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En avance sur son temps ?
Brigitte Bardot ou la gifle à tous les machistes
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En avance sur son temps ?
Brigitte Bardot ou la gifle à tous les machistes
Maintenant qu’elle est morte, c’est le concert de louanges. En vérité, beaucoup lui ont craché dessus. Brigitte Bardot est synonyme de sexe, de scandale, d’interdits depuis le milieu des années 50. Elle a joué un rôle primordial contre la maltraitance des animaux, mais il ne faut pas oublier ses prises de position politiques en faveur de l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen. Cependant, elle incarne, en avance sur son époque, la liberté, même sexuelle, pour la femme et ça, les machistes ne le lui pardonnent pas.
?Don Juan ou pute
Le machisme, dans toutes les sociétés, a la vie dure. L’homme veut toujours dominer. Que dit cette icône à ce sujet ? Une vérité qui dérange. Quand un homme multiplie les conquêtes, il passe pour un Don Juan. Un bellâtre devant lequel les femmes s’agenouillent. Mais si une femme, libre de son corps, multiplie le nombre de ses amants, alors c’est une pute. Oui, une putain. Comment expliquer cette différence que l’on fait entre le Don Juan et la pute ? C’est ça le machisme. L’homme a tous les droits, mais pas la femme. Une idéologie toujours dans l’actualité. Elle s’est même renforcée de nos jours dans le monde.
Issue d’une famille bourgeoise, Brigitte Bardot a cassé les codes et les lignes. En tant qu’actrice, qu’elle est devenue presque par hasard et sans formation aucune. Elle apprenait le ballet. BB, ses initiales, ont fait le tour du monde. Elle a tourné une cinquantaine de films dont la majorité sont des navets. Mais ses principaux films sont devenus des classiques, réalisés à l’époque par de jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague qui allaient même influencer Hollywood.
À ses débuts, les critiques pleuvent. Une élocution que les humoristes vont s’amuser à imiter, une chevelure que d’autres allaient copier, un franc-parler jamais entendu dans la bouche d’une actrice. Les critiques ne retiennent que les scènes de nudité, en passant sous silence que Brigitte Bardot aura été une sacrée actrice. BB joue nature, telle qu’elle est. Tant pis si cela gêne et bouscule les canons classiques. Un corps, dit-on, diaboliquement beau. Cette façon de danser si suggestive. Des scènes qui font que les yeux des machistes sortent de leurs orbites. Ils zooment.
Pour se faire une idée de son jeu, laissons-lui la parole : «Je n’entre pas dans la peau de mes personnages, c’est le personnage qui entre dans la mienne.» C’est la raison pour laquelle son jeu est «naturel». Voir à ce propos le film La Vérité, qui est d’ailleurs son film préféré. Les jeunes réalisateurs, dont Roger Vadim, l’ont vite repérée sur la couverture d’un magazine alors qu’elle est encore toute jeune. Quand on regarde le film Et Dieu créa la femme, on devine facilement qui a inspiré le réalisateur Vadim, qui deviendra son premier mari. Dans sa filmographie figure aussi Le Mépris, réalisé par Jean-Luc Godard, une locomotive de la Nouvelle Vague. C’est dans ce film que Bardot, nue sur le lit, demande à son partenaire Michel Piccoli de décrire certaines parties de son corps. Un scandale à l’époque, mais que dire de ce que l’on peut voir gratuitement sur les réseaux sociaux de nos jours. BB est d’un naturel désarmant, avec sa voix d’adolescente un peu naïve.
?Elle quitte le cinéma à 39 ans
On n’insiste pas assez sur son acte courageux démontrant qu’elle n’en avait que faire des ragots. En pleine gloire et devenue une star (mot qu’elle déteste), BB décide subitement de tout quitter. Glamour, cinéma, jet-set, elle quitte le cinéma à tout jamais. On ne l’a pas crue et pourtant, elle tint parole. Aucune autre actrice n’a fait un tel geste. C’est dire quel courage il faut pour tout abandonner quand tout le monde est à vos pieds.
