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Pour une république plurielle

12 mars 2017, 09:11

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12 MARS. On fête l’Indépendance mais aussi la République. Deux concepts différents mais qui se rejoignent tout de même, à bien des égards. L’an prochain, cela fera un demi-siècle que nous sommes indépendants. Après avoir coupé le cordon ombilical avec la Grande-Bretagne, notre ancienne puissance coloniale, notre pays a réussi à tirer son épingle du jeu géopolitique. Tant bien que mal. Et, d’ailleurs, plutôt en bien qu’en mal. Pas mal pour un petit pays auquel les grands économistes des années 60 ne donnaient presque aucune chance de réussite (le Pr James Meade, futur Prix Nobel d’Économie, dressa un tableau peu brillant de l’avenir socio-économique de Maurice, en 1961). Nous avons, depuis, fait beaucoup de chemin sur le plan du succès économique. Mais quid de l’esprit républicain ?

Un quart de siècle de vie républicaine plus tard, quels enseignements peut-on en tirer ? Je n’ai pas la prétention de dresser un bilan. Ce serait présomptueux de ma part. Mais on peut néanmoins établir quelques faits. Et se poser quelques questions. Après, il nous faut aussi nous projeter dans l’avenir et imaginer la république de demain. Pour cela, il est primordial de comprendre notre passé, car un pays qui ne connaît pas son histoire est comme un navire sans gouvernail. Avec les risques de naufrage que cela sous-entend.

Le monde a grandement changé depuis 1992 et l’an un de la République. La révolution technologique est passée par là : la génération X a dû faire sa mutation pour éviter d’être à la traîne des développements ; la génération Y – les «digital natives» – a eu l’Internet dans la peau dès la naissance ; la génération Z, la génération des réseaux sociaux, voit le monde souvent d’un point de vue «naïf», bien au chaud derrière son écran de smartphone. Nous avons découvert, entre autres, que les réseaux sociaux peuvent nous embellir la vie ou nous la pourrir (au choix) ! Le changement climatique est devenu plus inquiétant ; les conditions de vie et de santé se sont grandement améliorées dans notre pays ; l’éducation, en général, s’est un peu plus démocratisée, avec une plus grande ouverture de nos jeunes sur le monde ; notre économie s’est diversifiée, avec de nouveaux piliers qui sont venus se greffer aux secteurs traditionnels… Mais les Mauriciens sont-ils égaux face à ces développements ?

Une de nos priorités républicaines doit être la réalisation d’une véritable parité homme-femme. Outre le secteur de l’emploi, où il est primordial de concrétiser l’équation «travail égal = salaire égal» – car, en dépit de beaucoup d’avancées, souvent syndicales, la femme, même dans le secteur public et malgré la «vraie-fausse assurance» du Pay Research Bureau, est toujours à la traîne en termes de bénéfices et autres heures supplémentaires qui lui passent souvent sous le nez. Au profit de ses collègues masculins. Le secteur privé n’est pas en reste, avec des femmes sous-représentées dans divers domaines, par exemple au sein des conseils d’administration.

La parité républicaine doit aussi se réaliser sur le plan politique. Il faut cesser avec ces hypocrisies de 30 % de représentation féminine sur les listes de candidats. Ou sur d’éventuelles listes de représentation proportionnelle. Au risque de paraphraser Simone de Beauvoir, je dirai que la femme est un homme comme les autres. Alors pourquoi lui mettre des quotas ? La femme – et les études le confirment – est aussi intelligente, aussi compétente, que l’homme. Sinon plus ! Il est plus que temps de passer à une vraie parité représentative sur le plan politique. Avec 50 % de femmes comme candidates d’un parti. Et pourquoi pas des femmes à des postes de responsabilité autres que l’éternel ministère de l’Égalité du genre ou celui de la Sécurité sociale ? Une Première ministre, pourquoi pas ?

Une république nouvelle doit être avant tout une république laïque, qui s’accommode des pluralités. Où l’orientation religieuse ou sexuelle de ses citoyens ne doit plus être sujette à l’intolérance ou à l’hypocrisie sociale ou étatique, où ceux qui sont «différents» de la norme – les athées, les agnostiques, les LGBT, entre autres – ne sont plus regardés comme des phénomènes de foire. Comme tel est le cas, en général, actuellement.

Une république plurielle doit prendre soin de ses enfants. Même de ceux qui souffrent de divers handicaps, qu’ils soient physiques, psychiques ou socio-économiques. Et les intégrer, autant que faire se peut, au sein de la société dite «normale». Une république digne de ce nom doit soulager la misère de ses citoyens. Que le peuple ait au moins un toit sur sa tête, de quoi manger à sa faim, un travail décent, bref le minimum de ce qu’il faut pour vivre. Et non survivre. Comment réconcilier développement, du style des «smart cities», avec pauvreté et précarité ? Comment passer sous silence ces Mauriciens qui vivent dans l’extrême pauvreté ? En les enfermant derrière des murs en tôle galvanisée ?

Une république plurielle se doit d’être une république pour tous. Et non pour quelques nantis uniquement. Que, dans un quart de siècle, nous ne soyons pas encore à écrire et à demander les mêmes choses que maintenant. La «res publica», la chose publique, doit être le bien du peuple. La république appartient à tous ses citoyens. Que le rouge, le bleu, le jaune et le vert de notre quadricolore fassent de nous des personnes fières de leur pays, de leur patrie. Que la république de demain engendre des Mauriciens à part entière. Et non des êtres ethniquement différenciés, qui s’emmêlent les pinceaux entre culture et religion. Le mauricianisme est-il possible ? Bonne fête nationale !

 

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