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Un conte de fouets
Le vertige qui peut saisir quand on découvre jusqu’où vont se lover les produits dérivés de Fifty Shades of Grey. Lecteur, et vous surtout, lectrice ma soeur, de grâce, ne faites pas celle qui ne voit pas à quoi je fais allusion. Comme tout le monde, en allant voir Lonbraz Kann, vous avez eu dans la file d’attente des envies subitement plus sucrées. Et comme tout le monde, vous vous êtes vu bifurquer avec vos pensées sucrées sur le blockbuster érotico-maso du moment. Oui, celui-là, adapté du sex-seller – 100 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Vous avez résisté ? Bien. J’ai pour vous deux bonnes nouvelles.
La première, vous n’avez rien raté. Cette célébration cucul des stéréotypes SM n’est pas plus subversive qu’un mine touni ou qu’un avis de décès de la MBC. En deux heures, il n’y a de supplice que pour une seule personne : le spectateur. Heureusement – et c’est la seconde bonne nouvelle – tout n’est pas perdu pour les vrais amateurs de polissonneries. Il suffit d’observer le gouvernement. Vous n’avez pas remarqué ? Pour redresser ce pays, ils ne sont pas allés cravacher bien loin. Ils copient ce qui marche : les menottes, les fouets et des tas d’autres accessoires que j’aimerais autant ne pas avoir à décrire avec trop de précision, nous sommes ici dans une chronique convenable.
Fifty Shades of Grey, vous l’avez compris, repose sur un éloge gentillet du bondage. Eh bien, c’est précisément sur ce frisson que surfe le gouvernement. à la base, je vous l’accorde, le Premier ministre est lui-même un peu maso. Décider de flinguer sa retraite pour faire la culbute à un duo composé d’un moustachu revêche et d’un numismate fétichiste à Rolex est déjà en soi assez pervers. Ceci dit, contrairement au film où l’on attend trois kilos de pop-corn avant que ne commence quelque chose de vraiment émoustillant, le gouvernement, lui, est vite passé aux travaux pratiques. Dès janvier, les policiers Jokhoo et Sooroojebally nous offraient une première scène hot. La suite, vous la connaissez, je ne reviens pas sur le bondage trash des Ramgoolam, Bheenick et consorts.
On est d’ailleurs tellement gâté ces temps-ci que la double arrestation cette semaine de Noorani Oozeer et de Kumar Bakhshi n’a pas émoustillé grand monde. Il faut dire qu’un Badhain mettant la fessée à Soornack après avoir défloré son enfilade de commissions est tellement plus excitant. évidemment, le risque, c’est le dérapage. Et ça n’a pas loupé. Satyajit Boolell s’est fait attacher à Ravi Yerrigadoo. Des journaux ont osé ce titre plus cru : «Le DPP passe sous l’Attorney General.» Problème, il n’était pas consentant. Vous me direz, il était prévenu. Anerood Jugnauth n’a cessé de le répéter : c’est un dominant, un adepte du serrage de ceinture et du vissage de boulons, bref, un homme qui sait faire mal pour faire du bien. Il a même été élu pour cela.
Seulement voilà, sur la durée, ce ne sera pas simple. Cela suppose un brin d’imagination pour surprendre. Et il y aura forcément un petit choc le jour où le Premier ministre arrivera à l’Assemblée nationale en Christian Grey, le héros du film, avec une cravache en cuir à la place d’une cravate en soie. Si ça permet de poursuivre le conte de fouets, que voulez-vous, il faudra bien que l’on s’y fasse.
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