Pratiquement par hasard, BB voit, à la fin d’un tournage, une chèvre qu’on allait tuer et cuisiner pour toute l’équipe. Elle s’interpose, sauve la chèvre et, à partir de ce moment, elle devient l’avocate acharnée, s’élevant contre les mauvais traitements sur tous les animaux dans le monde. Une folie qu’aucune autre star n’a commise.
Ce combat, elle le prend à bras-le-corps. Elle mobilise tous les médias, voyage beaucoup dans le monde et fonde sa SPA portant son nom. Au Canada, par exemple, elle découvre les bébés phoques que l’on tue sauvagement pour recueillir leurs fourrures. Un combat de longue haleine, mais elle finira par obtenir l’arrêt de ce massacre et le port de ces fourrures dans les défilés. Elle n’hésite pas à investir tout son argent pour cette cause, jusqu’à vendre tout ce qu’elle a ou porte aux enchères afin que sa fondation survive. Elle existe toujours.
?Mode et musique
La mode, elle ne la subit pas. Elle la crée inconsciemment. Elle décide de porter une robe en vichy et le lendemain, tout le monde s’y met. C’est la mode qui va la suivre et non l’inverse. Sa coiffure, son maquillage, les chaussons de ballerine, ses vêtements… on l’imite de la tête aux pieds. Un raz-de-marée.
Simultanément, BB profère des idées d’extrême droite et se rapproche de Jean-Marie Le Pen. Elle est condamnée, fort justement, pour des propos racistes que l’on retrouve aujourd’hui dans la bouche de Mélenchon et de son parti, le LFI. Des propos condamnables. Droite dans ses bottes de cavalière, elle divorce et se remarie plusieurs fois à sa guise, se donnant une liberté totale. On se sert de son profil pour le buste de Marianne qui représente la France. Elle ne s’occupera pas de son seul fils, qu’elle déclare n’avoir jamais désiré, et s’éloigne de sa famille.
Loin des caméras, mais toujours poursuivie par des paparazzi, BB sévit toujours, cette fois contre la corrida, cette boucherie en public de taureaux devant des foules assoiffées de sang et presque en transe. Ce combat n’est toujours pas gagné. Parmi ses amants se trouve Serge Gainsbourg (sousestimé à Maurice alors que c’est un grand compositeur) et les hits s’enchaînent : Coquillages et crustacés, Harley Davidson, Je t’aime moi non plus (Jane Birkin devait la remplacer pour les soupirs d’extase). La Madrague, nom de la petite maison de pêcheurs où elle s’installe dans le sud de la France. Ce lieu allait faire la réputation de la célèbre station balnéaire de SaintTropez, désormais refuge de célébrités et reconnue pour ses folles soirées par la suite.
?Cinéma, mode, défense des animaux, liberté des femmes…
BB devance de loin son époque. Son règne ouvre les portes du monde moderne des années 60 et 70, restées nostalgiques dans les têtes. Unique en son genre, détestée ou vénérée, Brigitte Bardot a inscrit à jamais son nom dans la légende. Écartons les lieux communs. Elle était une femme cultivée et a même aidé des artistes comme les Gypsy Kings à se faire connaître. Ses voisins soulignent sa générosité sans tapage envers les démunis du coin.
De son vivant, elle avait fait savoir qu’elle était contre toute célébration d’hommages à caractère national. Même le président français n’a pas été invité à son enterrement. Point barre. Ses coups de gueule dérangent, comme certains de ses films. Sa nudité envoûte encore, n’est-ce pas messieurs. C’est le général de Gaulle qui déclara à son sujet : «Brigitte Bardot a fait plus pour la France que la régie Renault.» Une éternelle icône qui a fait bouger les lignes. Un ricochet perpétuel au-dessus de l’écume des vagues. Un hymne à la beauté et une franchise sans égale.
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