Publicité

Atterrissage forcé

26 octobre 2025, 04:40

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Il y a des départs qui en disent plus long que des discours. Celui de Kishore Beegoo, poussé à la démission comme Chairman d’Air Mauritius, appartient à cette catégorie de gestes politiques où les non-dits sont parlants. En quittant son poste, Beegoo a tiré sur Paul Bérenger avec la précision d’un technocrate blessé et la lucidité d’un homme qui sait qu’on l’a poussé vers la sortie pour apaiser des tensions politiciennes.

Son communiqué, économe, fait plus qu’annoncer un départ :«Sticking to my values, and in the light of political pressures to do acts which, according to me, are reprehensible, I have decided to resign today.» Il expose une fracture au sein du pouvoir, un désaccord sur la bonne gouvernance de la plus grande compagnie publique. Le geste de Beegoo ne veut pas être perçu comme une fuite : c’est un refus.

Refus d’être pris en étau entre un Premier ministre adjoint qui s’agace de ne pas avoir été consulté, qui n’aimerait pas son faciès, et un Premier ministre qui, depuis l’étranger, observe la scène sans intervenir. Comme souvent, à chaque retour de Navin Ramgoolam, le décor change : des têtes tombent, des équilibres se recomposent, des loyautés se redessinent.

La charge de Beegoo contre Paul Bérenger n’est pas anodine. Elle sonne comme le contrechamp d’une scène connue : celle d’un partenaire d’alliance qui, pour asseoir son autorité, cherche des coupables ailleurs. Et lorsque Beegoo remercie le MSM et le leader de l’opposition de ne pas lui avoir mis des bâtons dans les roues durant ces dix derniers mois, il sait exactement où appuyer : sur la plaie du moment. Ce parallèle, volontaire, souligne le paradoxe d’un pouvoir de coalition où l’ancien adversaire d’hier devient plus conciliant que l’allié du jour.

Selon Beegoo, Air Mauritius va mieux, et les prochains résultats confirmeront les profits générés depuis qu’il a pris la barre. Mais dans un système où la réussite technique peut vite devenir un crime politique, il n’aura pas fallu grand-chose – un jet privé qui se pose sans prévenir le PM par intérim, un vol annulé sur Tana, un communiqué de presse de trop – pour transformer le Chairman Beegoo en fusible. La scène était prête, il ne manquait plus que l’acte : Beegoo aura servi de soupape à une tension que l’exécutif ne voulait pas gérer autrement.

La suite appartient à Megh Pillay et André Viljoen, deux vétérans d’Air Mauritius appelés à remettre de l’ordre dans un ciel brouillé. Leur tandem annonce un recentrage, peut-être un retour à la rigueur managériale. Mais il ne fera pas oublier le fond du problème : la tentation permanente du politique d’interférer dans la gouvernance des entreprises publiques. À ce jeu-là, les compagnies d’État deviennent les exutoires des rivalités partisanes, et leurs dirigeants, des variables d’ajustement.

La crise Beegoo-Bérenger dépasse donc le simple cadre d’Air Mauritius. Elle pose une question plus large : comment gouverner ensemble quand la méfiance est devenue la norme ? En cherchant à calmer un partenaire de coalition, Navin Ramgoolam sacrifie, après Rama Sithanen, un autre de ses hommes de confiance pour apaiser Paul Bérenger...

Publicité