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Ceux qui partent, celui qui reste

9 octobre 2016, 03:38

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Décidément, il s’en passe des choses à Vacoas. Je me faisais la réflexion en feuilletant les journaux de la semaine. Les deux familles dont tout le monde a parlé sont presque voisines. Chez les Golamaully, le problème, c’est les gosses. Zafirr et sa sœur Lubnaa n’ont rien trouvé de mieux à faire que de partir rejoindre l’Etat islamique en Syrie. Y’a pas d’accrobranche à Vacoas ? Le dernier Call of Duty n’est pas disponible à Jumbo ? Ah, les mômes… Tu leur parles de Martine à la plage, ils te répondent martyr et carnage en deux escales. Une première à Dubaï, l’autre en Turquie.

Je sais, c’est déroutant. De nos jours, on peut aller en Malaisie pour moins de Rs 10 000 mais personne n’a encore eu l’idée de faire un Air Jihad, style aller-simple en low. En attendant, les passagers de l’axe Plaisance-Istanbul sont devenus les têtes de Turc de l’aéroport. C’est même un sujet sur lequel la cellule anti-terroriste bosse-fort (vous l’avez ?). On lit par exemple que «les Mauriciens qui ne reviendront pas dans un délai raisonnable et sans raison officielle seront considérés comme partis en Syrie rejoindre les rangs de Daech». Et ça, c’est censé décourager les aspirants djihadistes ?

Chez les Jugnauth, le problème, ce n’est pas les gosses. C’est le papa. Il ne part plus, pas même à Pailles au Salon du Prêt-à-Partir, ce qui en soi est un indice. Le pauvre homme ne peut plus faire un pas sans qu’on lui pose la question : alors, quand ? «Bondié ki koné», répond humblement l’intéressé. Comprenez : adressez-vous directement au patron. Si le conseil est avisé, il n’est pas toujours aisé à mettre en pratique. Dieu est difficilement joignable par la voie officielle. Et il n’est ni sur Facebook, ni sur WhatsApp, ce qui complique salement la mise en relation.

De tout ça, on retient surtout que «soon» est une notion toute relative chez Jugnauth I, un concept élastique. Peut-être même assez élastique pour tirer jusqu’au bout du bout, si vous voyez ce que je veux dire. En même temps, vous l’avez déjà vu partir, vous ? Je veux dire, partir vraiment, une vraie retraite. Jamais. À chaque fois, c’était un retrait pour mieux revenir. Et ça, c’est le cauchemar de Jugnauth II : prendre trop tôt le flambeau et se coltiner six mois plus tard un énième come-back du pater. Plus tard papa s’en ira, moins vite il reviendra, voilà ce qu’il se dit. Et puis, pourquoi se presser ? En admettant qu’il ne prenne le pouvoir que l’année prochaine, rapporté à l’envergure du règne papal (1982-2017), cela l’emmènerait au-delà de 2050. Ce qui laisse le temps de voir venir.

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