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Les élections de 1967
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Les élections de 1967
Plus d’un demi-siècle après l’approbation populaire de la Constitution de 1967, établie pour l’île Maurice indépendante, avec ses nouveaux modes électoraux (création de 20 circonscriptions de trois députés chacune, d’une avec deux députés à Rodrigues, et l’introduction du Best Loser System), on parle, en 2018, de réforme de la méthodologie des élections. On mentionne, entre autres, l’abrogation du Best Loser System, de son remplacement par une certaine dose de proportionnelle, de l’arrêt de la déclaration ethnique des candidats de même que la nomination (arbitraire ?), de candidats battus mais repêchés, par des leaders de partis. Ces sujets, sensibles, font polémique, comme ils furent le cas après la Conférence constitutionnelle de septembre 1965, suivant la commission Banwell, et aux recommandations du député britannique, John Stonehouse.
Outre l’élection de 62 députés, la commission Banwell proposa, en 1966, l’ajout de huit sièges supplémentaires qui devaient être alloués selon le pourcentage global de voix obtenues par chaque parti. Mais les partis contestant les élections prévues pour 1967 n’étaient pas tous d’accord avec ce système correctif. Ce qui fait que le gouvernement du Premier ministre britannique, Harold Wilson, envoya à Maurice le député John Stonehouse afin de trouver une solution au problème de députés correctifs. Stonehouse devait confirmer les recommandations de la commission Banwell, avec les 62 députés élus, mais il proposa une alternative au système de huit représentantscorrectifs décidé sur le pourcentage global de voix obtenues par chaque parti.
Ce fut le système de «meilleurs perdants», avec huit candidats battus, désignés par la commission électorale, après des calculs basés sur un système complexe d’appartenance ethnique et de pourcentage de voix recueillies. Ce système de désignation de députés correctifs plut aux partis pro et anti- Indépendance et la voie fut ouverte aux 315 000 électeurs mauriciens (dont 8 000 à Rodrigues) pour décider si le pays allait s’ouvrir le chemin de l’Indépendance, ou, au contraire, opter pour rester sous l’ombrelle du Royaume-Uni, à travers une intégration au pays de Sa Majesté.
En 1965, au moment de la quatrième Conférence constitutionnelle, le Premier ministre anglais, Harold Wilson, ne cachait pas le fait qu’il désirait voir les colonies britanniques, dont Maurice, accéder à leur indépendance. Cela venait apporter de l’eau au moulin du Parti de l’Indépendance, une coalition formée par le Parti travailliste de Seewoosagur Ramgoolam, du Comité d’action musulman d’Abdool Razack Mohamed et de l’Independent Forward Bloc de Sookdeo Bissoondoyal (dont le leader adjoint était un certain… Anerood Jugnauth, membre de la délégation mauricienne lors de la Conférence constitutionnelle de 1965).
L’entente de partis menée par le Parti mauricien social-démocrate de Gaëtan Duval militait contre l’Indépendance et pour l’intégration de Maurice à la Grande-Bretagne. Mais, en 1965 toujours, deux députés anglais, le travailliste Tom Driberg, et le conservateur Nigel Fisher, vinrent à Maurice examiner la situation politique du pays. Ils conclurent que les Mauriciens étaient mûrs pour l’Indépendance et que l’intégration à la Grande-Bretagne, comme demandée par le PMSD, n’était qu’une illusion.
Une fois les registres électoraux et la nouvelle Constitution rendus publics en janvier 1967, les Mauriciens furent au courant de l’entrée en vigueur du Best Loser System. Et de la nomination de Harilal Vaghjee comme Speaker du Parlement. Les futurs candidats devaient aussi déclarer leur appartenance ethnique. La date des élections, qui allaient prendre valeur de référendum pour l’Indépendance, fut fixée au 7 août 1967. Le Parti de l’Indépendance obtint 55 % des voix exprimées, avec 39 sièges contre 23 au PMSD, qui obtint 44 % des suffrages. Des 39, le PTr comptait 23 élus (sur 35 candidats présentés), l’IFB fit élire tous ses 12 candidats et le CAM obtint quatre députés. Et le reste appartient à l’Histoire…
Que peuvent nous enseigner les péripéties politiques de 1967 ? Est-il temps, désormais, d’en finir avec la déclaration ethnique des candidats aux élections ? Les conditions sociopolitiques qui régnaient à Maurice 50 ans de cela ne sont plus les mêmes aujourd’hui. L’État mauricien s’est construit, cela malgré les nombreuses tentatives d’esprits passéistes de tirer la population vers le bas, vers l’obscurantisme. Les garde-fous dont certains avaient besoin en 1967 ne sont plus d’actualités.
De nos jours, nous avons des lois qui sont là pour protéger la population, entre autres, contre les abus de toutes sortes. Il est temps d’en finir avec l’héritage postcolonial de notre mode électoral. Si réforme il doit y avoir, cela doit se faire en tenant compte des besoins du Mauricien du 21e siècle, en regardant vers l’avenir. Attendons voir…
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