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“Un plan social réunionnais”
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“Un plan social réunionnais”
● La gauche reproche à votre plan d’être un “cache-misère”. Vous répondez quoi ?
Je ne sais pas ce que ça veut dire. Ce que je sais, c’est que ce plan, c’est le plus grand coup de main républicain qu’on fait. Prenons la si-tuation réunionnaise. On maintient et on va améliorer les CES et CEC (contrats d’emploi aidé) qui seront de plus longue durée. On les maintient en 2005, mais en 2006, on va les amplifier. En plus de cela, on va se mettre d’accord sur 50 000 voire 75 000 contrats d’avenir. On va démarrer tout de suite à 10 000, puis on passera à 15 000.
● Comment mettre en place toutes ces formations ?
Il y a souvent des gens qui ont déjà les compétences requises, à qui il ne manque qu’un petit bout complémentaire ou une attestation de compétences. C’est cela qu’il faut organiser. Les contrats d’avenir, sur l’ensemble de la période où il fonctionnera, concerneront la totalité des Rmistes (attributaires du revenu minimal d’insertion), ce qui n’est vraiment pas mal. On ne peut quand même pas me reprocher de venir le plus vite possible pour mettre tout cela en place opérationnellement. On va donner également des moyens très importants à l’apprentissage. Tous les maires de l’île, quelle que soit leur tendance, auront 500 000 euros par an, par écoule ou par groupe d’école pour aider les enfants. On ne vient pas pour faire de la représentation.
● Que trouvera-t-on dans ce plan réunionnais ?
La Réunion est une île magnifique qui connaît une croissance démographique importante, mais qui souffre de son éloignement géographique. Emplois et logement doivent être soutenus plus que partout ailleurs en Métropole. C’est pour cette raison que nous venons travailler avec les élus locaux pour un plan réunionnais prioritaire : des crédits FEDOM 2005 qui seront supérieurs à 2004, le maintien des CES-CEC améliorés à compter de 2006, la mise en place de plus de 50 000 contrats d’avenir sur 5 ans (pouvant aller jusqu’à 75 000 pour les titulaires du RMI), enfin le déblocage immédiat de 75 millions de LBU (Ligne budgétaire unique de crédits au logement) et une augmentation des financements logement et rénovation urbaine.
● Jusqu’à présent, les grandes orientations du gouvernement, notamment la loi-programme, mettaient l’accent sur l’emploi marchand. Vous proposez, vous, de renforcer le secteur public.
Il faut les deux. Les contrats d’avenir prépareront les gens au secteur marchand. C’est bien que la loi-programme s’appuie sur le secteur marchand, mais on ne peut pas l’opposer à mon plan. Nous avons une jeunesse qui est là, qui attend. Il faut la respecter et lui tendre la main.
● Vous ne dites pas vous, comme le préfet de la Réunion, que les contrats, c’est la “culture de l’assistanat” ?
Non. Et c’est pour ça qu’on met des attestations de compétence.
● On vous reproche de culpabiliser les chômeurs en préconisant des sanctions pour ceux qui refuseraient un emploi.
Nous mettons au contraire plus de moyens pour accueillir, accompagner les demandeurs d’emploi dans les maisons de l’emploi et de la formation. Quant au “contrôle”, nous prévoyons au contraire de permettre que le demandeur d’emploi puisse être assisté par quelqu’un. La loi de cohésion sociale met l’accent sur un accompagnement personnalisé du demandeur d’emploi pour faciliter ses démarches. Elle n’est pas là pour sanctionner le chômeur, mais pour l’aider à retrouver du travail. Le service public de l’emploi sera par ailleurs renforcé par la création des maisons de l’emploi qui coordonneront les moyens de l’ANPE (Agence nationale pour l’emploi), de l’Unedic (Caisse de cotisation chômage), et des autres partenaires économiques et sociaux.
● Avec le contrat d’avenir, ne remplace-t-on pas des emplois précaires par d’autres encore plus précaires ?
Non, le contrat d’avenir ne remplace pas les CES-CEC qui sont maintenus et améliorés. Pendant deux ans, les chômeurs les plus éloignés de l’emploi pourront travailler dans une collectivité locale ou une association et bénéficier d’un temps d’activité et d’un temps de formation. Le contrat prévoit un temps d’activité hebdomadaire compris entre 26 heures et 35 heures, réparti entre temps de travail et temps de formation. Il sera rémunéré au Smic horaire (Salaire minimum fixé par le gouvernement), soit 3/4 de Smic pour 26 heures par semaine de temps de travail. Les contrats d’activités s’articuleront également avec les Parcours d’accès aux carrières de la territoriale et de l’Etat (Pacte). Le Pacte sera mis en place par le ministre de la Fonction publique pour le recrutement en alternance dans le secteur public de jeunes issus notamment des quartiers sensibles. Véritable formation par l’apprentissage aux métiers du secteur public, ce dispositif est très différent du contrat d’activité qui prépare, lui, l’insertion dans le secteur marchand.
● La loi prévoit 15 milliards d’euros de budget, mais seuls 1,1 milliard serait assuré pour 2005. Comment les mesures annoncées seront-elles financées ?
La loi prévoit 15 milliards d’euros pour les cinq prochaines années, c’est une loi de programmation qui assure que ces crédits seront sanctuarisés. C’est la meilleure des garanties! L’effort de la loi de programmation est de 3 milliards par an avec une montée en puissance la première année de 2 milliards, le temps de mettre en place tous les dispositifs sur le terrain.
● On dit que vous êtes la “caution sociale” du gouvernement.
Si caution signifie que quelqu’un garantit qu’on va vivre une amélioration sociale, je veux bien le terme. J’ai lancé il y a deux ans un programme de rénovation urbaine, on m’a dit la même chose. Ce programme a été porté, cette année, à 40 millions d’euros – dont une partie pour la Réunion. Ca prouve que ça fonctionne. Je viens d’une région (Valenciennes) qui a tellement souffert, c’est pourquoi je veux que mon plan soit pour la Réunion, un vrai, vrai coup de main.
● Allez-vous rester en vacances après vos deux jours de visite ?
Je crains de devoir repartir à Paris, alors que je serais bien resté quelques jours. Vous savez que je suis quasiment Réunionnais. J’y suis venu plus de 50 fois dans ma vie. La Réunion, c’est ma deuxième patrie. Mon rêve était de rester cinq-six jours à Saint-Gilles, mais j’ai trop de boulot. La dernière fois que je suis venu, c’était il y a deux ans comme mi-nistre de la Ville. Je suis un grand amoureux de Mafate, du Piton de la Fournaise, de toute l’île.
● Tous les ministres qui viennent disent cela.
Non, non, je me sens vraiment Réunionnais. Mes amis ici, ce sont quasiment ma famille, à Sainte-Clotilde, Saint-Benoît, Saint-André, les rampes de Saint-François. J’ai été à l’enterrement de Mme How-Choong, de Pignolet de Fresbes. Je connais Frédéric Tsang, Maximin Chane Ki Chune, Jean-Pierre Canale, etc. (personnalités de la Réunion). C’est ma famille. J’adore cette île. Quand je viens, j’aime bien marcher, me promener, traîner. Je vais parfois dans le Sud. Savez-vous que j’ai passé près de dix Noël de ma vie à la Réunion.
Idriss ISSA Le Quotidien de la Réunion
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