d’une prolifération des drogues de synthèse, une vaste enquête européenne menée en 2024 auprès de 113 882 adolescents de 16 ans montre une tendance inverse sur le Vieux continent. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les jeunes Français figurent aujourd’hui parmi ceux qui consomment le moins de substances psychoactives en Europe.
En dix ans, l’expérimentation du cannabis chez les 16 ans a chuté de 31 % à 8,4 %, un niveau historiquement bas. Le tabac recule également : seuls 3,1 % des adolescents fument chaque jour, contre 16 % en 2015. L’alcool reste la substance la plus expérimentée (68 % des jeunes Français déclarent en avoir déjà consommé), mais la France se situe désormais dans le tiers des pays européens où la consommation est la plus faible. Ces chiffres illustrent qu’une prévention continue, combinée à une évolution des mentalités et à des politiques de santé publique ambitieuses, peut inverser la tendance.
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