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Travail

Bonus : payés toute l’année, oubliés en décembre

1 janvier 2026, 13:00

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Bonus : payés toute l’année, oubliés en décembre

■ Derrière les fêtes de fin d’année, une réalité moins visible : des employés du secteur informel, payés à la semaine ou en cash, attendent toujours leur 13e mois.

Alors que les vitrines s’illuminent et que certains profitent de leur bonus de fin d’année pour se faire quelques petits plaisirs après douze mois de labeur, une autre réalité, plus sombre, persiste en marge des festivités. Celle de milliers de travailleurs qui, à ce jour, n’ont toujours rien perçu. En première ligne : les employés du secteur informel, notamment les aides ménagères, jardiniers et travailleurs payés à la semaine.

Plusieurs cas ont récemment été rapportés à Stéphane Maurymoothoo, membre du Regrupman Artizan Morisien (RAM). «Plusieurs personnes m’ont envoyé des messages pour me demander si elles sont éligibles au 13ᵉ mois ou pas. Et la plupart sont des employés de maison», confie-t-il. Une interrogation révélatrice d’un flou – parfois entretenu – autour du statut réel de ces travailleurs.

Selon les informations recueillies par le représentant de RAM, les personnes employées pour le ménage au sein des foyers sont souvent considérées comme de simples «aides ménagères». Une appellation qui, selon lui, ouvre la porte à des abus. «On fait comprendre que ces personnes ne travaillent pas vraiment, qu’elles aident simplement à l’entretien des maisons. Résultat : après une année de travail, une fois décembre arrivé, elles n’obtiennent aucun bonus de fin d’année», déplore-t-il.

Le cas des travailleurs payés à la semaine est particulièrement préoccupant. «L’employeur les catégorise comme des journaliers et estime qu’ils n’ont pas besoin d’être rémunérés avec un bonus. Mais c’est complètement faux. Ils doivent percevoir leur 13ᵉ mois comme n’importe quel employé», insiste Stéphane Maurymoothoo. Il rappelle également que nombre de ces travailleurs ne sont pas enregistrés auprès de la Mauritius Revenue Authority. «On les emploie comme des personnes à temps partiel, mais même dans ce cas, ils sont supposés recevoir leur bonus.»

Plus grave encore, certaines tentatives de faire valoir leurs droits se soldent par des représailles. «Un employé a expliqué à son employeur qu’il était éligible au 13ᵉ mois. Il a été mis à la porte. On lui a demandé d’arrêter de venir travailler à partir du 24 décembre, sous prétexte que ses services n’étaient plus nécessaires. Pourtant, il avait travaillé pendant un an et demi pour cette famille», relate le membre de RAM. Grâce à une intervention, l’employé a finalement pu obtenir son dû.

Sur le plan légal, pourtant, la situation est sans équivoque. «Tous ceux qui sont employés à temps plein et à temps partiel sont éligibles à un bonus. Et ceux qui n’ont pas encore complété une année l’obtiennent au prorata», souligne Leevy Frivet, consultant en relations industrielles et en gestion de crise. Il reconnaît cependant que les difficultés surgissent surtout pour les jardiniers et femmes de ménage. «Le patron les fait venir une fois par semaine. Mais même là, le travailleur est en droit d’obtenir un bonus. Le problème, c’est qu’il n’y a aucun document signé, pas de contribution à la CSG et le paiement se fait souvent en cash.»

Dans ces conditions, lorsque le bonus n’est pas versé, il devient difficile pour le travailleur de porter plainte et de prouver l’existence de la relation d’emploi. À l’inverse, ceux qui sont payés par chèque ou par transfert bancaire disposent d’une meilleure traçabilité. «Nous encourageons ceux qui n’ont pas reçu leur bonus à se rendre au bureau du travail pour déposer plainte. La loi prévoit des sanctions contre les employeurs fautifs», insiste Leevy Frivet. Il s’attend d’ailleurs à une vague de réclamations en janvier, au point que les bureaux du travail pourraient être débordés.

Autre précision importante : un employé ayant travaillé plus de huit mois au cours d’une année, même s’il quitte son poste en octobre ou novembre, a droit à son bonus au prorata. Une disposition encore trop souvent ignorée, au détriment des plus vulnérables.

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