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“Madagascar”
Madagascar, amusant petit film d’animation signé Eric Burnell et Tom McGrath soulève cette question peut-être futile, mais néanmoins intéressante : l’humanité des animaux de films d’animation ne serait-elle qu’un vernis de civilisation ? Ceux que l’on voit dans cette dernière livraison des studios Dreamworks (Shrek 1 & 2, Le Gang des Requins) sont tout ce qu’il y a de plus humain, de plus urbain et ils sont très show-biz puisqu’ils habitent le zoo de New York.
Il y a Melman la girafe, qui est hypocondriaque ; Gloria, l’hippopotame fière de son “hippopotamité” et surtout, Alex le lion, la grande vedette du zoo, adulé par les foules et son meilleur ami, Marty le zèbre ergoteur. Ils sont une vraie bande de potes, ils adorent l’attention des foules, ils sont choyés et dorlotés et sont très satisfaits de leur sort, excepté Marty le zèbre qui rêve de retour à la vie sauvage, lubie qu’il justifie par une vague quête identitaire. Ils y retournent, justement, à leur corps défendant, et c’est à partir de là que les choses deviennent réellement intéressantes.
Retour à la vie sauvage pour un lion jusque-là nourri quotidiennement au steak signifie courir après un herbivore et le dévorer ensuite. Et, justement, “Ici, le steak, c’est toi…” dit le roi des lémuriens au zèbre. On imagine facilement le tableau : Alex le lion vautré sur une peau de zèbre, en train de digérer ses amis dont les restes sont éparpillés tout autour.
On imagine tout aussi facilement les parents quittant la salle avec la marmaille en larmes. Les scénaristes ont donc choisi une voie alternative, moins intéressante certes, mais divertissante quand même. Ils ont surtout pris le parti de faire fi de toute réalité ; c’est compréhensible, puisque nous sommes dans l’univers des animaux parlants.
Le lion plante bien ses crocs dans le postérieur de son ami, mais il se retient au dernier moment. Mieux encore : on ne le voit rien manger pendant des semaines, se contentant de rêver de steaks saignants et il finira par découvrir le sushi, tellement plus sain. Les enfants ne seront donc pas traumatisés.
On devine que les auteurs de ce film ont dû être mortifiés par la mort de la maman de Bambi quand ils étaient tout petits. Car ils doivent bien appartenir à cette génération, vu le style de l’animation : proche de celle d’autrefois, en deux dimensions avec un graphisme évoquant les livres pour enfants dans les années 1960.
Ce qui n’exclut pas la richesse des détails et la beauté des couleurs. Pour les clins d’œil aux spectateurs plus âgés, il y a cette musique proche de celle de Mission : Impossible qui accompagne les actions du commando de pingouins, ou celle de Hawaii Five 0 pour accompagner le zèbre faisant du surf (sans compter l’évasion des pingouins, référence aux films de guerre d’antan, genre …Colditz), entre autres moments.
Malgré sa formule de fantaisie animalière, Madagascar a le mérite de proposer une histoire cohérente qui séduira les petits (une histoire d’amis et un film d’aventures) comme les grands (parce que ce film vient gentiment taquiner une ou deux grandes idées), avec de belles trouvailles (les lémuriens et leurs rave parties en pleine jungle) et des dialogues étonnants, genre “ce type me fiche les ouille !- ouille !- ouille !...” À recommander aux adultes accompagnés, qui sortiront sans aucun doute de la salle en souriant bêtement.
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