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“Shall we dance?”

2 septembre 2005, 00:00

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Tout art demande à être pratiqué avec beaucoup d’application et de sérieux, cela tout en évitant toutefois de se prendre soi-même trop au sérieux. Faute de quoi, on risque de passer à côté de l’essentiel. Cela vaut aussi pour la danse de salon, considérée dans certains pays comme un sport de compétition. Reste à définir l’essentiel. Et, on peut se demander si Shall We Dance, gentillette comédie dansante réalisée par Peter Chelsom, nous apporte ne serait-ce qu’un début de réponse.

Par une curieuse coïncidence et pour l’édification des lecteurs, le titre est aussi celui d’un film de 1937, signé Mark Sandrich, avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Les érudits en matière de cinéma y ont vu le plus grand moment de ce duo mythique. Outre quelques numéros de danse époustouflants, le film comportait aussi quelques airs devenus des “standards” du jazz.

Shall We Dance, le film tourné en 2004, porte bien le même titre que le film de 1937, mais ce n’est ni un remake du film de Mark Sandrich, ni même un hommage à la grâce et à la légèreté des comédies dansantes d’antan. L’ennui, c’est que le couple Richard Gere – Jennifer Lopez n’a ni la grâce, ni la légèreté et encore moins le charme de ses aînés.

Cela surprend un peu dans le cas de Richard Gere, qu’on avait vu il y a quelques années dans Chicago faisant des claquettes, pirouettes et entrechats. Le revoilà donc, avec un jeu moins inexpressif qu’autrefois, mais avec quelques kilos de plus. Ce qui, d’ailleurs, rend plus sympathique et plus crédible son personnage d’avocat, marié à Susan Sarandon, ayant réalisé le rêve américain et qui se rend compte qu’il manque quelque chose (l’essentiel ?) à sa vie.

Le quelque chose en question aurait pu être Jennifer Lopez, en professeur de danse de salon, désabusée par un échec à la fois professionnel et sentimental. Le scénario a toutefois l’originalité de ne pas les jeter dans les bras l’un de l’autre pour une liaison illicite et notre avocat se découvre une passion secrète pour la danse de salon plutôt que pour son professeur de danse.

On le comprend : le visage de Jennifer Lopez reste aussi expressif qu’un masque de bois. Les deux finissent bien par danser un tango, mais ils sont raides et la scène est filmée sans imagination. Les autres numéros de danse ne sont ni mieux filmés ni mieux chorégraphiés, non plus.

Faute d’être un film sur la danse, Shall We Dance aurait pu être un film de personnages. Il y a une bien bonne part d’interaction entre le premier rôle et les rôles secondaires, ces derniers étant assez sympathiques pour susciter un intérêt. Malheureusement, ils ne sont pas assez étoffés pour susciter un véritablement attachement de la part du spectateur. Et, les dialogues genre “Le Mambo est l’expression verticale d’une pensée verticale…” ont un côté truqué parce qu’on les entend venir de loin. Le film n’arrive pas à surprendre son public. Il n’est pas mauvais, on ne s’y ennuie pas, mais on ne s’en souviendra pas longtemps après, non plus.

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